I. Ulliade^ Disc p. CLV. — 2. Ibid,, p. CLVii
il faut six mîUe hommes pour les lire. A ce compte, il faudrait quinze mille hommes pour venir à bout du chef-d œuvre de Chapelain. — Suivant La Motte, ce qui allonge singulièrement les Épopées françaises, '* c'est la cadence trop uniforme de nos vers. Elle est " agréable un certain temps ; mais à la longue elle ** fatigue. Douze mille vers, fussent-ils excellents, ne '' le paraîtraient pas, s ils étaient lus tout de suite; ** et ils auraient beau enchérir les uns sur les autres, à ** peine trouveraii-on qu'ils se soutinssent. Il faut donc *' se garder d'en rassasier les lecteurs ; et la prudence " veut au contraire que les poètes français réduisent le ** poème à des bornes plus étroites que ne faisaient les " anciens, — qu'ils le distribuent même en livres plus ** courts, afin de ménager plus souvent à l'attention le '* repos dont elle a besoin, pour mieux goûter nos ** vers. C'est par ces raisons que j'ai réduit les 24 livres '' à^\ Iliade en 12 ('). " Et pourtant cette Iliade si réduite semble beaucoup plus longue que l'autre.
'* Que le début soit simple, et n*alt rien d'afifectë.
" N'aUez pas dès l'abord, sur Pégase monté,
" Crier à vos lecteurs d'une voix de tonnerre :
" Je chante le Vainqueur des Vainqueurs de la Terre.
** Premier vers du Poème à'Alaric par M. de Scu- '* déry. Saint Jérôme avait dit de même : Capitur urbs '* quœ totunt cepit orbem (*). "
Voici le début àiAlaric :
** Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre, " Qui sur le Capitule osa porter la guerre, " Et qui sut renverser par Teffort de ses mains, " Le trône des Césars et Torgueil des Romains ; ** L'invincible Alaric (3). "
ï. Ibid,y p. CLV et CLVii. — 2. Brossette.£t Horace, " Gracia capta feniin victorem cepit. " — 3. Alaric, L. I.
CHANT m.
Naturellement les adversaires de Boileau réclament en chœur contre la critique de ce début. Carel de Sainte-Garde, auteur des Sarrasins (Childebrand ! ) entonne un hymne en l'honneur du poète d'Alaric : " Sera-t-il permis ; terrible censeur, de vous demander ** si \ Achilléide de Stace ne commence point par un ** vers beaucoup plus pompeux ! Vous me répondrez '* que c est une faute. Oh ! que la faute est belle, qui *' déplaît à un critique de votre force, et qui ne déplaît *' point à Stace, qui ne déplaît point à Lucain, qui ne *' déplaît point à Silius Italicus, qui ne déplaît point à *' Claudian ; lesquels ont donné une entrée pompeuse ** à leurs poèmes héroïques.
** Mais que direz-vous du premier vers de \ Iliade •* d'Homère :
** Peut-on rien ouïr de plus résonnant tout ensemble ** et de plus riche que ce
** Et ces dialectes (sic) :
*• toutes pleines de voyelles majestueuses et qui rem- ** plissent la bouche, trouveront-elles des trompettes " qui les égalent.^...
** Les premiers vers de XÉnéïde de Virgile n ont " pas moins de grandeur, etc. (*). "
Quel torrent d'érudition ! Les autres avocats, sans y dépenser tant de science, plaident néanmoins la cause du chantre à'Alaric, Ainsi Desmarets : •* Pour-