‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 220 sur 236 · I. II' dial, sur PÉloq, — 2. Dé/, du Poème héroïque, p · texte numérisé non relu

I. II' dial, sur PÉloq, — 2. Dé/, du Poème héroïque, p

" Et Je hais un sublime ennuyeux et pesant.

" J'aime mieux Arioste et ses fables comiques,

** Voilà, S écrie Desmarets, un beau jugement ** d'aimer mieux des fables comiques qu'un vol égal *' bien soutenu. Montaigne fait un jugement bien con- '* traire de TArioste, quand il dit qu'il est comme ces ** petits oiseaux volant d'arbre en arbre, parce qu'il ** vole ainsi de conte en conte, et qu'il faut se soutenir ** sur un seul sujet, comme un aigle qui s'élève en l'air ** et qui y soutient longtemps son vol. — Ce sont des " préceptes qui ne tendent qu'à ses fins, qui sont de ** faire estimer ses Satires plus que les grands ouvrages ** de poésie ('). "

Desmarets va trop loin dans les intentions de Boileau et ne regarde pas d'assez près le texte qu'il censure. Boileau ne préfère point les fables de l'Arioste à un poème au ** vol soutenu ", mais bien à un poème ** ennuyeux, pesant, froid, mélancolique ".

Boileau préfère les imaginations extravagantes de XOrlando furioso à un froid écrit qui assomme (*) ; comme il préfère (ch. iv) le voyage de Bergerac dans la Lune, aux vers ** où Motin se morfond et nous glace". Quepense-t-il au fond de l'Arioste et de son œuvre? Il s'en ouvre surtout dans sa Dissertation critiqtu, où il se montre assez sévère à l'égard des rêveries du poète italien. Il juge que l'Arioste mérite l'épithète donnée par Horace aux poèmes incohérents : œgri sontnia. Son ami, le P. Rapin, est absolument du même avis:**Cet hippogriffe, ou ce cheval ailé de Roger, ** ces géants, ces monstres, cet anneau merveilleux ' d'Angélique qui la rend invisible, ces combats de

I. DJf, du poème kér,^ p. 96. — 2. Molière, Misanth.^ Act. 1, se. 2.

l'art roiriQUB — il. 36

** Marphise, de Bradamante, d'Olympe, et cette trop ** grande bravoure du sexe, qu'il fait hardi contre sa " timidité naturelle, ces visions, ces enchantements et ** tous ces événements prodigieux, sont semblables ** aux imaginations creuses et un malade ^ et ils font ** pitié à tous ceux qui ont du sens ; parce qu'ils n'ont ** aucune couleur de vraisemblance (')."

Brossette exprime le même sentiment en des termes presque identiques. On croirait qu'il a rédigé sa note d'après les Réflexions du Jésuite.

Une censure plus grave portée contre TArioste par

Despréaux, se trouve dans la Satire x, où XOrlando

furioso est rangé parmi les livres orduriers, " charmes

delà canaille". Il est en effet regrettable quel'Arioste

ait tratné les ailes de sa prodigieuse imagination dans

la boue. Sans ce dévergondage immoral, ses ** fables

comiques " mériteraient l'éloge dont Boileau les honore.

La Fontaine les aimait un peu comme il aimait Peau

d^Ane:

"Je chéris TArioste... (»)".

Racine, au sortir du Port- Royal, eut aussi du goût pour cette comédie héroïque; il écrivait à LaFontaine: ** Je passe mon temps avec mon oncle, Saint-Thomas, " Virgile et \Arioste. "

Les jugements du xvii* siècle sur XOrlando fiM point de vue de l'imagination et de l'esprit, sont bien résumés dans une allégorie de Callières : Les armées des Anciens et des Modernes allaient en venir aux mains sur les bords du Permesse. Tout à coup, on vit descendre ** une espèce de monstre volant, sans qu'on pût d'abord *• reconnaître ce que c'était. Il avait la tête, les deux ** pieds de devant, les ailes et les plumes d'un griffon.

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