Édit. de 1826, t. XIV, p
' n'aime pas les fables ; et qu'étant nourri depuis beau-
* coup d'années de rÉcriture Sainte qui est le trésor ' de la vérité, je trouve un grand creux dans ces
* fictions de l'esprit humain, et dans ces productions
* de sa vanité. Mais lorsqu'on est convenu de s'en ser-
* vir comme d'un langage figuré, pour exprimer, d'une ' manière en quelque sorte pliTs vive, ce que l'on veut ' faire entendre, surtout aux personnes accoutumées
* à ce langage, on se sent forcé de faire grâce au poète ' chrétien qui n'en use que par une sorte de nécessité."
Bossuet ne tolère, on le voit, qu'à son corps défendant, l'usage de ces fantaisies poétiques. Santeuil en fit l'expérience. Il avait encouru Tindignation amicale du grand Évêque, pour avoir composé sa Pomona in açro Versaliensi, poème dédié à M. de la Quintinie. Était-ce un bien grand crime d'avoir parlé de Pomone, à propos de jardins où l'Olympe s'est donné rendezvous ? Non sans doute (').
Maïs les reproches que l' Évêque adressa au moine, chantre des Saints, et auteur des hymnes du bréviaire parisien, portèrent coup. Santeuil désavoua ses égarements littéraires au domaine de la Fable. Il écrivit son Poeta Christianus et en fit hommage à Bossuet. Une gravure placée en tête du Poème représentait l'Évêque de Meaux sur les marches de sa cathédrale, recevant Santeuil à résipiscence. Le moine de Saint- Victor était à genoux, la corde au cou, et jetait au feu ses œuvres profanes. Les vers suivants expliquaient la gravure :
I. Santeuil disait à la Quintinie, à la fin d'une brillante description de Versailles :
" Versediis visa hinc Pomona f erocior arvis^
'' Florigerum caput attolUns calaihisque tumentes
*^ Osientans natos èfundo divite fructus^
** RegaUs inUr par nympha incedêre nymphas» "
"... Frangani mea plectroy tubqsquCy " Avulsasque manu disctrpam in vertice iauros ; " Et vesiem exutus^ densa comiiante caterva^ ** Compita per longarum et per salebrosa viarum^ " Depositoque supercilio jam inglorius ibo^ " Et gestans tœdam ardentem^ restique revinctus " Colla^ manusqut amhaSy caput atro pulvere turpis^ " Nudus et ipse pedes^ qualem decet esse nocentis, " IbOy ibo augusti majora ad limina tempHy " Detestansque scelus voce alta et poplite flexo^ " Fletibus et crebris ululatibus et lamentis " Qua poterOy lasi placabo Numinis tram («). "
Ces promesses emphatiques étaient accompagnées d'un billet plus humble :
** Mepœnitet errasse in uno vocabulo latino, si dis- ^^ plicuisse videar in tfte insurgenti tanto Episcopo, ** etiant absolventibus Musis (').
Bossuet reçut avec joie les excuses, la gravure et les vers du moine-poète. Ce fut TAbbé Fleury qui les lui présenta, et qui écrivit ensuite à Santeuil :
*• Vellem affuisses, cum Pontifici nostro, Meldensi ** dico, primum ostendi ; vidisses ut miratus est, ut ** deledatus tabella fronti apposita, solemnique illa ""' pompa^qua profanas Musas* iterum abjurasti. Dein- ' * de le dis versibuSy serio gratulatus est...
*' Versaliisy Id aprilis, 1690."
Santeuil renouvela sa confession poétique et l'abjuration de ses erreurs mythologiques, en dédiant ses Hymnes à Pellisson :
" Jusqu'ici Ton m'a vu, par un abus coupable
•' Ne remplir mon esprit que des dieux de la fable ", etc. (')
En offrant ses œuvres profanes au public, Santeuil s'excusa de publier ces vers, " qua e fabuloso stipersti- ** tioscB Antiquitatis penu deprowpta fuerant, " Il a
I. Op,poJt,y Sant., p. 3^' — 2. lbU,y p. 31. —3. Op, poet,^ p.-68 et seq.
honte, lui poète chrétien dont on chante les hymnes dans presque toutes les Églises de France, de s'être abaissé à ces sottises païennes ('). A la fin d^di' Défense des Fables, il demande de nouveau pardon ; ce sont là, dit-il, de simples exercices de style, par lesquels il s'est formé à chanter les grandeurs de la foi (').
Enfin il publie le réquisitoire de son frère Claude contre les ** vaines Fables des Poètes " ; et dans un post-scriptum où il félicite son frère, le moine traite ses propres vers ** d'œuvre de jeunesse ". Puis il rappelle le sujet de la querelle, et les raisons alléguées par les proscripteurs de l'antique Parnasse :
" Lis erat apud litteratos utrum adhtic liceret ^^ figmentispaganorum etfabulisutù Quiillas proscri- ** bere volunt, his utuntur ferme rationibus : primo, •* quod aniles fabula sint omnes ; dç\nàt, quoda moribus ** Christianis abhorreant ; postremo quod natura per ** se campus sit satispatens in quo exsultare possit poetica^ " absque Fabularum ope ('»)." Ne sont-ce pas là précisé- " ment les raisons mises en avant par le Génie du Christianisme ?
Le repentir de Santeuil fit probablement espérer à Bossuet la conversion littéraire de Boileaii. Il écrivait au Victorin, le 15 avril 1690: ** Mon cher Santeuil, je " m'en vais préparer les voies à notre illustre Boileau. " D après Saint-Surin, dans ces mots de Bossuet '* on ** entrevoit qu'il désirait convertir également l'auteur " à^VArtPoéiiquer Bossuet a-t-il vraiment faitquelque démarche dans cette vue ? Je n en vois trace nulle part. — C'était du moins une consolation pour Bossuet de trouver un poète chrétien chez son ami le chanoine de Samt-Victor, comme ce fut une joie pour le grand év^que^de Genève de renconu^er un poète chrétien au
" I. OP poeL Praf. ad UcL - 2. Ed. de ,698, p. isii^T^/^ZZTiT^.