‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 175 sur 236 · I. CEuv, mêlées^ t. Il, p · texte numérisé non relu

I. CEuv, mêlées^ t. Il, p

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Un auteur n'y fait pas de faciles conquêtes.

Et cela pour plusieurs causes. C'est que : **la raison " à ses règles nous engage *' ; c'est que : *' le français " est né malin" ; c est que **les rivaux obscurcis croas- *' sent " ; c'est aussi que, même en France, il est des sots ; '* le ciel en a béni lengeance. " Auprès des Corneille il y eut des Scudéry; des Pradon, à côté de Racine ; des Monfleury non loin de Molière

Racine harcelé par les censeurs de Britannicus s'écriait : ** Je plains fort le malheur d'un homme qui ** travaille pour le public ('). " Et plus tard, racontant à l'Académie les merveilles entreprises et accomplies sur la scène française par Corneille, ** il laissa, dit Ra- ** cine, bien loin derrière lui tout ce qu'il avait de '* rivaux, dont la plupart, désespérant de l'atteindre, et •* n'osant plus entreprendre de lui disputer le prix, se ** bornèrent à combattre la voix publique déclarée ** pour lui, et essayèrent en vain par leurs discours et " par leurs frivoles critiques de rabaisser un mérite " qu'ils ne pouvaient égaler ('). "

Racine fait son histoire en faisant celle de son admirable rival.

*' Il trouve à le siffler des bouches toujours prêles ; ** Chacun peut le traiter de fat et d'ignorant ;

*• Que ce mot ^o, fat est infâme et bas pour parler *' d'un auteur! Mais ce mot lui platt, bien qu'il déplaise •• aux honnêtes gens (3). (Desmarets.)^ Néanmoins ce n\ot nest pas. comme plusieurs autres, trop répété dans XArt Poétique, On ne l'y rencontre que six ou sept fois.

I. i** Préf. de Britan, — 2. Disc. pron. à la récept. de Th. Corneille. — 3. La défense^ etc. p. 87.

Horace menaçait son poète malappris d'un autre âtiment que Boileau ne mentionne pas :

" Auf dormitaboy aut ridebo ('). "

" C'est un droit qu'à la porte on achète en entrant.

" The privilège is bought for hcUfa crawn, "

(Dryden.)

" Un clerc, pour quinze sous, sans craindre le holà,

" Peut aller au parterre attaquer Attila :

" Et si le roi des Huns ne lui charme Toreille,

" Trçiiter de Visigoths tous les vers de Corneille (*). "

On sifflait déjà, au xvii* siècle. Et même d'après une ecdote vraiment plaisante, Pradon, assistant à une ses Tragédies, fut réduit à se siffler lui-même, pour kre pas reconnu de ses voisins.

Racine prétend que les sifflets furent inventés à î ^^r de Fontenelle. Cette origine appartient à TEpiamme, mais non point à l'histoire.

Il y eut au xvii^ siècle une époque où, suivant Fureire, on n'entendait plus au théâtre d'autre bruit que 5 sifflets. *' On ne va plus à la comédie que pour siffler la pièce et les acteurs, parce qu'on est prévenu et contre les auteurs et contre les comédiens, qui, loin de divertir, fatiguent tout le monde (^). " Corneille était 3rt et Racine se taisait.

Les sifflets n'étaient pas les seules armes du parterre ntre l'ennui. Les pommes servaient de projectiles, eux auteurs bien renseignés, Molière et Boursault, Ht mention de cette vengeance exercée contre acteurs auteurs. Boursault en parle dans le Portrait du nntre :

A. p. V. 105. — 2. Sot, IX. — 3. Furetirianuy Éd. de 1696, p. 86.

'' S'ils s'étaient avisés de vouloir le bourrer, " Où les pauvres acteurs pourraient-ils se fourrer ? " Toute la Normandie a-t-elle assez de pommes, " Pour jeter à la tête à ces malheureux hommes (*) ? "

" Il faut qu'en cent façons, pour plaire, il se replie,

Malherbe, quî " d'un mot mis en sa place enseigna ** le pouvoir ", eût réclamé contre cette expression : £n cent façons^ et Teût condamnée comme une cheville: " M. de Malherbe ne voulait pas qu'on nombrât, " en vers, de ces nombres vagues, comme " mille ou ** cent tourments *' ; il disait assez plaisamment, quand *' il voyait quelqu'un nombrer de cette sorte : Peut- ** être n y en avait-il que qtiatre'Vingt-dix'-neuf {^\ "

*' Que tantôt il s'élève et tantôt s'humilie ;

" Qu'en nobles sentiments il soit partout fécond ;

" Qu'il soit aisé, solide, agréable, profond ;

" Que de traits surprenants sans cesse il nous réveille ;

'' Qu'il coure dans ses vers de merveille en merveille ;

C'est à peu près le portrait que Racine trace de Corneille: ** A dire vrai, où trouvera-t-on un poète ** qui ait possédé à la fois tant de grands talents : l'art, •* la force, le jugement, l'esprit ? Quelle noblesse, ** quelle économie dans les sujets ! Quelle véhémence ** dans les passions ! quelle gravité dans les sentiments! ** quelle dignité et en même temps quelle prodigieuse ** variété dans les caractères !... Parmi tout cela, une ** magnificence d'expression proportionnée aux maîtres " du monde qu'il fait souvent parler, capable néan- ** moins de s'abaisser, quand il veut, et de descendre " jusqu'aux plus simples naïvetés du comique, où il est

1. P, du P, se. ïx, Contemp. tU MoUire^ V. Foumel, t. I, (p. 158.)

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