TrcUté du poènié épique^ 1^75) P* 15 et
CHANT ÏII.
et contre Énée, ce sont la miséricorde et la justice célestes; les Furies sont les remords, etc ('). ** Homère. . . " a donné le nom d'Achille au fantôme vaillant et ** colère ; celui d'Agamemnon à son général ; celui " d'Hector au chef des ennemis (") " ; comme Ésope a donné le nom de lion, ou de renard aux allégories philosophiques de ses fables. Ésope et Homère ont fait une même œuvre avec des personnages différents ; Homère avec des fantômes rois et soldats, Ésope avec des bêtes (3).
** L'action poétique n'est ni singulière, ni historique, ** mais générale et allégorique (♦). "
Je croîs qu'on aurait grandement étonné Homère, si on lui avait fait part de ces découvertes. Mais pour bien saisir la portée des mystères soupçonnés alors dans les grandes épopées, il faut lire l'explication, imaginée par Le Bossu d'une allégorie d'Homère: ** Homère (je transcris le P. Le Bossu) ne dira pas que le sel a la force de conserver les cadavres sans corruption et sans pourriture, et que les mouches y font incontinent naître des vers. Mais il dira qu'Achille voulant venger la mort de Patrocle, avant que de rendre à son corps les derniers devoirs, appréhendait que les chaleurs de la saison ne le corrompent et que les mouches qui se sont attachées à ses plaies n'y fassent naître des vers. II ne dira pas simplement que la mer lui présentait le remède contre la pourriture qu'il craignait; mais il fera de la mer une divinité ; il la fera parler ; en un mot, il dira que la déesse Thétis consola Achille, et lui dit qu'il lui pouvait laisser ce soin, et qu'elle allait parfumer ce corps d'une ambroisie qui le conserverait une année entière sans corruption. C'est ainsi qu'Homère enseigne aux
I. IbiiLy^, 146-7. — 2. Jbid,^^, 48. — 3. /âid,fp, 52.-4. /^/V/.,p. 84-5.
'* poètes à parler des. arts et des sciences. On voit en ** cet exemple que les mouches sont la cause de la cor- " ruption et des vers qui s'engendrent dans les chairs ** mortes. On'y voit la nature du sel et l'art de conserver '' les cadavres sans corruption. Mais tout cela est " exprimé poétiquement et avec toutes les conditions ** nécessaires à cette imitation, qui selon Arîstote, est ** essentielle à la poésie... Cet exemple suffit ; il est ** simple, commun et fort aisé à comprendre ('). "
Après cette belle explication de \ Iliade, le P. Le Bossu passe à 1'^/^^/^. Qu'est-ce, par exemple, qu'Énée cherchant le rameau d'or } Oh! chose bien simple; c est un alchimiste en quête de la pierre philosophale. Écoutons le P. Le Bossu: ** Énée... voit les deux oiseaux " de Vénus. Ce sont deux extraits du vitriol, (!!!)
" Et viridi sedere solo \ "
" car ce minéral vert qui les contient est une espèce de '* cuivre (couperose, cuprum œrosum), à qui l'on donne " le nom de cette déesse. Je laisse le reste dans les ** livres, où le hasard me l'a fait lire. Du moins on con- ** viendra assez de la justesse des avis que la Sibylle ** donne à Énée sur la difficulté de cette découverte et ** sur le peu de gens qui y réussissent ; et qu'enfin, '* comme elle dit, cette entreprise n'est pas l'entreprise ** d'un homme sage :
" Insano juvai indulgere lahori (*). "
Ces citations sont longues ; mais elles fournissent une idée de ce Traité que Corbinelli, si admiré par Mme de Sévigné, mettait ** cent piques au-dessus de ** celui de Despréaux. " C'est conformément à ce système allégorique que Chapelain avait imaginé sa
Pucelle, d accord en cela avec ses collègues épiques, lesquels prétendaient avoir caché des abîmes de sagesse en leurs Épopées. — Sed de hisy alias.
" X«à, pour nous enchanter, tout est mis en usage ;
" Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage.
Le poème épique est à la fois le plus long, le plus riche, le plus varié. Il se prête à tous les genres. C'est un récit, mais plus encore un tableau vivant. On a dît que PÉpopée reflète toute la civilisation d'une époque et d'un peuple ; Vauquelin allait plus loin et faisait de rÉpopée un miroir du monde entier :
" Tel ouvrage est semblable à ces féconds herbages,
" Qui sont fournis de prés et de gras pâturages,
" D'une haute futaie et d*un bocage épais,
" Où courent les ruisseaux, où sont les ombres frais,
" Où Ton voit des étangs, des vallons, des montagnes.
