‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 204 sur 236 · I. Traité du Poimt Épique, 1662. ch. VI, p · texte numérisé non relu

I. Traité du Poimt Épique, 1662. ch. VI, p

faît pitié à Homère même ('). " N'est-ce pas réponse ?

au n'était pas le seul, dont lesprit et Toreille charmés par les noms qui " semblent nés pour ", c'est à-dire surtout par les noms antiques, de e fleuves et de héros. Boursault raconte, à la B***, comment il fit une pièce de théâtre avec 1 de la Princesse de Clèves. ** Les noms des perges qui le composent, dit Boursault, sont doux îille et faciles à mettre en vers. " Mais, malgré >gue poétique, où l'auteur voulait préparer les s " des auditeurs, la pièce ne réussit point. ; suivante, la même pièce reparut " sous le nom rmanicus " ; et, dit encore Boursault, " elle eut :cès considérable. " Singulier effet des noms et anciens ! L'auteur conclut de ce récit :

[ue la Seine soit plus abondante et roule une elle eau que le Tibre, elle n'a pas tant de grâce a poésie ; et vous m'avouerez qu'Amiens, Abî, Rouen, Auxerre, Dijon et Grenoble n'ont le si héroïque que Rome, Albe, Carthage, nce, Athènes et Corinthe (*). " )i je réponds : 1° la *' grâce " de ces noms antise fait sentir qu'aux lettrés, aux gens qui ont histoire,' la géographie et la poésie grecque ou 2© la " grâce " des noms étrangers ne leur 3 précisément d'une plus heureuse combinaison )es. Il serait puéril de croire par exemple que )es: Orléans, Bordeaux, Saint-Malo, Versailles, s " dures et bizarres " que Numance, Garorinthe.

" grâce " des noms propres étrangers, grecs, 1 autres, est un effet de lointain et de perspectif, préface, p. CXXXV. — 2. Lettres^ 1. 1.

tive ; réloignement dans Tespace ou dans la durée, grandit ou embellit les noms comme les choses. C'est une remarque fort judicieuse de Tauteur du Saint- Louis.]^ ne puis résister au plaisir de copier cette page, où le P. Le Moyne conseille aux émules d'Homère ** d'aller chercher le Grand et le Merveilleux, aussi *' loin dans la carte, jque dans l'histoire : — Tout ce •' qui vient de loin passe pour grand ; et c'est de " l'étranger et de l'inconnu, que se fait le magnifique. *' Le Scaffiandre, de l'ancienne Troie (à ce que disent *' ceux qui l'ont vu) n'est guères plus grand que la " rivière des Gobelins ; et ceux qui ne le voient que " dans \ Iliade, sur le bruit que fait son nom, et sur la * parole d'Homère le prendraient pour un bras de '* mer. Qui de nous entend nommer le Mançanarez ** qui ne se figure qu'il vaut quatre fois le Rhin et six " fois le Pô ? Nous savons pourtant que, dans son " pays même, il le faut chercher pour le trouver. A ** peine a-t-il autant de pouces d'eau qu'il a de syllabes; ** et on le passe aussi vite et aussi aisément qu'on le ** nomme.

** Ce que je dis des rivières se doit encore dire des montagnes, des villes, des nations éloignées ; il se doit dire de leurs mœurs, de leurs habillements et de leurs armes. Il est certain que la montre de semblables choses est plus surprenante : leurs noms entrent autrement dans les oreilles ; et les fantômes qui en demeurent dans l'imagination, sont plus ** grands, plus augustes, plus magnifiques. Les eaux ** de XAraxe^ de XOronte, de VHydaspe, roulent bien '* avecque plus de pompe dans le vers, et y font bien *' un autre bruit que celles de la Marne, de la Seine ** et de la Loire. L'esprit du lecteur s'élève bien d'une *' autre sorte pour le mont Gibel, ou pour le mont

i.'art POAtK^I'B. — II. «4

, que pour le mont Valérien. Et Paris lui- , tout immense que nous le voyons, perd son îsité,. quand il est mis en poésie auprès de his et de Babylone ; tant Tillusion de la perse et la tromperie de l'éloignement ont de

