‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 206 sur 236 · I-'ART POÉTIQUE · texte numérisé non relu

I-'ART POÉTIQUE

e, lorsque cet auteur le fit paraître au jour ?... cela, qui est-ce quî vous a dît que le nom de eôrand est obscur ? Nous n'avons point d'histoqui ne l'aient publié. Le moine Frédégaire, continué l'histoire d' Aimoin, et quî a entrepris ivrage par l'ordre de ce prince, en parle avec

Paul Emile en fait autant. Nicole Gilles, tout 2 qu'il est, ne l'a pas oublié. De Serres, Dupleix jieur de Mézerai (') disent tous qu'il fut envoyé harles Martel, son frère, au-devant des Sarra- |ui ravageaient la Guyenne. Il n'y a que le t satirique qui ne le connaisse pas, et à quî son léplaise. J'en suis bien fâché.

)rès tout,qui a jamais nommé pour cela le poème îur de Sainte-Garde mburlesque, ni barbare?,.. [uatre livres imprimés ont reçu l'approbation rselle de tous les habiles gens quî les ont vus. îsseraîs la modestie de mon ami (c'est Carel arle, ne l'oublions pas), si je disais jusques où iffrages de quelques-uns ont monté, n's, mon petit maître, qui est-ce quî en pourrait )lus de nouvelles que vous ? N'en avez-vous lit une lecture si attachée, que vous en prenez i des vers tout entiers (') ?" — Carel ici en vient isive et prétend qu'un passage du Lutrin

est imité ou copié de Childebrand. Il y a en 1 trait ou deux de ressemblance dans les )èmes.

1 n'eut pas toujours le courage qu'il manifeste pages. Cinq ans après, en 1689, il sacrifia le î son poème et substitua le nom de Charles à celui de son ancien héros {f).

1 écrit de Mezerré, — 2. La déf. des beaux-esprits^ p. 33-37. — it. de St-Surin, t. II.

CHANT Itl.

L'année OÙ parut \^ défense à^ Carel (1675), Boîleau publia son épttre ix. Il y fît une dédaigneuse allusion au Childebrand. Ce fut Tunique réponse dont il honora les arguments et l'érudition du sieur de Sainte-Garde.

'* D*un seul nom quelquefois le son dur ou bizarre Rend un poème entier ou burlesque ou barbare.

ti

Il est bien rare qu'une cause si minime produise un si grand effet. Cependant Corneille, le grand Corneille, a cru devoir mettre son Sertorius en garde contre un échec de ce genre. Il prend même la peine d'expliquer aux lecteurs pourquoi il a changé le nom historique âHAntistie au nom plus harmonieux ^Aristie, Les oreilles étaient donc bien délicates au xvii^ siècle ! Ces précautions en sont un témoignage bien singulier.

Si Boileau avait lu en entier Alaric, ou La Pucelle, il y aurait dépisté plus d'un exemple à l'appui de sa thèse. Qui sait, si en écrivant z^ précepte, 'A n'avait pas souvenance des héros de Scudéry :

" Liliheuc, Witemberg, Braà, Duvalt, Lilie,

*' Chefs par qui dans ces lieux plus d'un bataillon plie;

" Le comte de la Tour et le brave Sthalench,

" Le vaillant Konismarc et le généreux Sleng... (');"

Ou des héros de Chapelain :

" Gontauld à Forbisher fait perdre la lumière ; " A Glocestre Foras, à Draque Lutumière ; *' Anderson, Valsingame, Excestre et Cumberland " Souffrent par d'autres mains un trépas violent (*). "

Voilà des noms capables, selon les idées et les oreilles de Boileau, de rendre vingt poèmes burlesques ou barbares. Boileau s'effarouchait poétiquement et sentait Pégase se cabrer au nom de Wurts ! — nom qu'il

I. AlariCy L. X, Ed. de 1659, p. 346. — 2. iLtf PuceiUy L. IL

lit néanmoins extraordinairement, pour le îr à '* murs ".

is un ouvrage contemporain de Y A ri Poéti- "raité de t origine des noms^ l'auteur, messire idré de la Roque, chevalier sieur de la Lonremarquer la délicatesse des oreilles françaiavant le grand siècle : *' Les Romains n'ont les seuls qui aient eu en recommandation les loms: car notre histoire porte que les Ambasde France, qui furent en Espagne demander iage une des filles du roi Alphonse IX, qu'il romise au prince Louis, fils de Philippee et depuis, roi de France, VIII^ du nom, :nt la moins belle, parce qu'elle s'appelait ?, nom plein de douceur, et que l'autre portait àiUrraca^ qu'ils ne pouvaient goûter, à cause idesse de sa prononciation (*). " lonc la France doit cette admirable Blanche le, et par conséquent son grand roi saint l'harmonie de deux syllabes ! Dès le xiii^ s aïeux fuyaient le ** concours odieux " des 2t des consonnes. Avouons que cette anecrrait servir de preuve à la thèse formulée en ât par Boileau.

rets était aussi délicat sur ce point que Desallait même plus loin ; et parmi les critiques rdait contre XÉnùde, il en est une qui porte )ms propres dont Virgile garnit ses vers, s les juge ridicules et grotesques :

*,dicus Alchatoum obtruncat^ Sacraior Hydasptm^ rihcntumque Rapro etc

IV, V. 143-4. — 2. Le privilège est du 21 mars 1672. — ^origine des ttoms, p. 77-8.

