I. Réfl. etc., p. II. — 2. La dé/, etc., p
tant point seul à soutenir ce paradoxe. Nous avons vu que La Motte effaça douze chants de \ Iliade, pour épargner Tennui aux lecteurs d'Homère, et pour rendre Homère digne de sa renommée.
Fénelon,quî plus est, malgré sa très grande admiration pour Homère, n'hésite point à contresigner le jugement d'Horace et de Longin, qui accusent le grand poète ai ^>r6\x sommeillé, ou d'avoir vieilli (').
S'il fallait en croire La Motte , Boileau aurait eu d'assez singulières idées sur les moyens employés par Homère pour toujours divertir et ne jamais lasser. La Motte affirme tenir de Boileau lui-même ces curieux propos, dont il réjouit les lecteurs de son Iliade : " Je ** me souviens, qu'un jour, je demandais raison à mon- *' sieur Despréaux de la bizarrerie et de Tindécence des ** dieux d'Homère. Il dédaigna de les justifier par le ** secours trivial des allégories ('); et il voulut bien me ** faire confidence d'un sentiment qui lui était propre ; ** quoique — tout persuadé qu'il en était — il n'ait pas " voulu le rendre public. C'est qu'Homère avait craint " d'ennuyer par le tragique continu de son sujet; que, '* n'ayant de la part des hommes que des combats et ** des passions funestes à peindre, il avait voulu ** égayer le fonds de sa matière aux dépens des dieux ** mêmes, et qu'il leur avait fait jouer la comédie dansles ** entr'actes de son action, pour délasser le lecteur, que '' la continuité des combats aurait rebuté sans ces ** intermèdes ('). "
A ce compte, l'Olympe d'Homère ne serait qu'un immense théâtre de Tabarin, ou un ballet comique, exécutant une ronde, au milieu d'une Tragédie. Il est
I. W, Lettre à rAcad,,Qh, X. — 2. C'était la théorie du P. Le Bossu. (V. plus haut.) — 3. V Iliade, Discours pré lim,, p. XL et XLL
vraiment fort regrettable que Despréaux n'ait énoncé ce jugement que dans un tête-à-tête avec labréviateur de \ Iliade, Du reste La Motte répète dans un autre ouvrage, à deux reprises différentes, cette divertissante anecdote; et comme Mme Daciôr essayait de justifier Homère et de prêtera Boileau un sentiment plus respectueux envers les divinités homériques, La Motte répliqua : ** J'assure, parce que j'étais présent, que M. ** Despréaux s'est servi des propres termes cC égayer ' * sa matière aux dépens des dieux et de leur faire jouer * la comédie (').
Qui oserait en douter après de telles assurances ?
" Une heureuse chaleur anlxne ses discours :
La Motte est bien d'un autre avis. Les discours homériques sont, d'après lui, des harangues à froid, débitées froidement dans la chaleur de l'action ; voici un échantillon de sa critique touchant les discours de \ Iliade : '* On peut remarquer dans ces discours les '* injures grossières, les histoires déplacées et les rodo- " montades puériles. J'y attaque principalement le peu ** d'égard qu'Homère a pour la vraisemblance, en fai- '' sant tenir à ses héros de si longs discours, quand il '* n'est question que de se battre. Pourquoi du moins *' l'un des deux combattants ne prend-il pas avantage " de l'imprudence de son ennemi .'^ Pourquoi les haran- " gués ne sont-elles pas interrompues à coups de jave- ** lots et de lances ? Est-il croyable que dans une mêlée ** deux soldats transformés en orateurs puissent ache- ** ver si tranquillement leur discours (') ?"