‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 195 sur 236 · I . V. supra. — 2. La défense du poème hér. etc., p · texte numérisé non relu

I . V. supra. — 2. La défense du poème hér. etc., p

L'ART POÉTIQUK.

rÉvangîIe ; Tunique but de TÉvangile et de ses mystères est de mener les hommes à la gloire, à la joie, au bonheur.

2° Une poésie sage et chrétienne ne songe pointa jeter des ornements égayés sur les mystères terribles. Ce serait une sottise ou même un sacrilège, dont nos poètes épiques ne voulaient point se rendre coupables {%

3° Il est absolument faux (sauf pour des Jansénistes) que rÉvangile n'offre '' de tous côtés ** que pénitence et tourments. Le méchant rimeur Gacon, répondant aux Maximes et Réflexions sur la Comédie, s'exprimait à peu près dans les termes de Boileau :

*' Je sais que l'Évangile, en ses leçons divines,

" N'offre pour le salut qu'un chemin plein d'épines (*). "

La pensée, même ainsi adoucie, n est pas exacte. La foi vraie fait germer des fleurs sur le chemin du ciel, et r Église, en guise de haltes, y sème des fêtes.

4° La poésie épique, généralement parlant, raconte des faits, des actions comme dît Boileau ; elle ne touche aux dogmes terribles qu en passant; ou, s'il est nécessaire, elle . les montre en un lointain, comme les peintres dans un tableau de Naples relèguent le

1. V. plus haut Scudéry. V. 189... C'est ce que déclarait le P. Le Moyne, en tête du Saint-Louis : " Ce n'est pas qu'il ne soit permis aux *^ Muses Saintes de travailler pou rie Sanctuaire, et de contribuer du leur " à rembellissement de l'Arche. Mais elles se doivent souvenir du respect " que demande le Sanctuaire. Elles n'y doivent rien introduire de pro- ** fane ; et sur toutes choses, elles se doivent garder de changer la forme " de l'Arche. De l'or, des pierreries, de la broderie, de la pourpre, tant " qu'il leur plaira d'en fournir ; tout cela y sera reçu, y aura son rang et " sa place. Mais point d'images taillées, point de figures faites à fantai- •* sie... (*) " C'est-à-dire, respect aux dogmes révélés.

2. Dans son excellente édition des Maximes et réflexions^ 188 1, M. Gazier cite cette pièce sans donner le nom de l'auteur. Elle est de Gacon, le Poète sans fard. Satire V^ à Mgr J. B. Bossuet, Év. de Meaux

*. Éd. de 1658, p. eij.

Vésuve au fond de l'horizon. Le premier plan est réservé à la mer spknJide, au ciel rayonnant, aux collines en fleurs ; au loin, le volcan.

5<> La poésie chrétienne, épique, ou autre, est d'autant plus belle, qu'elle prête moins cT ornements égayés au dogme et à T Ecriture. Plus on veut orner les récits ou les chants de la Bible, plus on leur enlève de leur grandeur ou de leurs charmes. Relisez un psaume de David, après une paraphrase de J. B. Rousseau. Vous sentirez promptement où se trouve la poésie.

Boileau ne parle, en quelque sorte, que d'embellir et & égayer les sujets poétiques. Il y désire des ornements (v. 1 89), des ornements reçus (v. 1 94), des ornements égayés ; il veut que le poète s' égayé en mille inventions (v. 174) ; il approuve le Tasse d'avoir égayé la tristesse de son sujet (v. 216). N'est-ce pas un abus } Avec tous ces embellissements et ornements, on oublie la nature, on défigure la vérité, on dépoétise tout.

" Et de vos fictions le mélange coupable " Même à ses vérités donne Tair de la fable.

Ces deux vers seraient mieux à leur place, à côté de ceux qui vont venir :

Ce n'est pas que j'approuve en un sujet chrétien,

et le suiv2tnt. Si les poètes mélangent des fictions semipaïennes ou absurdes aux vérités de la foi, ou simplement aux fictions chrétiennes, ils sont coupables pour le moins de lèse-poésie, ou de lèse-bon sens. Il est ridicule, par exemple, de voir dans le poème chrétien de la Pucelle, un essaim de Zéphyrs soufflant sur les preux compagnons de Jeanne d*Arc,qui marchent sous •* Tœil du monde, " (c est-à-dire : le soleil.)

