Corneille, ^ Disc, sur la Traj^édie
D'un nouveau personnage in veniez- vous l'Idée, Qu'en tout avec sol-même U se montre d'accord, £t qu'il soit jusqu'au bout tel qu'on l'a vu d'abord.
Boileau se remet à paraphraser Horace :
" Si quid inexperium scenœ committis^ et audes ** Personam for mare novam^ servetur ad imutUy " Qualis ab incœpto processerity et sibi constet (»). "
Vauquelin traduit :
" Si tu veux sur le jeu de nouveau mettre en vue " Une personne encore en la scène inconnue, " Telle jusqu'à la fin tu la dois maintenir, " Que tu l'as au premier fait parler et venir (»). "
Racine reconnaît à Corneille le très grand mérite d avoir créé des héros tous différents les uns des autres, mais tous constamment semblables à eux-mêmes : '* Quelle prodigieuse variété dans les caractères ! Com- ** bien de rois, de princes, de héros de toutes nations '* nous a-t-il représentés, toujours tels qu'ils doivent •* être, toujours uniformes avec eux-mêmes, et jamais ** ne se ressemblant les uns aux autres (^) ! **
" Souvent, sans y penser, un écrivain qui s'aime ** Forme tous ses héros semblables à soi*-même, " Tout a l'humeur gasconne en un auteur gascon ;
" Your buUy Poets, bully heroes write :
" Chapman in Bussy d'Ambois took delight. '*
(Dryden.)
'* Chacun se peint, sans y penser^ Monsieur, dans ce - qu'il écrit (*). "
Est-ce un privilège des auteurs gascons de prêter leur joyeuse humeur aux personnages de leurs œuvres ?
I. V. 125 et seqq. — 2. L. i. — 3. Disc, pron, à la réception de 7 h Corneille, — 4. Fénelon. Lettre à la Motte, 22 nov. 17 14.
Les auteurs normands n'ont-ils pas en cela quelque ressemblance avec leurs confrères des bords de la Garonne ? Saînt-Évremont, gentilhomme du Cotentin, le croit et il affirme en avoir fait l'expérience : " J'ai eu dessein autrefois de faire une Tragédie... Il " me souvient que je formais mon caractère, sans y "penser, et que le héros descendit insensiblement au " peu de mérite de Saint- Evremont, au lieu que " Saint- Evremont devait s'élever aux grandes vertus "de son héros. Il était de mes passions, comme de "mon caractère ; j'exprimais mes mouvements, vou- " lant exprimer les siens ('). "
" Tout a t humeur gasconne.... " Carel ne comprend pas et passe outre dédaigneusement : " Je n'ai pas, " dit-il, le loisir d'examiner ce galimatias, car c'en est " un des plus francs ('). "
Baiilet est plus intelligent que l'auteur de Childebrand. Il estime que le " poète ", c'est-à-dire Despréaux, a bien fait de croire que l'humeur des écrivains se traduit dans leurs œuvres. Mais, selon Baiilet, " il " semble qu'il y ait peu de raisons de l'attribuer à " certains climats et à certains siècles, plutôt qu'à " d'autres. . . Car l'on voit des humeurs gasconnes et des " caractères de Rodomonts dans des auteurs de toutes " sortes de pays, de toutes sortes d'états et de condi- " tions {'). " C'est ainsi que le savant Picard venge ou défend les riverains de la Garonne.
" Calprenide et Juba parlent du même ton,
■ Juba, " héros de la Cléopâtre " (•). — Cléopâtre est
un roman en 23 volumes in-S"». " Le sieur de la
" Calprenède, gentilhomme du Périgord.avaitfaitd'au-
I. ŒuvT. Mil., 1699, t. II, p. 36. — 2. La lU/ense dts btaux tspriti, p. 38. — ^. Jug.dts 5. I, p. 119. — 4. Boilcau.
très romans ('), ajoute Brossette, et plusieurs Tragédies. Le cardinal de Richelieu, s'en étant fait lire une, dit que la pièce était bonne, mais que les vers en étaient lâches. Cette réponse fut rapportée à l'auteur, qui répliqua par cette saillie digne d'un Gascon : — Comment, lâche ! dit-il, cadédis, il n'y a rien de lâche dans la maison de la Calprenède. '* En 1636, sa Tragédie de la mort de Mithridate fut représentée pour la première fois le jour des Rois. A la fin de la pièce, Mithridate prend une coupe empoisonnée ; et après avoir délibéré quelque temps, il dit en avalant le poison : Mais c'est trop différer.... Un plaisant du parterre acheva le vers en criant : Le roi boit ! Le roi boit (') ! " Calprenède avait quelque mérite et jouit d'une :ertaine vogue. Sarrasin va jusqu'à joindre le nom du omancier Périgourdin à celui de Corneille :
" Conterai-je dans cet écrit ** Les plaisirs innocents que goûte notre esprit ? " Dirai-je qu*Ablancourt, Calprenède et Corneille,
** C'est-à-dire vulgairement
" Les vers, Thistoire, le romant,
" Nous divertissent à merveille ? " (3)
Loret parle comme Sarrasin, et fait aussi l'éloge du gentilhomme romancier :
" L'illustre de la Calprenède
" Dont l'excellent esprit possède
" Des talents rares et charmants
" Pour les vers en pour les romans,
" Et qui d'ailleurs est fort brave homme,
" Ou plutôt brave gentilhomme "(^)