I. V. Edit. s. M
" agissant conséquemment à ses principes, avait blâmé " M. Despréaux d avoir introduit dans son Épître iv, " le dieu du Rhin s'opposant au passage du roi. Ainsi ** notre auteur avait tout ensemble à défendre Tancien " usage, la raison (!) et ses propres ouvrages. Le poème ** de Clovis parut pour la première fois en 1657; mais •* Tauteur y ayant fait des changements très considé- " rables, le publia de nouveau en 1673, tandis que " notre poète travaillait à son Art Poétique. "
Comme on le voit, Brossette prend chaudement le parti de son auteur ; mais il nous révèle, selon moi, la principale cause pour laquelle Boileaujettefeuet flamme contre le merveilleux chrétien et ses partisans. C'est que Boileau défend son bien. On a ri de son dieu à la barbe limoneuse, ami des Bâta ves, haranguant ses Naïades affolées. Boileau prend l'attitude et le langage du Rhin transformé en guerrier... poudreux. S'il n'avait pas été attaqué, juste au moment où il rimait son code poétique, je ne pense pas qu'il eût foudroyé de 70 à 80 alexandrins les défenseurs de la poésie chrétienne.
Desmarets, de son côté, se sentant blessé dans son honneur et dans son Clovis^ riposte de son mieux : " Nous voici enfin arrivés au Poème épique ou héroi- ** que, pour lequel seul il (Despréaux) a entrepris tout ** cet Art Poétique, par sa seule jalousie contre ceux " qui en ont fait ; et qu il poursuit à outrance, parce que •* n'ayant ni génie, ni force pour faire un poème, il " voudrait ruiner cette haute poésie...
** Nous savons qu'il n'a fait son Art Poétique que
** pour établir ses ridicules règles, par lesquelles il
•* prétend bannir des poèmes Dieu, les saints et les
** anges et les démons, pour y rétablir les divinités
* païennes, et renverser par ce moyen le poème de
L'AKT rOÉTIQUB. -> 11.
SI
** C lavis y qui est plein d assez d'inventions et d'agré- " ments, sans avoir besoin du secours des fables ridi- " cules...
*' Notre siècle a des esprits bien plus solides, plus ** purs et plus délicats que ceux des anciens, qui, avec ** leur fausse religion, ne pouvaient avoir que de folles ** idées^ La préface du poème de Clovis a été au-devant ** des pitoyables règles de cet Ari Poétique, qui étaient '* déjà prêchées en divers lieux, avant Timpression, ** laquelle n a rien appris de nouveau, et n a donné que ** le moyen d'y répondre plus sûrement, pour les - détruire " (')-
Desmarets s'adresse ailleurs à cet adversaire qui bannit Dieu et ses Anges de la poésie, et lui demande:
" Es-tu Turc, es-tu Maure, idolâtre, ou chrétien ? "
Notons soigneusement que, si Boileau admet les ornements de la mythologie, ce n'est point par raison démonstrative, mais uniquement par tradition classique; ce sont des " oi^evients reçus ". Notons aussi que les poètes chrétiens, s'ils savent leur métier, ne feront jamais agir les Anges, ni Dieu surtout, comme les dieux rêvés par Homère. Ils le feront avec respect, avec dignité et seulement aux heures solennelles ou décisives. Quant aux Prophètes, pourquoi, je le demande à Boileau, un poète chrétien ne pourra-t-il pas les faire agir en une Épopée, comme l'admirable Racine l'a fait pour yba^? Racine a mis un prophète sur la scène ; avec quelle grandeur, quelle magnificence, quel enthousiasme, chacun le sait. Ne peut-on pas imiter cette respectueuse audace, si bien expliquée du reste par l'auteur d'-^///^/eV / ** On me trouvera ** peut-être un peu hardi d'avoir osé mettre sur la
T. La déf, du poème héroïque, p. 87, 100 et loi.
" scène un prophète inspiré de Dieu, et qui prédit ** l'avenir. Mais j ai eu la précaution de ne mettre dans " sa bouche que des expressions tirées des prophètes " mêmes. Quoique l'Écriture ne dise pas en termes " exprès que Joïada ait eu lesprit de prophétie, com- *' me elle le dit de son fils ; elle le représente comme " un homme tout plein de l'esprit de Dieu. Et d'ail- " leurs ne paralt-il pas, par 1 Évangile, qu'il a pu "prophétiser en qualité de Souverain Pontife?... " Cette scène, qui est une espèce d'épisode, amène " très naturellement la musique, par la coutume qu'a- *' vaient plusieurs prophètes, qui vinrent au-devant de ** Saiil avec des harpes et des lyres qu'on portait devant " eux, etc.. " (')
Comprendre ainsi l'Écriture, ce n'est point la profaner, ni faire agir les saints et les prophètes à la guise des dieux d'Homère.On verra, par les citations qui vont suivre, comment les poètes contradicteurs du merveilleux païen, réclamaient le même respect des Livres Saints et déclaraient sacrilège toute altération, tant soit peu grave, de la parole divine.
Ces querelles entre Despréaux et Desmarets étaient comme une seconde phase de la querelle du merveilleux, au XVII* siècle. La question de l'emploi ou du bannissement des divinités mythologiques avait déjà été agitée en France. J. B. Santeuil, moine de Saint- Victor, poète latin, auteur d'hymnes et de proses chrétiennes, Santeuil en qui Boileau croyait
"... voir le dïzhle " Que Dieu force à louer les Saints (') *\
s'était érigé en partisan de ces figures antiques dont on remplit si aisément un vers latin. Mais il avait un