Préface ^Iphigénie
2. Disc, pron, à rAcctd,^ pour la réception de Thomas Corneille.
3. M. Petit de JuUeville, dans son intéressante étude sur les Mystères (1880. t. I), dit à propos de tous ces " fameux vers de Boileau ":^' Chaque mot est une erreur. *' Et il le prouve.
excès de l'amphithéâtre et de la scène païenne. Maïs elle fut la première à encourager et même à établir le théâtre chrétien, le drame chrétien. A Tépoquc où elle étalait dans les verrières de ses cathédrales les splendides décors tirés de T Évangile et de la vie des Saints, où elle sculptait sous le porche et à l'intérieur des temples les personnages, les héros, les mystères de l'Ancien et du Nouveau Testament, T Église reproduisait par des jeux de scène et des dialogues, ces drames grandioses ou pieux,écrits sur le verre et dans le granit.
Les premiers personnages de ce théâtre furent des gens d'église ; et nos dévots aïeux y trouvèrent, avec un délassement, un aliment nouveau de leur dévotion. Non, le théâtre ne fut pas abhorré par les siècles de foi ; en un sens même, on pourrait dire qu'il fut adoré. Mais le xyii^ siècle feignait d'ignorer cet âge de fer ; il dédaignait l'art du temps passé et les artistes contemporains des cathédrales gothiques. — Boileau commence notre histoire littéraire à Villon. Se doutait-il que Villon lui-même, sur ses vieux jours, s'était fait dramaturge chrétien, et avait continué l'œuvre de Jean Bodel } — Villon ** faisait des Comédies (') sur les prin- ** cipaux événements delà Vie de Notre-Setgneur, qui " se représentaient dans les cimetières des églises, aux " principales fêtes de l'année (')."
Vauquelin, élevé en pleine Renaissance païenne, nourri de la moelle des Latins et des Grégeois, regrettait fort le théâtre de nos dévots aïeux. Il souhaitait :
"... Voir représenter aux fêtes de village, " Aux fêtes de la ville en quelque échevinage, " Au Saint d'une Paroisse, en quelque belle nuit " De Noël, (où naissant un beau Soleil reluit),
I. C'est-h-dire des œuvres dramatiques, suivant le sens de Comédie diW XVII' siècle. — 2. Huetiana^ p. 21.
". Au lieu d'une Andromède au rocher attachée,
" Et d'un Perse qui Ta de ses fers relâchée,
" Un saint George venir, bien armé, bien monté,
" La lance à son arrêt, Tépée à son côté,
" Assaillir le dragon, qui venait, effroyable,
" Goulûment dévorer la Pucelle agréable ('),
•* Que pour le bien commun on venait d'amener !
" O belle catastrophe !... On la voit retourner
" Sauve avec tout le peuple, et quand moins on y pense,
** Le diable être vaincu de la simple innocence !...
" Ou voir un Abraham, sa foi, Tange et son fils !
'** Voir Joseph retrouvé !... Les peuples déconfits
" Par le pasteur guerrier (') qui vainqueur,d'une fonde (3),
** Montre de Dieu les faits admirables au monde ! "
Si Ton avait suivi les conseils du bon vieux poète Normand, la France chrétienne aurait eu un théâtre chrétien, et par suite, national. On aima mieux,comme Boileau va nous le répéter, jouer Hector et Ilion. ** Et que me fait, à moi, cette Troie ; ** et ces vieilles fables des rapsodes grecs ? Ne vaudrait-il pas autant et mieux, comme disait Vauquelin, ** suivant l'histoire " vraie ", voir :
" Charlemagne " Paver, à Roncevaux, de morts toute l'Espagne ?... "
OU bien encore, faire
" outremer " Derechef saint Loys en son voyage armer?... "
Le même Vauquelin, au milieu des guerres de la Ligue, pleurant sur la ** pauvre France" déchirée par ses ** enfants mutins ", et n ayant plus
" Sa robe... de lis d'or sur l'azur parsemée ",
lui criait, en guise de consolation :
" Tes massacres cruels, aux beaux ans qui suivront, ** Aux poètes tragics de sujet serviront (••). "
i.La Sainte Vierge; allusion au chapitre Xii de V Apocalypse, 2. David. — 3. Avec une fronde. — 4. (L. il.)
Hélas! ** aux beaux ans "qui suivirent, sous le règne le plus glorieux pour la France, **on vit renaître Hector, •' Andromaque, Ilîon"; et Boîleau applaudissait des deux mains. Mais avec la réapparition des héros de Troie ou de Mycènes.on vit disparaître de la scène française l'hsitoire héroïque des Français.Car il est à noter que nos vieuxdramaturges jouaient non seulement les scènes de T Écriture et les vies des Saints, mais aussi les gestes de nos aïeux. La preuve s'en trouve dans le catalogue des Mystères où Ton rencontre le Mystère de la France auprès du Mystère de Job, çx le Triomphe des Normands à côté du Mystère de N.-D. du Puy (').
" De pèlerins, dit-on, une troupe grossière " £n public à Paris y monta la première.
Quel dédain pour " ces siècles grossiers " ! et un peu aussi pour la vérité. L'histoire de zç:'^ pèlerins n'est fondée que sur un on dit. Ces grossiers précurseurs de l'hôtel de Bourgogne et du théâtre français furent des bourgeois de Paris, qui se réunirent d'abord à Saint-Maur, près de Vincennes, en 1398. Charles VI autorisa ces pieux confrères de la Passion, qui s'établirent dans l'hôpital de la Trinité (1402).
A côté de cette confrérie, dont le but était d*édifier le peuple par la représentation des Mystères de l' Évangile, les clercs de la Bazoche créèrent la Comédie, en imaginant leurs moralités et leurs farces. Ils eurent pour imitateurs et rivaux les Enfants sans-souci, qui malheureusement renouvelèrent les audaces de la Comédie ancienne et aristophanesque. L'un des plus fameux de ces héritiers d'Aristophane, — ou émules de Rabelais — fut Pierre Gringoire. Ils eurent trop souvent le tort