La défense^ etc., p. 9a
3. Nous esptîrons exposer et développer toutes ces idées, dans un autre ouvrage, touchant le Merveilleux dans la Littérature frant^aise^ sous le règne de Louis XIV. Cet ouvrage est en préparation.
" Qu'énëe et ses vaisseaux par le vent ëcartës
" Soient aux bords africains d'un orage emportés ;
" Ce n'est qu'une aventure ordinaire et commune,
" Qu'un coup peu surprenant des traits de la fortune.
'^ Mais que Junon, constante en son aversion,
" Poursuive sur les flots les restes d'IUon ;
" Qu'Éole, en sa faveur les chassant d'Italie,
*' Ouvre aux vents mutinés les prisons d'Éolie ;
" Que Neptune en courroux s'ëlevant sur la mer,
" D'un mot calme lesflols, mette la paix dans l'air,
" Délivre les vaisseaux, des syrtes les arrache ;
*' C'est là ce qui surprend, frappe, saisit, attache.
Dans la tempête de Virgile, à merveille. Virgile ne savait pas d'autres fictions. Il a imité celles d'Homère. Est-ce à dire que toutes les tempêtes doivent ressembler à ce modèle ? Neptune et ses monstres a bien assez aujourd'hui de vomir de Teau douce dans les bassins de Versailles, pour le plaisir des Parisiens. Mais grâce à Dieu, personne ne s'avisera plus de songer aux outres d'Éole et au trident risible, en face des ** admi- ** râbles soulèvements de la mer ".
Vauquelin, même en pleine Renaissance, était plus avancé que Despréaux. Il admet les tempêtes épiques mais sans les égayer de Neptunes et d'Éoles :
" Si d'une histoire un grand prince fameux ** Tu veux faire flotter sur les flots écumeux, " Faire tu le pourras, et, chrétien, son navire " Hors des bancs périlleux et des écueils conduire. '^ Aussi bien, en ce temps, ouïr parler des dieux ** En une poésie est souvent odieux.
" Des siècles le retour et les saisons changées " Souvent sous d'autres lois ont les muses rangées. "
Telle est aussi la doctrine de Desmarets : ** Pour ** unique modèle d'un Poème, il (Despréaux) nous *' présente XÉnéïde, où Ton voit d'abord Junon, Éole, ** Neptune, Vénus, Jupiter, etc., et il dit que sans tous ** ces ornements... la poésie est morte... Mais tout cela
CHANT ni.
" ne nous est point propre, parlant des grands faits " d'un Roi chrétien, Clovis?, que Ton présente à un " Roi très chrétien (Louis XIV ?), de qui Pon veut ** prendre occasion de parler. Et il faut voir si, sans ** tous ces ridicules ornements, on ne s'élève pas en *' des inventions bien plus hautes, et en une diction ** aussi belle que celle des Anciens. Il faut voir si nos " vers (') tombent en langueur, si notre poésie est " morte, et si elle rampe sans vigueur.
** Il est facile d'en juger, si l'on veut lire sans haine ** quelques modernes, dont la poésie est si noble. Si " l'on mêlait des divinités fabuleuses parmi les actions ** d'un héros chrétien, et parmi celles d'un Roi très " chrétien, dont on prend sujet de parler quelquefois, ** on souillerait les actions de l'un et de l'autre, et l'on ** ferait une confusion monstrueuse ('). "
La Motte, l'abréviateur d'Homère, veut bien admettre que les ornements homériques " frappent, sai- ** sîssent, attachent " ceux qui croiraient à ces fictions. Mais, grâce à Dieu, nous ne sommes plus de ceux-là. Ce serait pour nous une niaiserie même de nous y attacher par l'imagination : ** Un poème pourrait être " excellent dans un pays, qui ferait pitié ailleurs ; '* parce que des choses réputées grandes en ce pays-là, " seraient jugées petites dans un autre. Le point est '* de sentir au juste jusqu'où l'on peut compter sur la ** crédulité de ses lecteurs, et de mesurer exactement " ses hardiesses à leurs lumières. Serait-il raisonnable " de prétendre amuser des hommes faits, parles mêmes ** fictions qui auraient charmé des enfants }
1. Desmarets se met dans son tort et gâte sa cause, en disant '^ nos " vers". II défend son bien et donne beau jeu à Despréaux. La question devait rester question de droit et non de fait. Hoileau rit de tout son cœur quand on lui offre le Clovis^ comme idéal.