" C'est comme si nous disions dans nos Poèmes hé- ** roïques en décrivant une bataille :

" Lambert abat Fleurant, et Martinet Gerbault, " Et Berthelot Féron, et Morane Gombauld, ** Et La Vigne Guichard et le puissant Tartaise, *' Et Phalaise Lorton et Radisson Phalaise.

** On répondra, ajoute Desmarets. que cela est selon ** le goût ancien ; car c'est lexcuse à tout défaut (') ! "

*' Voulez- vous longtemps plaire et jamais ne lasser, " Fai,tes choix d'un héros propre à m'intëresser, " En valeur éclatant, en vertus magnifique;

Desmarets estime ce dernier hémistiche ** une mau- ** vaise façon de parler '* ; Saint-Marc cite l'appréciation de Desmarets et ajoute : " Elle n'est en effet que " du pur jargon ". Le mot serait, à notre avis, ou cheville, ou platitude.

Desmarets définit ironiquement tout ce passage une suite ** de préceptes bien importants en beaux termes ** et en beaux vers ! " Puis il fait observer que parmi les préceptes du style épique, Boileau néglige de traiter les comparaisons, ** sachant bien qu'il a grande peine à '* en faire (*)." J'ignore si ce motif est le vrai. Toujours est-il que, pour le style, comme pour le fond de l'Épopée, Boileau s'en tient beaucoup trop à des généralités.

" Qu'en lui, jusqu'aux défauts, tout se montre héroïque ; '* Que ses faits surprenants soient dignes d'être ouïs ;

Ce *' dignes cTetre ouïs, n'est que pour rimer à •* Loîiis ". Desmarets le remarque, et la chose est de toute évidence.

I. Lii compar. de lalan^c et de la poésie française avec la grecque et la latifu, etc. 1670. (p. 32.) — 2. La Déf., etc., p. 95.

oit tel que Cësar, Alexandre ou Louis ;

e Cœsar, or like Scipio, frame his mind. "

(Dryden.)

moins, Boileau propose des noms et des es historiques ; il fallait bien amener, ou e l'occasion d'une louange au Grand Roi.

ant i^*" n'offre point d encensau monarque, marets et Pradon se scandalisent de voir r Despréaux le glorieux nom de LouisXI V à .oi de Macédoine ; ils se souviennent que la ^ (^) avait renvoyé Alexandre aux " Petites- ; ' . Pradon, annotant cette même Satire, : ** Il (Boileau) ne se souvient pas... que ce Uexandre, qu'il traite de fou et àiécerveléy 3 d'autres endroits, l'image de notre grand ue et le héros auquel il le compare dans son ^ tique : Qu'il soit tel que César, Alexandre ou oilà donc ce fou et cet éceTuelé en parallèle sar et Louis ! Les rieurs ont dit de cette faute nent qu'elle méritait qu'on envoyât M. D*** er (') le grand Alexandre. " est un de ces rieurs, ou plutôt il est le seul. #

on tel que Polynlce et son perfide frère.

lice et Étéocle, frères ennemis, auteurs de la de Thèbes. Voyez Thébaïde de Stace (^). " L Despréaux) indique la Thébaïde de Stace, sujet est la haine funeste d' Étéocle et de e. Il faut que l'action du poème soit heureuse,

idition de La Haye, 1685, il y a " placer de ", qui est inintel- V, Rem.t p. 48.)

" pour laisser Tesprit du lecteur satisfait ; et qu'elle ** soit louable, pour être un exemple public de vertu. ** C'est la règle que notre auteur propose ('). "

" On s'ennuie aux exploits d'un conquérant vulgaire. '* N'ofTrez point un sujet d'incidents trop chargé. *' Le seul courroux d'Achille, avec art ménagé, " Remplit abondamment une Iliade entière.

