La déf. du poème hér. etc., p
monstre odieux ", quand il est imité par lart du peint, ne choque point " lesyeux'\ Mais si ce ** monstre odieux ", qui est le diable, est bien imité par lart du )ète, pourquoi n'est-ce plus un " spectacle à présenter aux yeux? " Sans doute Boileau parle d'un monstre >rporel, visible ; mais il applique immédiatement sa >mparaison à des horreurs morales, à un Oreste parride. Pourquoi un poète puissant, Dante, Milton, ou lelque autre, ne pourraient-ils produire le spectacle, itrement tragique et terrible, de l'ange déchu, déses- ^ré, hurlant contre le ciel, excitant ses légions sommes à leur révolte éternelle, et éternellement inutile ?
" Le Tasse, dlra-t-on. Ta fait avec succès " Je ne veux point ici lui faire son procès ;
Boileau a fait ailleurs ce procès et a jugé le Tasse un mot : '* Le clinquant du Tasse... " (')
Après ce qui en est dit en cet endroit de la Poétique, s ouvrages de* Boileau ne donnent plus qu'une seule ention au grand poète Italien. C'est dans la m® ' é flexion s\xx Longin, oîi Boileau reproche à Perrault avoir mis sur la même ligne la Jérusalem délivrée ; la Pucelle. Quel crime abominable !... "
Le Tasse mêle trop de défauts, trop de clinquant à )r de ses admirables qualités, pour avoir trouvé grâce îvant le goût de Boileau. Peu de temps avant sa ort, quelqu'un lui demanda s'il n'aVait pas changé avis à Tendroît de la Jérusalem : ** J'en ai si peu changé, répondit-il, que, relisant dernièrement le Tasse, je fus très fâché de ne m'être pas expliqué un peu au long sur ce sujet, dans quelqu'une de mes
Réjlexions sur Longin. J'aurais commencé par avouer
y. Sat, IX, V. 176.
* que le Tasse a été un génie sublime, étendu, heureu-
* sèment né à la poésie, et à la grande poésie. Mais
* ensuite, venant à Tusage qu'il a fait de ses talents,
* j'aurais montré que le bon sens n'est pas toujours ce
* qui domine chez lui ; que, dans la plupart de ses
* narrations, il s'attache bien moins au nécessaire qu'à
* l'agréable ; que ses descriptions sont presque toujours ' chargées d'ornements superflus ;que, dans la peinture
* des plus fortes passions, et au milieu du trouble
* qu'elles venaient d'exciter, souvent il dégénère en
* traits d'esprit, qui font tout à coup cesser le
* pathétique ; qu'il est plein d'images trop fleuries, de
* tours affectés, de pointes et de pensées frivoles, qui,
* loin de pouvoir convenir à S2i Jérusalem^ pouvaient
* à peine trouver place dans son Aminte. Or (conclut ' M. Despréaux), tout cela opposé à la sagesse, à la
* gravité, à la majesté de Virgile, qu'est-ce autre chose
* que du clinquant opposé à de l'or ? "
Voilà bien le procès fait en règle; et soixante ans après l'apparition de t Art poétique, Goujet affirmait que ce jugement de Boîleau était encore " presque un ** oracle" pour bien des gens lettrés, en deçà des Alpes.
— " J'étais présent à ce discours ", raconte l'abbé d'Olivet, qui nous a conservé ce réquisitoire ; heureux, dit-il, de " recueillir jusqu'aux moindres leçons d'un ** si grand mattre(') ".Uabbé d'Olivet grossit de ce document la notice de l'académicien Michel Le Clerc, traducteur du Tasse. Cette traduction incomplète et infortunée a aussi été honorée d'un vers du Satirique, au v* chant du Lutrin ("). Un des livres dont s'arment les combattants est le
" Tasse français, en naissant oublié. "