I. V. Goujet, vin, p
de s'attaquer aux choses les plus respectables, la religion et le pouvoir royal, surtout à Louis XII ** le père " du peuple *\ C'était par avance le Tartufe, joué en
face de Polyeucte.
" Et sottement xiXé^ en sa simplicité,
" Joua les Saints, la Vierge et Dieu par plëtë.
Si ce zèle était simple, il n'était point ** sot ", comme Boileau le pense. — Quelques années avant \Art Poétique, Racine défendant l'art dramatique, avec zèle lui aussi, contre Messieurs de Port- Royal, donnait en faveur du théâtre cet argument, qui n'est certes pas sans valeur : ** Saint Grégoire de Nazianzen'apas fait ** de difficulté de mettre la Passion de Notre-Seigneur " en tragédie. " L'exemple de ce grand Docteur, dont Racine s'autorise, n'est point de nature à décréditer le zèle pieux des confrères de la Passion. Soixante-douze ans seulement avant \Art Poétique, un autre Docteur de rÉglise, un admirable écrivain français, le très sage directeur de M"' de Chantai, grand'mère de la M^se de Sévigné, saint François de Sales, employait le drame chrétien à la conversion du Chablais.En 1 597, il faisait tout à la fois décorer splendidement l'église d'Annemasse, et dresser un théâtre sur la place publique ; puis distribuait les rôles d'un Mystère composé par l'un de ses cousins et par l'un de ses frères. L'année suivante, à Thonon, il se servit encore de cette prédication. Je ne crois pas que l'on puisse accuser le saint Docteur, l'un de nos plus charmants hommes de lettres au commencement du grand siècle ('), d'avoir été ** sottement zélé en sa simplicité ".
A la fin du même siècle, Bossuet relevait ** cette voix
SainlFtançoisde Sales est mort en 1622.
** qui tombe *' et rallumait ** cette ardeur qui s'éteint ", pour foudroyer la Tragédie profane ; mais au même temps Bossuet autorisait ces Tragédies de collèges roulant sur ** un sujet saint et pieux (') ". Cest-à-dire que Bossuet, Toracle du xvii* siècle,et " le dernier Père " de l'Église " autorisait les Mystères au théâtre.
Enfin, la grande preuve qu'il n'y avait point de sottise dans ce zèle, c'est la faveur dont le clergé, fe royauté et le peuple honorèrent en France des drames, inspirés par une foi vive, et de temps à autre par le génie.
Cette faveur, Brossette nous en donne quelque idée dans la note suivante : *' Avant que la Comédie fût ** introduite en France, on représentait les histoires de *' l'Ancien et du Nouveau Testament, les martyres des *' Saints et autres sujets de piété. On nommait ces ** sortes d'actions les Mystères ; comme le Mystère^ ou '* Xç^Jeti de la Passion, le Mystère des Actes des ApôtreSy '' le Mystère de F Apocalypse, etc. Et il y avait des ** maîtres ou entrepreneurs, par les soins desquels ces ** Mystères étaient représentés. Au commencement, '* on les représentait dans les églises, comme faisant ** partie des cérémonies ecclésiastiques. Dans la suite, ils furent joués en divers endroits sur des théâtres publics. — Alain Chartier, dans son histoire de Charles vu. parlant de l'entrée de ce Roi à Paris, en Tannée 1437 (page 109) dit que : — ** Tout au long de la grande rue Saint-Denis, à près d'un jet de pierre l'un de l'autre, étaient faits échafauds bien et richement tendus où étaient faits par personnages : l'Annonciation Notre-Dame , la Nativité Notre- Seigneur, sa Passion, sa Résurrection, la Pentecôte et le Jugement qui séait très bien ; car il se jouait