I. 3* Discours. — 2. Préface à^Esther
CHANT m.
** Le premier est que ce qui se passe en une seule *" ville ait l'unité du lieu ; et qu'on puisse conserver *• cette unité, en mettant par exemple la scène à la ** Place Royale et aux Tuileries. Mais j'aime autant ** que Ton convienne qu'elle soit à Rome et à Madrid; ** car il n'est pas plus malaisé de voir, sans changer de
* lieu, ce qui se passe dans ces deux villes si éloignées
* que de voir ce qui arrive dans ces deux différents ** lieux de Paris...
** Je n'ai rapporté ces expédients que cherchait " M. Corneille, que pour faire voir dans quelles erreurs *' les plus grands hommes ne peuvent s'empêcher de *• tomber, quand ils violent les règles et qu'ils s'éloî-
* gnent de la nature et de la vérité (*) ! " — et d'Aristote, ou mieux, de Dacier. On n'est pas plus pédant. En résumé, une Tragédie classique est ** un fait " qui dure le moins de temps possible et qui se joue dans le moins d'espace que Ton peut. — Boileau ne crée point cette règle des unités. Il se borne à la versifier très heureusement. Que dirait-il aujourd'hui ! Quelques semaines avant de mourir, il déclarait que la scène française était en proie à des Visigoths. Peu s'en fallut qu il ne regrettât Pradon. Que penserait-il de nos contemporains, pour lesquels Tunité de jour et l'unité de lieu sont qualifiées à^ super stition? — O tempara ! o mores !..
Du reste, les révoltes de nos contemporains avaient été devancées de plus d'un siècle. Un élève (peu docile) de Boileau avait crié au préjugé et prétendu que la seule unité d'intérêt était fondée en raison ; les autres n'étaient, selon lui, que choses d'usage et de routine. Ces audaces appartiennent à La Mothe ; il en faisait part à Voltaire jeune encore : *' Tout ce que j'ai dit