‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 17 sur 236 · Odes. Disc, sur la Poésie et sur POde^ 17 13, p · texte numérisé non relu

Odes. Disc, sur la Poésie et sur POde^ 17 13, p

L'ART POÉTXQUK.

" à la poésie lyrique. '* Et, après avoir dit que le censeur de Pindare n'entend rien au " sublime des Psau- ** mes de David", Boileau continue : **Ce cri tique, selon " toutes les apparences, n'est pas fort convaincu du *' précepte que j ai avancé dans mon Art Poétique, à '* propos de TOde :

" Son style impétueuXy etc.."

Enfin : " Pour revenir ^ Pindare, il ne serait pas difficile d'en faire sentir les beautés à des gens qui se seraient un peu familiarisé le grec. Mais comme cette langue est aujourd'hui assez ignorée de la plupart des hommes, et qu'il n'est pas possible de leur faire voir Pindare dans Pindare même, j'ai cru que je ne pouvais mieux justifier ce grand poète, qu'en tâchant de faire une Ode en français à sa manière, c'est-à-dire pleine de mouvement et de transports, où l'esprit parût plutôt entraîné du démon de la poésie (!), que guidé par la raison. C'est le but que je me suis proposé dans l'Ode qu'on va voir. J'ai pris pour sujet la Prise de Namur, comme la plus grande action de guerre qui se soit faite de nos jours, et comme la matière la plus propre à échauffer l'imagination d'un poète.

" J'y ai jeté, autant que j'ai pu, la magnificence des mots; et, à l'exemple des anciens poètes dithyrambiques, j'y ai employé les figures les plus audacieuses; jusqu'à y faire un astre de la plume blanche que le Roi porte ordinairement à son chapeau, et qui est en effet comme une espèce de comète fatale à nos ennemis, qui se jugent perdus dès qu'ils l'aperçoivent. Voilà le dessein de cet ouvrage. Je ne réponds pas d'y avoir réussi ; et je ne sais si le public, accoutumé aux sages emportements de Malherbe,

•• s'accommodera de ces saillies et de ces excès pin- •' dariques.... **

Hélas !

Perrault s*égaya fort de ces excès de Despréaux et de son Ode pindarique : " L'Ode pindarique, dit-il, ne '* ressemble pas aux Odes de Pindare. Le principal '* caractère de ce poète grec, c'est de s'emporter ** souvent hors de son sujet ; son prétendu imitateur '* suit le sien pas à pas, sans le quitter, contre le pré- ** cepte qu'il en a donné dans son Art Poétiqtu ('). "

Sachons du moins gré au vieux Despréaux, d'avoir tenté un genre de poésie où nous fûmes si pauvres.

On vient de lire qu'il reprochait à Perrault de n'avoir point compris le sublime des Psaumes. Presque au même temps où il versifiait l'alexandrin du beau désordre, un littérateur, d'un caractère tout différent, définissait ce désordre sublime de l'Ode sacrée, tel qu'il l'avait rencontré, admiré, médité dans nos saints Livres. Ce littérateur est Bossuet. " Le style de ces ** Cantiques, hardi, extraordinaire, naturel toutefois, ." en ce qu'il est propre à représenter la nature dans " ses transports, qui marche pour cette raison par de '' vives et impétueuses saillies, affranchi des liaisons " ordinaires, que recherche le discours uni, renfermé •* d*ailleurs dans des cadences nombreuses qui en " augmentent la force, surprend Toreille, saisit Tima- *• gination, émeut le cœur, et s'imprime plus aisément '' dans la mémoire.

*• Parmi tous les peuples du monde, celui où de tels *• cantiques ont été le plus en usage, a été le peuple de " Dieu. Moïse en marque un grand nombre, qu'il dé- " signe par les premiers vers, parce que le peuple

I. Perrault, Ode au Roi; Disc, prélim.-- Éd. S. Marc, t II, p. 485.

* savait le reste. Lui-même en a fait deux de cette

* nature... Les siècles suivants lont imité. C'était Dieu

* et ses œuvres merveilleuses, qui faisaient le sujet des

* Odes qu'ils ont composées. Dieu les inspirait lui-

* même; et il n y a proprement que le peuple de Dieu,

* où la poésie soit venue par enthousiasme ('). *' Veut-on entendre, après Despréaux et Bossùet, ou

plutôt bien longtemps avant eux, un poète lyrique français, défendre ce beau désordre, ej^et de l'art ? Ronsard le fait au long et au large. Je citerai seulement une douzaine de ces alexandrins, où il plaide pour la liberté des strophes, sechappant de Tâme comme ** feuilles au vent ", ou comme les pailles blanches s'en volant sous les regards du vanneur. Il s adresse à un ** prédicantereau " de Genève.

" Tu te moques aussi, de quoi ma poésie « Ne suit Tart misérable, ains va par fantaisie; " Et de quoi ma fureur sans ordre se suivant '* Éparpille ses vers comme feuilles au vent...

*' En Tart de poésie, un art il ne faut pas " Tel qu'ont les prédicants, qui suivent pas à pas " Leur sermon su par cœur, ou tel qu'il faut en prose, " Où toujours l'orateur suit le fil d'une chose. ** Les poètes gaillards ont artifice à part; '* Ils ont un art caché qui ne semble pas art " Aux versificateurs, — d'autant qu'il se promène " D'une libre contrainte oii la muse le mène. "

" Loin ces rimeurs craintifs, dont Tesprit flegmatique " Garde dans ses fureurs un ordre didactique ; " Qui, chantant d'un héros les progrès éclatants, *' Maigres historiens suivront Tordre des temps.

** Ordre didactique '* et ** ordre des temps '* sont trop voisins, d'autant que le " ôeau désordre " les précède et les touche.

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