L'ART POÉTIQUK.

*^ Uœil du monde sur eux ramasse sa lumière " Et de son plus bel or peint leur verte carrière ; ** Ils brillent sans brûler ; et couverts de splendeur, " De ces feux éclatants n'éprouvent point l'ardeur; " D'un essaim de Zéphyrs la fraîche et douce haleine '* D'entre les monts voisins se coule sur la plaine (*). "

Il est ridicule de voir dans le Moïse sauvée non loin lu berceau de l'enfant que Dieu et ses anges protègent,

'' La bruyante cigale au milieu des guérets " Saluer le Midi, de la part de Cèrh (»). "

Ridicule de voir au-dessus de ce même berceau du btur prophète

" ... Le cruel Borke enflammé de courroux

" De la porte à!Eole arrachant les verroux (3). "

Ce mélange moins ** coupable " qu'inepte me rap- )elle une critique que le P. Le Moyne fait de ses ollègues en Épopée : ** Ces contre-temps licencieux me font souvenir, dit-il, d un tableau du Guarchin, où Ion voit un Suisse de la Garde du Pape, qui assiste Paris à Tenlèvement d'Hélène : et d'un autre tableau du Lorrain, où les Hollandais venus au siège de Troie avec les Grecs, prennent du tabac au port de Sigée. Semblables fautes, qui sappellent bévues en peinture, s appellent figures en poésie ; mais à dire vrai, ces figures ne sont guère plus excusables que ces bévues... (^). " A merveille!

" Et quel objet enfin à présenter aux yeux, " Que le diable toujours hurlant contre les deux, " Qui de votre héros veut rabaisser la gloire, " Et souvent contre Dieu balance la victoire ?

Après le second vers de ce quatrain, l'auteur écrit n note : ** Voyez le Tasse ". Il n'est point vrai que,

I. La PucelU^ Liv. IL — 2.yi* P. Éd. de 1660, p. 82-3. — 3. Ibid, — . S, Louis. 1658. — Du Pointé hér.y p. I, vb.

CHANT m.

dans la Jérusalem délivrée, le diable hurle toujours contre les cieux. Du reste, le Tasse égaie tout ce qu'il touche, même un peu son héros infernal. Il est loin d'atteindre à la sombre et terrible poésie du Paradise lost ('). Le triste spectacle que M il ton y offre ** aux yeux " et à l'esprit, est celui surtout des hurlements de Satan contre Dieu et contre Thomme.

A l'interrogation : ** Quel objet enfin...? " Desmarets répond : ** Il (Despréaux) veut faire croire que l'on " ne voit autre chose que le diable dans nos poèmes ; '• où toutefois ce nom n'est point employé, n'étant pas ** poétique ; où le démon n'est jamais présenté que " rarement, mais avec de telles fureurs, que jamais •* Mégère n'en poussa de pareilles. Et ce n'est pas une ** grande merveille que le démon dispute la victoire à " Dieu, puisque le Fils de Dieu lui-même l'a appelé ** \^ prince du monde ('). "

Cette dernière phrase effleure la vraie réplique à l'objection et aux dédains de Boileau. Plus habile, Desmarets eût développé cette raison qu'il touche à peine. Il semble aussi que de toute cette tirade l'on eût pu déduire un bon argument ad hominem contre Despréaux. Despréaux avait posé en principe, selon Aristote, dès le premier vers du chant m, qu'un

1. Milton ne fut guère connu en France, qu'à partir de 1729, date de la première traduction française du Paradis perdu. Ce poème fut admiré en deçà de la Manche. Toutefois ^' les critiques judicieux en " France se réunirent à trouver que le diable parle trop souvent et trop " longtemps de la même chose. " On crut aussi devoir rire de la guerre de ses anges bons et mauvais, armés de canons et d'épées, comme les soldats de Sa Majesté Charles IL (V. Goujet, VIII, p. 200.)

Milton se laissa inspirer son poème sombre par une comédie très " égayée ", où le diable faisait une ronde avec les sept péchés capitaux. Milton avait vu jouer à Milan cette pièce trop joyeuse d'un italien nommé Andreino.(Ib. p. 197.)

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