‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 194 sur 236 · I. ParalL 2' éffit, t. III, p · texte numérisé non relu

I. ParalL 2' éffit, t. III, p

** Concluons que les poèmes d'Homère seront tou- ** jours des chefs-d*œuvre ; non pas en tout des ** modèles ('). "

Il faut se borner, même quand on cite. Je finis par une citation de Frain du Tremblay,lequel s appuie sur l'opinion de Saînt-Évremont. L'académicien d'Angers imprimait ses discours au momentoîi Boileaumourait('); il y fait une charge impétueuse contre ** Messieurs du Parnasse " et contre leur paganisme littéraire.

*' Il faudrait, dit-il, bannir de la Poésie cet attirail de ** mots... Apollon et les neuf Sœurs.le cheval volant et ** le sacré vallon, Hélicon et le Parnasse, Aganippe et '* Hippocrène ; et je ne sais combien d'autres mots, ** dont est composé le jargon des poètes grecs et latins, ** ne devraient point paraître dans nos vers. " Ce ne •* sont plus aujourd'hui que de grands sons vides de ** sens et de raison '\ comme le dit un bel esprit de ce ** temps (3). Ils font croire que le génie est petit et la veine ** stérile, d'où sont sortis des vers composés de toutes ** ces antiquailles. M. de Santeuil le dit dans les vers ** que je viens de rapporter et dans ceux-ci :

" Usque adeo Icevis vos fabula pascit inanes^ " Vos inopes rerum fabula ditat inops ! "

" Quand on lit ces vers de M. Despréaux :

" Sur le haut Hélicon leur veine méprisée, " Fut toujours des neu/ sœurs la fable et la risée ; " Calliope jamais ne daigna leur parler, " Et Pégase pour eux refuse de voler (^) ; "

** on a du regret de voir qu'un poète de cette qua- ** lité, à qui il était si facile de trouver une infinité '* d'autres expressions grandes et nobles, pour mar-

I. Sur les pommes des Anciens, Œuv. chois, etc., p. 378-9. — 2. L'approbation est du 6 mai 171 1. — 3. Saint-Evremont. — 4. Disc.au Roi v.30-5.

** quer le mépris que font les hommes de bon goût de ** ceux qui se mêlent d'être poètes sans avoir le génie ** de la poésie, qui ont la témérité de traiter des sujets ** qui passent leurs forces, se soit servi d'expressions ** si usées, et n'ait point eu honte de s'exprimer dans *' ce style de collège...

** Nos poètes... doivent laisser aux Grecs ce qui ne

'* peut convenir qu'aux Grecs. Et ils ont moins de

* raison de mettre à tout moment dans leurs vers le

** Parnasse et le Pinde, qu'il n'y en aurait d'y mettre

** Vaugirard et Montmartre, etc..

** A la vérité si ces Messieurs se tenaient toujours •* sur le Parnasse, ou s'ils étaient toujours en lair, mon- " tés sur le cheval volant, sans descendre jamais parmi ** nous autres habitants de la terre, on pourrait les ** laisser vivre selon leurs lois, et ne se mettre pas en ** peine de ce qu'ils feraient dans leur société. Mais ils ** veulent faire la loi à tous les autres écrivains ; et si ** on ne se soumet à leurs décisions, on est aussitôt ** exposé aux traits piquants de leurs Satires. Ils se ** rendent les arbitres de la réputation des auteurs et *' exercent un empire tyrannique dans la république '' des lettres ('). '*

Là-dessus, l'orateur angevin gourmande ces Messieurs du Parnasse^ qui imposent par décret aux poètes chrétiens les vieilles sornettes du paganisme, et qui ne savent ** se défaire de tous ces mauvais restes de la ** poussière du collège. " — A la fin, son bon sens lui dicte une prophétie, aujourd'hui réalisée :

** Il faut espérer que de si faux préjugés se dissipe- ** ront un jour, et que Ton proscrira la fable de la ** poésie.

** Au moins, ce que je dis servira peut-être à inter-

i. Disc. /*^, p. ic», loi, Î03.