*' Des vignes, des fruitiers, des forêts, des campagnes ;
" Un prince en fait son parc, y fait des bâtiments,
'* £t le fait diviser en beaux appartements ;
" Les cerfs, soit en la taille, ou soit dans les gaignages^
" Y font leur viandis, leurs buissons, leurs ombrages ;
" Les abeilles y vont par esquadrons bruyants
" Chercher parmi les fleurs leurs vivres rousoyants ;
** Le bœuf laborieux, le mouton y pâture,
** £t tout autre animal y prend sa nourriture.
" En l'ouvrage héroïque ainsi chacun se plaît; " Même y trouve de quoi son esprit il repaît... ** C'est un tableau du monde, un miroir qui rapporte ** Les gestes des mortels en différente sorte "
Vauquelin termine par un souhait à l'adresse des poètes de France. Saint- Marc se croyait, il y a plus d'un siècle, en droit de répéter ce vœu, que nous répétons à notre tour :
" Heureux celui que Dieu d'esprit voudra remplir, " Pour un si grand ouvrage en français accomplir ! " (*)
Souhait probablement stérile, pour plusieurs causes que nous marquerons.
" Chaque vertu devient une divinité ;
Boileau indique dès à présent le genre de merveilleux qu'il admettra dans l'Épopée. Il suit Homère et Virgile, et il semble se ranger à l'avis du P. Le Bossu et des allégorisants.
Boileau ne voit pas^ ou ne veut pas voir, que les divinités dont il forge la liste, d'après l'Iliade et rÉnéïde, sont très peu faites pour représenter des vertus. Racine aurait pu le rappeler à son ami. Dans ses poésies de jeunesse, la mémoire remplie de réminiscences homériques ou virgiliennes, Racine multipliait les allusions aux déités des vieilles Épopées ; mais, comme il l'explique, ces antiques citoyens du Parnasse ne sont nullement des parangons d'honnêteté. ** A regarder leurs actions, il n'y en a pas un qui ne mé- '* ritât d'être brûlé, si on leur faisait bonne justice " (*).
Preuve assez péremptoire contre les chercheurs d'allégories vertueuses, saintes, pieuses, au travers de l'Iliade et de l'Odyssée. Fénelon, très grand admirateur et imitateur d'Homère, croit comme tout le monde (sauf peut-être le P. Le Bossu) que " les héros d'Ho- ** mère ne ressemblent point à d'honnêtes gens, et que " les dieux de ce poète sont fort au-dessous de ces " héros mêmes, si indignes de l'idée que nous avons '* de l'honnête homme (^). " N'importe; c'est sur ce fondement de l'Olympe que Despréaux va bâtir tout son échafaudage épique.
I. L. I. — 2. Lettre du 13 sept. 1660. — 3. Lettre à tAcad.^cYi» X.
CHANT m.
** Minerve est la prudence et Venus la beauté.
** Ce n'est plus la vapeur (') qui produit le tonnerre ;
** C'est Jupiter armé pour effrayer la terre.
•* Un orage terrible aux yeux des matelots,
*' C'est Neptune en courroux qui gourmande les flots.
Echo n'est plus un son qui dans l'air retentisse ;
C'est une Nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse.
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Costar s'est servi de cette dernière image pour louer \'oiture; il le fait en pur galimatias. Selon Costar, ** Voiture disputait la gloire de bien écrire aux illustres ** des nations étrangères, et contraignait XÉcho du ** Parnasse, en un temps qu'il n'était plus que pierre, ** d'avoir autant de passion pour son rare mérite, qu'il '* en avait pour Narcisse. " Comme cela est frais, délicat, intelligible !
D'après le même système, le Rhin n'est plus qu'un vieux dieu limoneux, penchant une urne de faïence au pied du mont Adule et dormant au bruit de son eau qui coule. Boileau est conséquent avec ses principes. Louis Xl\' bloquant Xamur est, pour Boileau, ** Ju- ** piter en personne '*, foudroyant ** dix mille vaillants ** Alcides " retranchés derrière des murs maçonnés par ** Apollon et Neptune. " Pendant ce temps, la Sambre déborde. Pourquoi? Parce que les " 1 1 y ades orageuses " y versent ** leurs urnes fangeuses ", et font fuir *'Cérès *' éplorée de voir en proie à Horée s(!S guérets d'épis ** chargés ".
Avec ce système plus pindarique que celui de Pindare, on arrive au jargon (jui fut la |)ocsie française pendant plus d'un siècle ; on en vicînt a dir(\ avec Ponce Lebrun :
'* La rolliiie qui vers le pôle ** Borne nos fertiles ninrais