I. Poéiique, 1640, p. 120-122. — 2. V. 1 14 et seqq
L'iUlT POéTIQUB.— II.
** Grand'différence y a faire un raaitre parler,
" Ou Davus qui ne doit au maitre s'égaler,
" Ou le bon Pantalon (*), ou Zani (^) dont Ganasse
" Nous a représenté la façon et la grâce...
" L'Allemand, le Souisse, ou bien quelque habile homme,
" Qui n'est point amendé de voyager à Rome,
*^ Ou celui qui nourri dans l'Espagne sera,
" Ou celui qui d'Italie en France passera (3). "
La Mesnardière a développé cette question comme la précédente. Il établit d'abord en principe que les grandes divisions du globe produisent des caractères généraux différents; que ** un Asiatique est timide, un ** Africain infidèle, un Européen est sage et un Amé- " ricain stupide (*). " Puis il passe au détail des pays, surtout des pays d'Europe.
Nous n'assumerions, à aucun prix, la responsabilité de ces esquisses, datant de 1 640. Si La Mesnardière parcourait aujourd'hui, sa Poétique en main, les diverses nations qu'il pourtrayait,îl y a deux siècles et demi, combien de retouches il aurait à faire ! Quoi qu'il en soit, nous transcrivons en partie ce singulier document i^) :
— ** Les Français seront hardis, courtois, indiscrets, ** généreux, adroits, inconsidérés, impétueux, incon- ** stants, prodigues, peu laborieux, polis, etc.
— ** Les Espagnols, présomptueux, incivils aux étran- ** gers, savants dans la politique, avares, constLnts, ** capables de toutes fatigues, indifférents à tous climats, ** ambitieux, etc.
— Les Anglais. ^"^ J*ai vu, parla fréquentation, que les ** Anglais sont infidèles, paresseux, vaillants, cruels, ** amateurs de la propreté, ennemis des étrangers, ** al tiers et intéressés.
I. Personnage de la Comédie italienne. — 2. Id. — 3. L. i. — 4, P. 38. 5. Il est bon de se rappeler, en les lisant, que ces pages furent écrites pendant la guerre de Trente Ans.
CHANT IIT.
— Les Italiens. ** Si nous en croyons un grand homme, ** excellent observateur des mœurs de chaque nation " (César Scaliger), les Italiens sont oisifs, impies, ** séditieux, soupçonneux, fourbes, casaniers, subtils, " courtois, vindicatifs, amateurs de la politesse et pas- " sionnés pour le profit.
— " Les Allemands seront sincères, grossiers, fidèles, ** modestes, banqueteurs, affables, vaillants, amoureux " de la liberté.
— *** Les Perses, religieux, ambitieux, riches, adroits, ** doux, guerriers et défiants.
— ** Les Grecs, vains, menteurs, orgueilleux, adroits, ** savants et raisonnables ('). " •
Etc..
La Mesnardière dessine ces caractères, ou plutôt dénombre ces défauts des peuples, en faisant observer que les individus ne ressemblent pas nécessairement à la masse ; restriction judicieuse.
Dans XArt Poétique, comme dans les ouvrages littéraires du xvii^ siècle, on ne s'occupe guère des peuples étrangers à la France, sauf des Italiens et des Espagnols. C'étaient les seuls peuples d'Europe qui fussent censés avoir une littérature et un langage digne des muses. Je suis toutefois heureux de trouver une mention du caractère et du génie dramatique anglais dans un ouvrage publié à peu près à la même date que XArt Poétique,
Le P. Rapin a consacré une ou deux pages de ses Réflexions à'nos voisins d'Outre- Manche ('). Il ne les flatte point. Mais du moins il reconnaît aux Anglais