V. Ibid,y p. 217 et suiv. — 5. Ibid,y p. 360 et suiv
CHANT YII. 415
*' que, pendant l'éducation de Ms^ le Dauphin, il était ** si plein d'Homère qu'il en récitait souvent des vers ** en dormant; que souvent même il s'éveillait par la " forte attention qu'il apportait à les réciter. "
Malgré cette noble passion de quelques grands esprits pour Homère, les avis des lettrés se partagèrent longtemps ; et cela même au sein de l'Académie, arbitre du goût. M"^^ Dacier en était toute scandalisée. Le zèle de madame Dacier, dit La Motte, s'échauffe en un endroit de son ouvrage; elle veut faire honte à l'Académie de ce que par un bon arrêt elle ne condamne pas tous les critiques d'Homère, à une amende honorable publique('). — Par quelle fatalité, s'écrie-t-elle, faut-il que ce soit de V Académie française, de ce corps si célèbre qui doit être le rempart de la langue, des lettres et du bon goût^ que sont sorties, depuis cinquante ans, toutes les méchantes critiques quon a faites contre Homère {^)} " Une seule chose console M"^« Dacier; c'est de voir M. Dacier et M. Despréaux > se déclarer champions de ce grand homme et réfuter si victorieusement ses " ridicules " censeurs.
A ces raisons La Motte répond avec finesse qu'il n'est pas étonnant d'entendre l'Académie française, ce corps si célèbre... invectiver contre dès préjugés. Cela prouve tout simplement que ** les fautes d'Homère " sont comprises des ** meilleurs esprits "; que du reste, les revues littéraires de ce temps-là, ** le Journal de ** Paris, celui de Trévoux et celui de Hollande "ont fait honneur à son ouvrage " et en ont adopté presque ** tous les sentiments {^). " Peut-être les littérateurs
I. Œuv, de la Motte, t. III ; RéJUx, sur la critique^ p. 37. — 2. Id. Ibid.--y Ib,, p. 43.
d* Angleterre eussent-ils admis ces conclusions; qui étaient celles de Saint-Évremond leur écho: **Si ** Homère vivait présentement, il ferait des poèmes ad- ** mirables, accommodés au siècle où il écrirait... Les ** mœurs, les affaires, les coutumes de ces vieux Grecs ** ne nous touchent guères aujourd'hui ('). *'
En France, le ** gros " Charpentier, docte personnage et académicien, déclarait ceci (1683): ** Toute ** l'antiquité a été pour Homère; tous les modernes sont ** pour Virgile ('). '* Il y a là une forte exagération; mais il y a du vrai dans ce partage. Nous en produirons des preuves tout à l'heure. A la fin du xvn« siècle, le paradoxal La Motte rangeait les lecteurs d'Homère en trois groupes, qu il définit avec humour ^ \ts prévenus, les dégoûtés y les modérés. Avant de rapporter cette page, il est bon de noter que ces lectures d'Homère se faisaient à laide de traductions plus ou moins embellies ; mises à la mode, c'est-à-dire défigurées. Tout le monde n'avait pas, comme Boileau et comme Vadius, l'avantage de savoir le grec. " Du grec ! quelle douceur! '*
** Ces traductions, écrit La Motte, ont trouvé trois *' sortes de lecteurs :
** Les uns prévenus, et qui, ne doutant pas d'avance *' que les ouvrages d'Homère ne fussent parfaits, ** croiraient manquer d'esprit et de goût, s'ils n'en ** étaient charmés. Ainsi, pour ne pas s'avilir à leurs ** propres yeux, ils s'excitent eux-mêmes à l'admiration ** et ils s'estiment heureux de pouvoir sentir et parler '* comme les savants.
** Il y a au contraire des lecteurs dégoûtés, qui, trop