‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 18 sur 236 · I. Disc, surTHist, Univ., II' P,, ch · texte numérisé non relu

I. Disc, surTHist, Univ., II' P,, ch

J'apprends du P. Mourgues que les beautés uniformes répugnent aux fureurs lyriques; que les stances doivent marcher d*un pas toujours croissant, comme Tenthousiasme. Mais, selon lui, ** cette règle est de ** toutes la plus difficile à garder. On voit d'heureuses ** saillies dans certaines Odes, surtout des commen- '* çants; mais le feu expire au bout de quelques •* strophes, et Thaleine manque au poète ('). ** C'est que, toujours selon le P. Mourgues (il n'est pas seul de son avis), quiconque fait une Ode se mêle d'une au- " dacieuse besogne;" vu que, " l'Ode doit être... un ** élixir des beautés poétiques ('). "

" Ils n*osent un moment perdre un sujet de vue; '* Pour prendre Oôle, il faut que Lille soit rendue ; " £t que leur vers exact ainsi que Mëzeral, " Ait dëjà fait toniber les remparts de Court rai.

Dryden n'a rien trouvé pour remplacer ces conquêtes de la France ; il dit simplement :

" And dare not from least circumstances part, " But take ail towns by strictest rules of art. "

" Lille et Courtrai furent pris en 1667; et Dôle en 1668 (3). " — Boileau vise-t-il en cet endroit, quelque Pindare de la ville ou de la province .î* On n'en voit point d'indices. Probablement Boileau saisit, ou fait naître ici l'occasion de chanter les victoires récentes de la France et de son roi. Ce fut une des habiletés de sa Muse didactique. Nous les admirerons ailleurs.

" Exact comme Mézerai " n'est pas parfaitement juste. L'exactitude n'est point la qualité par où brille l'historien normand , reproducteur de compilations antérieures à ce qu'il intitule sa Grande Histoire de

I. Tr, de Po/s./r, — De COde, — 2. Ibid, — 3. Note de Brossette.

France. — Quand Boileau écrivait cette rime de Mézerai à Courtrai, il se doutait fort peu, selon toute apparence, qu il serait un jour, lui poète, successeur de Mézerai, en qualité d'historiographe du roi. Et pourtant il eut cette gloire même du vivant de Mézerai ('). Se donna-t-il alors le loisir d'étudier les in-folios de son devancier, pour y apprendre à écrire l'histoire? Je ne saurais le dire. Du moins l'autre poète, son collègue, Racine, crut devoir prendre cette peine. Son fils Louis le raconte. L'auteur de Britannicus voulut se mettre, du mieux qu'il put, à la hauteur de sa tâche glorieuse et rétribuée ; or l'un de ses travaux, pour entrer dans son rôle, fut de faire des extraits de Mézerai.

Un poème (aussi exact que la Grande Histoire de France) sur nos victoires de Flandre, venait d'être écrit, en vers latins, par le P. de la Rue. Corneille l'avait traduit en alexandrins, ** bien aise, dit-il, de ** pouvoir donner par là quelque marque de reconnais- ** sance aux soins que les Pères Jésuites ont pris ** d'instruire ma jeunesse et celle de mes enfants; et à ** l'amitié particulière dont m'honore l'auteur de ce ** panégyrique. " Je cite quelques vers de Corneille, reproduisant le passage du P. de la Rue sur la prise de Lille et de Courtrai:

" Tornacio^^ arces, Musisque dicata Duaci

" Mœnia, et antiquis Curtracum nobile bellis, etc.. "

Les deux poètes disent au roi : Heureuse la Flandre, si, sur toutes ses villes, elle eût, comme sur Charleroi, laissé ** arborer les lis ".

**.... Tournai^ de tout temps tout français dans le cœur, ** T'eût reçu comme maître, et non comme vainqueur; '* Les muses à Douai n'auraient point pris les armes, '' Pour coûter à son peuple et du sang et des larmes ,

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