I. Brossette
la possibilité de peintures saintes et sérieuses. »t alinéa, il ne réclame plus l'usage des figures ses que pour des sujets profanes et légers.
I bien téméraire d'affirmer que ces 80 vers où s'occupe du merveilleux n'ont pas été tous la suite et d'un seul jet. On verra, à la fin du 7, comment l'auteur fit, après coup, une tirade \ par les victoires de la France. N'y a-t-il pas eu, tte partie du chant m, quelques hexamètres , après une première composition, par la réédi- Clovis.oxi par une lecture toute récente des vers :euil et de Corneille ?
quelques-uns de ces vers, qui expriment des nents ou des regrets fort analogues à ceux de
Quoi, bannir des enfçrs Proserpine et Pluton !
Dire toujours le diable et jamais Alecton !
Sacrifier Hécate et Diane à la lune,
Et dans son propre sein noyer le vieux Neptune !
Un berger chantera ses déplaisirs secrets,
Sans que la triste Echo répète ses regrets,
Les bois autour de lui n'auront point de Dryades ?
L'air sera sans Zéphyrs, les fleuves sans Naïades,
Et par nos délicats les Faunes assommés
Rentreront au néant dont on les a formés?. ..
La Fable en nos écrits, disent-ils, n'est pas bien ;
La gloire des païens déshonore un chrétien.
L'église toutefois que l'Esprit-Saînt gouverne.
Dans ses hymnes sacrés nous chante encore V Avertit;
Et par le vieil abus le Tartare inventé
N'y déshonore point un Dieu ressuscité....
Oiez à Pan sa flûte, adieu les pâturages ;
Otez Pomone et Flore, adieu les jardinages ;
Des roses et des lis le plus superbe éclat,
Sans la Fable, en nos vers n'aura rien que de plat..
Qu'aura de beau la guerre, à moins qu'on y crayonne
[ci le char de Mars, là celui de Bellone ;
" Que la victoire vole, et que les grands exploits
" Soient portés en tous lieux par la Nymphe à cent voix ?
" Qu'ont la terre et la mer, si Ton n'ose décrire
'^ Ce qu'il faut de Tritons à pousser un navire,
" Cet empire qu'Eole a sur les tourbillons,
'' Bacchus sur les coteaux, Cérès sur les sillons, etc(*)? "
Il est étrange assurément de vouloir que la Fable donne de l'éclat aux roses et aux lis; et nous avons déjà fait observer que trop d'ornements reçus défigurent les vraies beautés de la nature. Frain du Tremblay insinuait aussi cette remarque, en critiquant le système " fabuleux " de Boileau : ** On ne saurait '* assez s'étonner que cet arbitre du bon goût, l'auteur ** de Y Art Poétique y veuille que les façons de parler ** qui se tirent du système fabuleux, soient les vrais *' ornements de la poésie ; et qu il se moque des ** auteurs, qui ont des scrupules sur ces restes de Tido- ** latrie, comme il le fait dans ces vers :
*' Mais dans une profane et riante peinture, etc.
" La simplicité qui naît du seul fonds de la nature ** plaira toujours infiniment davantage aux personnes ** de bon goût, que ce ridicule assemblage de tant de " pièces, qui ne conviennent ni à nos mœurs ni à notre ** religion. Est- il donc possible que des gens de bon " sens aient pensé, que Ton ne peut composer des " vers excellents sans les bizarres expressions de la - Fable (').î^"
Les mêmes conseils que Boileau donne ici pour Tusage de la fable, le Mercure- Galant les donnait vers la même date; c est-à-dire après le fameux passage du Rhin : " Les poètes, dit le Mercure, feront
1. V. opéra Pottica de Santeuil, p. 185-187, et Œuv. de Corn. Édit Régnier, t. X., p. 234 et suiv. M. Marty-Laveaux affirme que Boileau s'est souvenu de ces vers.