‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 184 sur 236 · I. La Défense^ elc, p · texte numérisé non relu

I. La Défense^ elc, p

rOIympe ressuscitées. Mais le xvii*' siècle connut et tenta d'autres genres de merveilleux.

1° Dans les poèmes épiques, malheureusement faits sans génie, une foule d'auteurs, depuis Scudéry jusqu'à Perrault, essayèrent leur merveilleux chrétien ; mêlé aux incroyables enchantements, et aux productions les plus grotesques de l'art magique, selon les données du Tasse, et d'Arioste. (V. ci-après.)

2° Dans le poème héroï-comique, Boileau inventa ou rajeunit les divinités allégoriques : La Discorde, la Renommée, la Mollesse, la Nuit..., pâles fantômes, qui souriront au génie de Voltaire. La Henriade se peuplera de ces froides abstractions.

3° Dans ses Contes, Perrault revient aux vieilles légendes gauloises : Les fées y les ogres, les nains, les bottes et les souliers magiques. Perrault a fait preuve d'une vraie originalité, en habillant de sa prose facile et souple, ces fables populaires et enfantines, ces contes de ma mère l'Oie. En maintes petites pièces, on faisait figurer les lutins, follets, et autres esprits nocturnes, généralement peu effrayants.

4^ Même au xvii* siècle, on connut les sylphes et les gnôfnes rajeunis au xix*' par nos ballades romantiques. Labbé de M ont faucon de Villars, mort en 1673, les remît en scène dans son Comte de Gabalis, Mme de Sévigné connaissait ce livre, et nomme quelque part ** l'auteur des sylphides, des gnomes et des salaman- - dres C) ".

50 Enfin le bon La Fontaine prit pour acteurs de sa Comédie à cent actes divers, un Parnasse familier, bourgeois, rapetissé à la taille du sujet. C'était la place véritable et naturelle de ces marionnettes épiques,

I. Lettre àM 16 sept. 167 1. — Le livre, très peu recommandable, de Villars, fut condamné par PÉglise.

que ce théâtre où les bêtes parlent et où les chênes ont de l'orgueil.

Puisque Ton voulait conserver les pièces de cet antique musée, il fallait les abandonner au génie du fablier, ou à celui de Scarron ou bien à la plume coulante et courante de madame de Sévigné. Qu'on relise la lettre semi-désolée où la Marquise regrette ses beaux chênes de Bretagne : ** Je fus hier au Buron, j'en revins

* le soir. Je pensai pleurer en voyant la dégradation

* de cette terre. Il y avait les plus beaux arbres du ' monde ; mon fils, dans son dernier voyage, y a fait

* donner les derniers coups de cognée... Toutes ces

* Dryades affligées que je vis hier, tous ces vieux Syl-

* vains qui ne savent plus où se retirer, tous ces

* anciens corbeaux établis depuis deux cents ans dans ' l'horreur de ces bois, ces chouettes qui, dans cette

* obscurité, annonçaient par leurs funestes cris, le ' malheur de tous les hommes ; tout cela me fit hier

* des plaintes qui me touchèrent sensiblement le cœur.

* Et que sait-on même si plusieurs de ces vieux chê-

* nés n'ont point parlé, comme celui où était Clo- ' rinde ? (') Ce lieu était un luogo dincanto, s'il en fut

* jamais. J'en revins donc toute triste ('). "

Poétisées de cette sorte, avec le talent joyeux de La Fontaine et de Scarron et de la Marquise, les vieilleries mythologiques se font accepter. Mais le poète qui les prend au sérieux, n'est plus

" Qu'un froid historien d'une fable insipide. "

Il serait encore tolérable de rafraîchir ces pastiches à la façon du dieu du ruisseau, qui figure au Voyage de Bachaumont et Chapelle, Pendant que les deux joyeux voyageurs devisent sous les saules en Gascogne, ou

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