‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 171 sur 236 · Of>. cit., p. 361-3. — 2. BrosHlte · texte numérisé non relu

Of>. cit., p. 361-3. — 2. BrosHlte

" Et Phénîce même publie -

" Qu'il n'est rien plus beau que Clèlie ! "

Corneille sentait le ridicule de ces galanteries chez les farouches républicains de Rome. Il le fait dire à son Sertorius par une barbare de Lusitanie :

" Seigneur, quand un Romain, quand un héros soupire^ " Nous n'entendons pas bien ce qu'un soupir veut dire ('). "

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Dans un roman frivole aisément tout s'excuse.

On vient de voir que Boileau n'excusait point du tout ces frivolités et ces sottises. En 1700, il écrivait à Brossette, au sujet des œuvres de même genre : " Je •* ne lis jamais que le premier feuillet ('). " Il n en avait pas toujours été ainsi. Boileau en fait le très humble aveu ; il avait jadis pensé comme Perrault : il avait regardé Clélie du même œil que son Horatius Coclès : * Comme j'étais fort jeune dans le temps que ces ** Romans, tant de M^^^ de Scudéry que ceux de la ** Calprenède et de tous les autres, faisaient le plus ** d*éclat, je les lus, ainsi que les lisait tout le monde, " avec beaucoup d'admiration , et je les regardai ** comme des chefs-d'œuvre de notre langue {^\

Mais depuis !...

Les anas et autres recueils d'anecdotes citent à l'envi une confession de Boileau à un curé de village. La voici, en résumé, d'après Louis Racine : " Quelles sont vos occupations ordinaires ? — Je fais des vers. — Tant pis. Et quels vers } — Des Satires. — Encore pis. Et contre qui ^ — Contre les vices du temps, contre les ouvrages pernicieux, contre les romans! — Ah! très bien ! achevez le Confiteor (*). "

I. Sertorius, acte IV, se. I. — 2. i avril 1700. — 3. Disc, sur le DiaL des héros de roman, — 4. V. Mém, de L. Roc, 2' P.

'* C'est assez qu'en courant la fiction amuse, *' Trop de rigueur alors serait hors de saison. " Mais la scène demande une exacte raison ; '* L'étroite bienséance y veut être gardée.

" Un faiseur de romans peut former ses héros à sa ** fantaisie, dit Saint-Évremont ; mais ces grands per- *' sonnages de l'antiquité, si célèbres dans leur siècle, ** et plus connus parmi nous que les vivants même : les ** Alexandre, les Scipion, les César, ne doivent jamais ** perdre leur caractère entre nos mains ; car lespecta- ** teur le moins délicat sent qu on le blesse, quand on " leur donne des défauts qu'ils n avaient pas, ou qu'on '* leur ôte des vertus, qui avaient fait sur son esprit ** une impression agréable ('). '*

Corneille, qui savait son métier, établit la même distinction entre les faciles aventures d'un roman et les fortes conceptions d'un drame classique : — ** Nous ** sommes gênés au théâtre par le lieu, par le temps, ** et par les incommodités de la représentation, qui ** nous empêchent d'exposer à la vue beaucoup de per- ** sonnages tout à la fois, de peur que les uns ne ** demeurent sans action ou ne troublent celle des ** autres. Le roman n'a aucune de ces contraintes ; il " donne aux actions qu'il décrit tout le loisir qu'il leur '* faut pour arriver; il place ceux qu'il fait parler, agir, ** ou rêver, dans une chambre, dans une forêt, en place *' publique, selon qu'il est plus à propos pour leur '' action particulière. Il a pour cela tout un palais, toute •* une ville, tout un royaume, toute la terre où lespro- ** mener; et s'il fait arriver ou raconter quelque chose " en présence de trente personnes, il en peut décrire " les divers sentiments l'un après l'autre ('). "

1. Dissert, sur le grand Alex. — Œuvr. mêlées^ i, p. 215 et 216.

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