‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 156 sur 236 · CHANT · texte numérisé non relu

CHANT

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** ventre de lanesse, parlait pour elle, et disait son rôle. De cela seul, cette Fête où il entrait mille autres choses, avait tiré son nom de la Fête des Anes, ** parce qu'assurément Balaam, avec sa monture, tou- ** chaitbien plus lassistance que tous ces autres Pro- " phètes plus sérieux.

" Les représentations étant donc établies dans le " service divin, on n'avait garde de s'apercevoir qu'il " ne convenait pas aux choses saintes d'être mises en ** Comédies ('). Au contraire, la Comédie n'était que " comme une -suite du service divin, et même elle se ** jouait d'ordinaire dans les cimetières des égjises. Au ** sortir du sermon, ces bonnes gens allaient à la Co- ** médie, c'est-à-dire qu'ils changeaient de sermon. *' Jusque dans leurs divertissements, ils avaient les •* choses de la Religion devant les yeux; leur Foi était *• fortifiée par l'habitude qu'ils contractaient avec elles ; ** et en entendre si souvent parler, c'était quasi les " avoir vues ('). "

Était-ce donc là une bien condamnable ** ignorance", une ** imprudence " coupable de lèse-religion ?

" On chassa ces docteurs prêchant sans mission ; " On vit renaître Hector, Andromaque, Ilion.

*• Ce ne fut, note Boileau, que sous Louis XIII que " la Tragédie commença à prendre une bonne forme •* en PVance ." — Mais avant Louis XIII, et même avant Henri IV, Ton avait remis sur la scène française les héros de Grèce, de Rome, ou de Troie. Et pendant deux cents ans la France fut condamnée à pleurer sur

1. Fontcnelle insinue ici une des idées de son siècle, — ou mieux de sfs ji?r/^j,puisque Fontcnelle appartient également au xvn*et au xvin'.

2. Histoire du ThMtre français^ Nouv. édit.,t. III, des œuvres de Font, (p. 22-5.)

L'ART POÉTIQUK.

les douleurs d*Œdipe,sur les cruautés de Médée et sur nombre de personnages oublîés depuisdes siècles parmi la poussière des bibliothèques monacales.

Vauquelin dresse un catalogue des nouveaux Tragiques, de son époque :

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JodelU^ moi présent, fit voir sa Cléopâtre, En France des premiers au Tragique théâtre ; Encor que de Bàif un si brave argument Entre nous eût été choisi premièrement.

^Phrusty ayant depuis cette Muse guidée Sur les rives du Clain, fit incenser Médée... Et maintenant, Garnier, savant et copieux, Tragique, a surmonté les nouveaux et les vieux ; Montrant par son parler assez doucement gr^ve Que notre langue passe aujourd'hui la plus brave (')."

Il faut ajouter à ces noms celui de Hardy, que Claveret appelle un^ grande lumière (').

Vauquelin, au milieu de cette renaissance de la Grèce et de la guerre de Troie, fit entendre un appel aux poètes chrétiens. Il avait pu voir encore pendant son enfance,à Falaise ou ailleurs, quelqu'unde ces vieux Mystères proscrits en t 548. Il regrette que la Tragédie française joue uniquement des héros Grecs et Romains, ou des demi-dieux du paganisme. Vauquelin applaudit au perfectionnement de la scène et de notre langue ; mais il voudrait voir des chrétiens chanter les héros de la foi et feuilleter l'histoire sacrée :

" Hé ! quel plaisir serait-ce, à cette heure, de voir " Nos poètes chrétiens les façons recevoir " Du Tragique ancien, et voir à nos Mystères *' Les payens asservis sous les lois salutaires " De nos Saints et Martyrs, et du Vieux Testament " Voir une Tragédie extraite proprement ! "

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