à Despréaux déjuger Tefiet des noms antiques lent d après Tharmonie de leurs syllabes. Leur 3t dans l'idée qu'ils éveillent, lu s'imaginait cependant que les ** bourgs fades ** rives du Scamandre " offraient " à l'oreille ible son ". Le Scamandre, l'Hellespont et les :onvoisins tintaient mieux à son ouïe parisienne Durgs des bords du Rhin ! Cela se conçoit :

nment en vers heureux assiéger Doësbourg, phen, Wageninghen, Harderwic, Knotzembourg ? "

îrve satirique de Boileau avait beau jeu en syllabes allemandes ou " bataves ", articulées içaise (") ! Mais ce n'était peut-être pas une e tant louer les noms de la fable. Entre les jues des langues du Nord, et l'harmonie fran-

noms grecs et troyens, n'y-a-t-il pas un milieu noms très fameux, très illustres, très français

histoire }

Louis, 1658. — Préf. E, VI.

es années plus tard, un Batave (il se donne lui-même ce titre) le rire, à son tour, aux dépens des oreilles trop civilisées de Après une dissertation sur la prononciation fantaisiste des idais, telle que le satirique français Pavait pratiquée, le critiécrivait : ** Posons le cas, à présent, qu'un Hollandais, dans 1 sa langue, traitât les mots français, qu'il aurait ainsi défîîurs et de barbares, et conclût que cette langue est pleine de zarres^ ne se rendrait-il pas ridicule par des conséquences ;s d'un principe encore plus mal entendu ; et ne s'exposerait- [uelque chose de pis que d'être envoyé à l'école ? " (Van '/. CriL de la Rép, des Lettres, t. IX, 1715, p. 298.)

Frain du Tremblay, Tacadémicien royal d'Angers, croyait probablement la Maine et la Loire aussi dignes de nos vers que le Xanthe, ou Scamandre et autres ruisseaux d'Ilion. Aussi ne peut-il souffrir cette admiration exclusive pour les syllabes fabuleuses : ** Ces *' Messieurs,s'écrîe-t-il avec indignation, qui s'arrogent " Tautoritéde faire des lois,qui se sont érigés en maîtres " du Parnasse, portent si loin leur entêtement pour la ** fable, qu'ils ont souverainement décidé, que d'autres •* héros que ceux de la fable n étaient pas propres *' pour les vers. "

Et il cite le passage : " La fable offre à t esprit, etc.. (') " D'où il prend occasion de plaider en faveur du pauvre Childebrand : ** Et si on demandait au '* critique les raisons pourquoi Childebrand lui sonne ** plus mal à l'oreille i^' Achille, il aurait de la peine à en ** trouver de bonnes. Car, pour le jugement de l'oreille, ** il ne faut pas y avoir tant d'égard ; et d'ailleurs, il n'y ** a pas une si grande différence entre ces deux noms, ** que l'un doive être tant méprisé et l'autre si fort exal- *** té. Enfin l'histoire nous fournit des noms, ou autant, " ou plus agréables à l'oreille que ceux de la fable. ** Le critique ne rejette donc le nom de Childebrand, " que parce qu'il est de l'histoire. Mais quoi ! parce ** que les premiers poètes du paganisme n'ont employé •' la poésie qu'à chanter des héros imaginaires, il ne ** sera plus permis de s'en servir, pour en chanter de *• véritables ! Si l'Évangile permettait la Satire, et si ** l'exemple des païens pouvait nous suffire pour la ** justifier,on pourrait en faire une belle sur une pareille "pensée... " (')

En 1673, le P- Labbé, Jésuite, auteur du poème latin de Saint- Eustache, réclamait aussi en faveur des

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