L'auteur d!Alaric est ici d'accord avec Boileau : " Homère, notre premier maître, est celui dont je suis ** les traces sur ce sujet ; car son argument n'est que ** la colère d'Achille dans l'/Z/ûf^ife/ et cependant, par les ** épisodes, son ouvrage ne laisse pas d'être merveil- '* leux 0). "

Le P. Le Bossu ne voit aussi dans X Iliade qu'un seul courroux (f Achille, bien que, selon lui, il y ait deux courroux en ce poème, " qui sont la colère d'Achille ** contre Agamemnon et la colère de ce même héros ** contre Hector {f).

''Souvent trop d'abondance appauvrit la matière.

C'est alors cette ** stérile abondance ", déjà condamnée, au i^^ chant. Boileau veut,ipour le poème épique, un sujet tout simple, enrichi par Tinvention du poète ; ainsi qu'il le fait entendre aux lecteurs de son Lutrin. '* Il n'y a pas longtemps que, dans une assemblée où ** j'étais, la conversation tomba sur le poème héroïque. •* Chacun en parla suivant ses lumières. A l'égard de ** moi, comme on m eneut demandé mon avis, je soutins ** ce que j ai avancé dans ma Poétique : qu'un poème ** héroïque, pour être excellent, devait être chargé de *• peu de matière, et que c'était à l'invention à la sou- *' tenir et à Tétendre (*). "

r. Brossette. — 2. Scudéry, Préf. à*Aiaric^ p. x. — 3. Traité du Po^me Épiquê^ p. 1767. — 4. Préf. du Lutrin.

*' Soyez vif et presse dans vos narrations.

larration (dans le Poème épique) doit éviter le et les longueurs des descriptions affectées (*)." îdés plus grandes difficultés du Poème épique, 3espréaux, consiste dans la narration^ qui doit ve, pressée et courir rapidement. C'est là l'ée tous nos poètes épiques. Pour éviter, disait-il, leil, il faut retrancher toutes les circonstances 3 ou peu intéressantes, et c'est en quoi Homère lié, etc. C). "

:re, au gré de La Motte, s'est précisément négligé au fait des narrations. ** Son but devait intéresser les lecteurs par l'agrément de sa on. Elle devait être précise et ingénieuse, au e souvent elle est diffuse et insipide (^).... Il l'ordinaire dans un trop grand détail ; et ses •es, à force de minuties, deviennent froides et isantes... S'il décrit les voyages des dieux, /ec un amas de circonstances qui impatiente ;ur. On fait sortir les chevaux de l'écurie ; on char de la remise; on attelle ; le dieu part ; il )se en des lieux que le poète décrit encore ;

reprend sa route et il arrive enfin. Mais ce as tout, il faut encore essuyer le retour, non chargé de circonstances lentes que le départ. 5t pas ainsi, à mon sens, que les poètes doieindre (f),

écriminatîons de La Motte contre le vieux Li'il veut franciser en l'abrégeant, sont nomparfois ingénieuses. La Motte a de l'esprit, et

indépendant de la routine. Son style a des

\vi^RéJl.^ etc. p. 91. — 2. Cizeron-Riv. Récr, Ittt.^ CXXXI. — Disc, prélitn, —4. DiscpréL, p. LXX et LXXI.

CHANT m.

allures dégagées et françaises, inconnues à la plupart des prosateurs contemporains de Boileau. Mais La Motte a le malheur très grand de s'en prendre à une réputation aussi solide que celle d* Homère. Les lecteurs qui en auraient le loisir ou la patience pourraient demander à Mme Dacier la réfutation des paradoxes de La Motte (').

Soyez riche et pompeux dans vos descriptions.

Richesse et pompe ! c'est juste tout ce qui manque aux descriptions homériques, suivant La Motte : ** J'ai *' tâché, dit-il, de rendre la narration plus rapide '* qu'elle ne lest dans Homère, les descriptions plus ** grandes et moins chargées de minuties... etc. (') "

La pompe des descriptions épiques, réclamée par Boileau, ne doit pas toutefois éblouir et atteindre le luxe du palais visité par Alaric. La description qu'en fait Scudéry comprend à peu près la moitié d'un chant. Les merveilles s'y ajoutent aux merveilles. Mais on se sauve à peine au travers du jardin (3).

" C*est là qu'il faut des vers étaler Tëlëgance ; '* N'y présentez jamais de basse circonstance,

C'est le défaut de Saint-Amant, selon Boileau, de s'arrêter aux détails qui choquent (*). Boileau recon-

f. Ce que La Motte raconte des encouragements et des félicitations qu'il reçut de Boileau à propos de sa traduction de Vllicuie^ est vraiment peu croyable. La Motte en fait un assez long récit et termine en disant: M. Despréaux m'assura " qu'il aimerait presque autant avoir traduit ** V Iliade comme je la traduisais que d'avoir fait V Iliade même ". (V. Ré/l. surUi critique y p. 182-3.)

Ce compliment flatteur pour La Motte ne l'est guère pour Homère.

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