‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 15 sur 236 · Œuv, etc., p. t8i. — 2. V. 83 et scq. — 3. L. I · texte numérisé non relu

Œuv, etc., p. t8i. — 2. V. 83 et scq. — 3. L. I

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" Tantôt, comme une abeille ardente à son ouvrage, " Elle s*en va de fleurs dépouiller le rivage.

C est rOde et Tabeille du poète de Tibur:

" Ego apis Matinae,,, more nwdogue„,**

Vauquelin appelait cette poésie la ** courte odelette, •* douce et mignardelette ".

Bpileau réunit et définit dans ce passage TOde sacrée, TOde héroïque ou pindarique, et l'Ode badine. Les Cantiquesjpirituels àç. Racine sont les modèles de rOde sacrée, avec quelques strophes de \ Imitation de Corneille, et une dizaine d'alexandrins de Bossuet. Certains fragments de Malherbe représentent assez bien TOde héroïque.Je n'ose chercher parmi les innombrables poésies légères du Xvii® siècle l'idéal, ou de simples modèles, du genre qui dépouille de fleurs le rivage. Les Odes foisonnent dans les recueils,si l'on s'en rapporte aux titres; mais à peu près tout ce qui affiche cette étiquette est pitoyable. Pastiches, allégories mythologiques, lieux communs, platitude, voilà tout. Au xvii^ siècle, on raisonne et l'on a de l'esprit ; peu ou point de lyrisme. Sans doute on s'évertuait à chanter Louis le Grand; on y dépensait un peu d'érudition, des réminiscences vieillottes, des rimes banales, dont Boileau s'est diverti très légitimement :

" Ce n'est pas qu'aisément, comme un autre, à tonchar^ " Je ne pusse attacher Alexandre et César ; " Qu'aisément je ne pusse, en quelque ode insipide, " T'exalter aux dépens et de Mars et d'Aldde.,. (»). "

Du reste, à l'époque même où Boileau exposait les lois de l'Ode, les critiques déploraient notre pénurie lyrique. Le 2 octobre 1672, le P. Rapin écrivant à

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Bussy-Rabutîn, lui demandait ** quelle opinion " il se faisait ** de TOde française, où personne ne réussit. ** Malherbe, qui a commencé d'en donner Tîdée, me ** parait faible, par un air trop compassé ; TOde veut ** de l'emportement." A cela Bussy répond, le 12 octobre : ** Il est vrai qu'on ne voit point de belle Ode ** française; la plupart de ceux qui en ont fait n'avaient ** pas assez de feu ; ils auraient été plus propres à ** rÉglogue... Quant à Malherbe, où il dit bien, je ne ** conviens pas, avec vous, qu'on puisse dire mieux. Le ** mal est que les beaux endroits sont rares. Quelque- " fois il a cet emportement que vous demandez dans ** les Odes, joint à une grande justesse.

** C'est vous qui m'avez fait faire réflexion sur ces ** choses-là (*). "

'* Son style impétueux souvent marche au hasard ; " Chez elle un beau désordre est un effet de l'art.

Ce vers et ce beau désordre sont choses fameuses. Si l'on entend par ce désordre artistique l'enthousiasme, nous le comprenons, nous le réclamons. C'est, je crois, dans ce sens que Fénelon parle, quand il écrit à l'Académie : ** J'admets un â^au désordre^ qui vient du ** transport et qui a son art caché ('). "

Mais quand on se mêle de préciser le caractère, les secrets, le rôle poétique de ce désordre, la question en devient d'autant moins claire. On en jugera par les deux morceaux qui vont suivre. Après avoir formulé trois règles spéciales à l'Ode, le P. Mourgues ajoute : '* La quatrième règle consiste dans ce vers de Boileau:

" Souvent un beau désordre est un effet de l'art.

** Ce beau désordre, qui, en sortant des règles, est ** pourtant une règle de l'Ode, n'est pas aisé à énoncer.

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