‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 207 sur 236 · V. Les vers suiv · texte numérisé non relu

V. Les vers suiv

lin t- Amant de la verve et ** assez de génie ", œuvres de fantaisie ; (nous dirions aujour- \umour.) — ** lia même, — c'est Boileau qui — quelquefois des boutades assez heureuses e sérieux. Mais il gâte tout par les basses cirices qu'il y mêle. C'est ce qu'on peut voir dans le intitulée : La solitude, qui est son meilleur ;e ; où, parmi un fort grand nombre d'images ^réables, il vient présenter mal à propos aux es choses du monde les plus affreuses, des ds et des limaçons qui bavent, le squelette mdu (')." Saint-Amant était de l'école impres- ,.deux cents ans à l'avance.

)tte découvre chez Homère quelques-unes de s circonstances indignes de l'Épopée. — ** Il : maître d'imaginer les circonstances pour les r au fait principal qu'il avait à raconter. Pour- 1 choisit-il de basses, quand il faut de la grande rebutantes, quand il est question de grâces, mtes, quand le sujet demande de la vivacité?

nd Thétis apporte à son fils les armes qu'a > Vulcaîn, et qu elle le presse de se réconcih'er gamemnon, Homère mêle à ces grandes choîoin que prend Thétis d'écarter les mouches DS de Patrocle. Allégorie tant qu'on voudra, ^^i-j^ de l'image frappe beaucoup plus que la e de l'allégorie...

le craindrai point de dire qu'Homère pèche ces endroits contre le principe qui doit guipoète dans le choix des circonstances ('). " lit s'était déjà permis des injures semblables 3 circonsta7ices à^Wovcihrç,\ Boileau se contente

\ cfit. sur Longin.— 2. Réflex. sur la Crit., p. LXI I et LXII I.

de renvoyer Perrault à Técole de Longin: "Il y ** pourra voirTadresse de ce grand poète à choisir et ** à ramasser les granules circonstances ('). "

Mais Perrault précise sa critique. Il a vu chez Homère qu Ulysse s'attacha à un figuier *' comme une "chauve-souris", puis qu'il se tourna dans son lit comme " un boudin qu on rôtit sur le gril ". Boileau ne se contient plus. Il aligne les commentaires sur ces passages incriminés et prouve à Perrault qu'il est un plaisant, et que ces circonstances homériques sont très heureuses, très nobles même.

Le débat est curieux mais trop long pour être rapporté fen entier ('). Il suffit de dire que Boileau défend de tout son pouvoir les circonstances attaquées par Perrault. Sous sa plume, la ** chauve-souris " et le " boudin " se métamorphosent en êtres héroïques et épiques.

" N'imitez pas ce fou, qui, décrivant les mers,

" Kt peignant, au milieu de leurs flots entr'ouverts

" L'hébreu sauvé du Joug de ses injustes maîtres,

" Met, pour le voir passer, les poissons aux fenêtres ;

" Saint-Amant, décrivant le passage de la mer ** Rouge, dans la v* partie de son Moïse Sauvé, met, •* pour ainsi dire, les poissons aux fenêtres, pour voir *' passer le peuple hébreu :

" Et là, près des remparts que Tœil peut transpercer, *' Les poissons ébahis le regardent passer ()). "

— ** La poésie... peut personnifier les choses les ** plus inanimées. Cependant il est des règles qu elle *' doit suivre ; et les figures trop hardies sont toujours

r. Il Réfl, crit. sur Longin. — 2. Ibid. — 3. Brossctte.

** blâmées par les bons critiques. M. Despréaux a forte- ** ment censuré l'auteur du Moïse Sauvé, d'avoir dit :

" Les poissons ébahis le regardent passer ;

" quoiqu'il n'eût fait après tout que copier la pensée ** du P. Millieu, Jésuite, qui, dans son poème intitulé : '* Moyses viaior^ avait dit :

" Hifu inde attoniti liquida s tant marmore pis ces (*).

** Voici comme M. Despréaux foudroie ces sortes ** de licences : N'imitez pas ce fou... etc ('). "

** Ce fou!'' Le terme n'est pas galant. Il révolte Desmarets : ** Il (Despréaux) est si téméraire que de '* traiter de fou Saint-Amant, qui a fait des pièces, '* de la beauté desquelles il (Despréaux) n'approcha " jamais ; comme sa Solitude, \ Andromède, et sa Rome *' ridicule, qui vaut mieux toute seule que toutes les ** Satires ensemble (^). *'

Perrault s'indigne aussi de la critique dont Boileau foudroie Saint- Amant: ** Je n'ai pu voir sans indignation " traiter de fou un homme de ce mérite, sur ce qu'on " suppose qu'il a mis des poissons aux fenêtres, pour ** voir passer la Mer Rouge aux Hébreux, chose à '* laquelle il n'a jamais songé ; ayant dit seulement que " les poissons les regardèrent avec étonnement. Il ** fallait le condamner sur ce qu'il dit, et non pas sur " ce qu'on lui fait dire(*). "

1. Une note de La Monnoie, au tome V (page 193) de Baillet, dément cette affirmation de Vigneul-Marville : " Comme Saint- Amant ne savait ^' pas le latin, il faut attribuer la rencontre au pur hasard. " D'autre part, Saint-Amant n'est pas le seul poète français qui ait employé cette image. On trouve dans Théophile :

" Les Tritons... regardant

** Au travers leurs vitres liquides... "

2. Vigneul-Marville, t. III, p. 44-5. — l> La défende, etc , p. 95. — 4. ParalL, etc., t. III, p. 263.

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Là-dessus, Boileau revient à la charge et se divertît à la fois des poissons aux fenêtres et de Perrault :

** Au lieu de s'étendre sur tant de grandes circon- " stances qu'un sujet si majestueux lui présentait, il " (Saint- Amant) perd le temps à peindre le petit enfant " qui va, saute, revient, et ramassant une coquille, la ** va montrer à sa mère, et met en quelque sorte, ** comme j'ai dit dans ma Poétique y les poissons aux " fenêtres, par ces deux vers :

*' Et là, près des remparts que l'œil peut transpercer, " Les poissons ébahis le regardent passer.

** Il n'y a que M. Perrault au monde, qui puisse ne ** pas sentir le comique qu'il y a dans ces deux -vers, ** où il semble en effet que les poissons aient loué des ** fenêtres pour voir passer le peuple hébreu. Cela est " d'autant plus ridicule, que les poissons ne voient ** presque rien au travers de l'eau, et ont les yeux " placés d'une telle manière, qu'il était bien difficile, '* quand ils auraient eu la tête hors de ces remparts, " qu'ils pussent bien découvrir cette marche.

"M. Perrault prétend néanmoins justifier ces deux ** vers ; mais c'est par des raisons si peu sensées, qu'en ** vérité je croirais abuser du papier, si je l'employais '* à y répondre (').

Carel de Sainte-Garde avait fait sur ce passage une bien longue dissertation, établissant ce que Perrault essaie de démontrer avec si peu de succès : ** Il (Despréaux) veut faire croire aux lecteurs que le sieur de Saint-Amant représente aux fenêtres les poissons qui ** regardent passer les Israélites. Cependant il n'en est *• rien. Saint-Amant n'a point parlé de regarder par " les fenêtres etc("). "

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