‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 22 sur 236 · I. /Wt/., p. 58-60.— 2. Femm, sav,^ Acte III · texte numérisé non relu

I. /Wt/., p. 58-60.— 2. Femm, sav,^ Acte III

L'ART POÉTIQUK.

quatrains et tercets la liberté ** de les composer en vers ** héroïques ou de douze syllabes, d*en faire de dix *' syllabes, et même de huit ('). "

" Surtout de ce poème 11 bannit la licence,

Par malheur, dans ce décret de proscription, il ne s'agit que de la *' licence " poétique.

Au xvi^ siècle, on s'accordait encore, même dans le sonnet, Thiatus et autres franches coudées:

" Comme le champ semé en verdure foisonne, "

écrit J. du Bellay, dans un gracieux poème de ce genre, où il se permet en outre l'enjambement

Colletet compte parmi les licences refusées au Sonnet, celle qui consiste à mettre quatre rimes dans les quatrains ; les huit premiers vers ne doivent frapper l'oreille que de deux sons; c'est une ** règle prescrite ** par les anciens maîtres de l'art ". Ceux qui s'en affranchissent ** composent des Sonnets que l'on peut ** justement appeler Sonnets irréguliers, lùencieuXy ou *' libertins. "

A quelle époque du xvii* siècle Apollon bannit-il cette '* licence " des Sonnets français.»^ La date du décret n'est pas absolument fixe. Malherbe, le grand chancelier d'Apollon, autorisait encore ces audaces. Colletet, après avoir expliqué comment les Sonnets peuvent être ** licencieux ", ajoute: ** Je mets en ce ** rang presque tous les Sonnets de notre illustre con-

** frère Académicien, François Malherbe Je m'en

*' suis quelquefois plaint à lui-même (').

Mais Malherbe était législateur ; il lui était dur de se réformer lui-même. Son fidèle Racan nous l'assure: ** Malherbe s'opiniâtra longtemps à faire des Sonnets

j. Ibid,^ p. 65. — 2. Ibid.y p. 70, 71.

•* licencieux, Coulomby n*en voulut jamais faire, et ne ** les pouvait approuver. Racan en fit un ou deux ; '* mais ce fut le premier qui s'en ennuya ; et comme il *' voulait en divertir M. de Malherbe, en lui disant '* que ce n'était pas un Sonnet, si Ton n'observait les •* règles ordinaires de rimer les deux premiers qua- ** trains, M. de Malherbe lui disait : — Eh bien ! ** monsieur, si ce n'est un Sonnet, c'est une sonnette. ** — Toutefois à la fin, il s'en ennuya ; et n'y a eu que ** Maynard, de tous ses écoliers, qui a continué d'en ** faire jusqu'à sa mort ('). "

Celui par lequel Maynard répondit au terrible " Rien ! " de Richelieu, est un de ces poèmes qui frappent l'oreille huit fois de quatre sons, en dépit des règles. D'où vient que Boileau estime Maynard un des trois auteurs de Sonnets passables? Boileau admettraitil la *' licence ", et serait-il moins sévère qu'Apollon ?

" Lui-même en mesura le nombre et la cadence, " Défendit qu'un vers faible y pût jamais entrer, "Ni qu'un mot dëjà mis osât s'y remontrer.

" Du reste il l'enrichit d'une beauté suprême :

Le dernier vers est bien évidemment ce que Despréaux appelait un frère-chapeau ; il vient là, pour prêter une rime et pour tenir compagnie au vers très

fameux qui va suivre.

'* Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème.

Boileau n'est point le premier qui ait mis au jour cet apopthegme tant cité. CoUetet l'avait entendu formuler, vers l'époque où Boileau n'était qu'un enfant. ** Je me '* souviens, raconte Colletet, qu'un auteur me disait •* un jour assez plaisamment que la structure d'un beau

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