** rompre en quelque manière un abus si honteux, et à ** ramener quelque jour les poètes aux lumières de la ** vérité et delà raison. Car il ne faut pas attendre que ** ceux d'aujourd'hui changent ('). "

Non, ils ne changèrent pas et le paganisme poétique, décrété par Boileau, fut la loi du siècle suivant. Vers la fin de ce triste siècle, à quelques pas de Téchafaud, Roucher se trouvait tout heureux de vivre

" Sous Tempire d'Astrée, " Enfant et favori de Saturne et de Rhée («). "

" Mettent à chaque pas le lecteur en enfer,

" N'offrent rien qu'Astaroth, Belzébuth, Lucifer.

C'est le crime de Scudéry. Les démons qui s'opposent aux conquêtes diAlaric portent ces trois noms ; c'est le crime aussi de Desmarets ; et selon toute apparence, c'est au Clovis que la satire s'adresse. Mais Boileau exagère et plaisante, en disant que les infortunés auteurs épiques n'offrent rien que cela. Desmarets n'a point tort de répondre par Homère et Virgile, qui ont mené aux enfers leurs héros et leurs lecteurs :

** Homère et Virgile y ont aussi mis leurs lecteurs, " puisqu'ils y font descendre leurs héros {^). " Il est vrai qu'Homère et Virgile se gardent d'y conduire leurs personnages épiques à chaque pas.

Si Boileau avait connu Milton et le Dante, on pourrait appliquer aux deux grands poètes, anglais et italien, la critique ci-dessus énoncée. Mais Milton comme le Dante, était encore pour Boileau un înconnu,dont notre législateur poétique ne paraît pas avoir soupçonné l'existence. Il connaissait le Tasse et l'Arioste ; mais le xvii* siècle lettré pouvait-il croire qu'un poème ''divin''

I. Disc, /" p. io8, etc. — 2. Les Mois^ mars, — 3. La défense^ etc., p. 91

eût été composé dans des ** siècles grossiers '*, ou parmi les brouillards d'Albion (') ?

" Oela foi d'un chrétlea les mystères terribles " D'ornements égayés ne sont point susceptibles ; •• L'Évangile à l'0sprlt n'ofTre de tous côtés, <* Que pénitence à faire et tourments mérités.

Ces quatre lignes prosaïques sont, je crois, celles que l'on cite le plus souvent quand on rappelle les idées de Boileau sur le merveilleux chrétien.

Voici d'abord la réplique, assez juste mais assez incomplète, de Desmarets: " Il ne faut pas reprocher à

* notre religion, qu elle ne prêche que pénitence et

* que supplices mérités. Ce n est point de cela qu'on

* parle dans les poèmes ; mais de ce qu'il y a de plus

* grand, de plus haut et de plus admirable ; puisque

* la poésie doit toujours penser à plaire en instruisant.

* Mais ceux qui veulent faire croire qu'il ne faut repré-

* senter que des divinités païennes dans les poèmes

* font bien voir que, par manque de force et d'inven-

* tion pour feindre hautement et agréablement sur nos

* vérités, ils veulent que l'on se tienne à la fable, qui

* est l'unique recours de tous ceux qui n'ont point

* d'invention. Et ils veulent persuader aux poètes ' français, qui ont une Religion si haute et si noble,

* qu'ils ne doivent célébrer les héros chrétiens qu'avec ' les secours des fables païennes et des faux dieux('). "

Il y aurait nombre d'autres critiques à faire sur les quatre vers de Boileau et contre les erreurs qui s'y entassent :

1° Tous les mystères de la foi ne sont point terribles comme Boileau le donne à entendre. Loin de là; les mystères consolants, joyeux et glorieux, abondent dans

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