‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 232 sur 236 · Disc. préL, p. CXXVI · texte numérisé non relu

Disc. préL, p. CXXVI

XÉnétde '^X Iliade et à \ Odyssée (') et appelait Virgile ** le plus grand de tous les poètes (^). "

Mme de Sévigné acceptait sans peine la condamnation littéraire portée contre Homère par Mme de Grignan. Elle écrivait à sa fille, en lui parlant de Condé : M. le prince est dans son- apothéose de Chantilly ; il vaut mieux là que tous vos héros d'Homère. Vous nous les ridiculisez étrangement. Nous trouvons, comme vous dites, qu'il y a de la feuille qui chante à tout ce mélange des dieux et des hommes. Cepen- ** dant il faut respecter le P. Le Bossu (^y* — et Corbinelli.

L'honnête Rollin, l'admirateur passionné de la belle antiquité, ne ménageait pas davantage le P. Le Bossu, ni Homère. Rollin est aussi du parti des modérés. Il signale dans Xlliade, au milieu des beautés connues, ** des

1. La Motte résume ainsi le jugement du P. Rapin sur Homère: " Le " Père Rapin, qui a examiné à fond Homère et Virgile, prétend que le " poète grec a déshonoré son pays par le choix d'une action diamétra- ** lement opposée «'l l'héroïsme ;

^* Que l'Iliade manque d'unité, soit qu'on la prenne pour la guerre de " Troie, soit qu'on la prenne pour la colère d'Achille ;

" Que les bienséances ne sont point ménagées dans les poèmes d'Ho- " mère. Les pères y sont durs et cruels, les héros faibles et passionnés, ** les dieux misérables, inquiets, querelleurs ;

" Que par un amour déréglé du merveilleux, Homère met ses dieux à " tous les jours, et que ce sont autant de forçats qu'il emploie à tout ;

" Qu'il s'abandonne à l'emportement et à l'intempérance de son ima- " gination sans aucun discernement, et qu'il sort presque toujours de " son sujet par la multiplicité et l'attirail de ses épisodes ;

" Qu'il ne prend pas tant de soin de bien penser que de bien dire, et *^ qu'on ne finirait jamais si l'on voulait remarquer toutes les fautes " d'Homère en matière de sentiments ". {Réft. sur la critique^ p. 98.)

Huet ne reconnaissait à Homère que " la gloire de l'invention ". — " Je laisserai, dit-il, la préférence de l'Épopée indécise entre Homère et " Virgile ». ( Huetiana.)

2. Prif. des Jardins, etc. p. XXI "... poeta post hominum memoriam ** omnium excellentissimo. " Cf. H. Rigault, Hist, de la querelle^ etc. P- 353-4- — 3- 23 juillet 1677.

** endroits faibles, défectueux, traînants; des harangues *' trop longues ou déplacées, des descriptions trop ** détaillées, des répétitions désagréables, des compa- '* raisons trop uniformes, trop accumulées ou dénuées '* de justesse ('). "

C'est en raccourci, 1 opinion des Zoïles modernes qui s'appellent Desmarets, Perrault et La Motte. Boileau a résumé, dans une page indignée de ses Réflexions critiqiies ('), les appréciations de Perrault sur Homère: ** ... Il (Perrault) emploie la moitié de son livre à '* prouver. Dieu sait comment, qu il n y a dans les ** ouvrages de ce grand homme ni ordre, ni raison, ni ** économie, ni suite, ni bienséance, ni noblesse de *' mœurs; que tout y est plein de bassesse, de che- ** villes, d expressions grossières ; qu'il est mauvais ** géographe, mauvais astronome, mauvais naturaliste, '' etc.."

Nous devons ajouter à ces disc:ussîons un mot sur une grave question d'histoire littéraire, qui remonte à peu près à la même année que XArt PoétiqueN^vs le temps où Despréaux disait à ses contemporains, en louant Homère : aimez donc ses écrits, quelqu'un se demanda si Homère a vraiment laissé des écrits, ou même s'il y avait jamais eu un poète répondant au nom d'Homère. Hédelin d'Aubignac posait cette question dans ses Conjectures académiques, plus de cent ans iivant les fameux Prolégomènes de l'allemand Wolf.

Perrault rappela les conjectures de l'abbé d'Aubi- ;;nac et consigna dans son Parallèle les premiers ':ssaîs de la docte Allemagne ** sur cette matière'\ — ** Beaucoup d'excellents critiques, dit Perrault, sou- '* tiennent qu'il n'y a jamais eu au monde un homme " nommé Homère, qui ait composé les vingt-quatre

I. V. La Harpe, Lycée, première partie, ch. IV. — 2. Conclusion.

" livres de \ Iliade et les vingt-quatre livres de ** \ Odyssée. . . L'Abbé d'Aubignac. . . avait des mémoires •* tout prêts pour faire un ample traité sur cette matière, '* où il prétendait prouver la chose invinciblement. On '* nous assure d'ailleurs qu'on travaille là-dessus en Al- '* lemagne, où ces mémoires ont peut-être passé ('). "

Boileau s'éleva naturellement de toute la force de son indignation contre ce scepticisme historique et contre les affirmations de Perrault. Il appelle un ** beau ** paradoxe " cette négation de l'existence d'Homère. Il a grand'peine à croire que l'Abbé d'Aubignac se soit fait l'écho de ce doute si insolent pour le poète de \ Iliade. ** J'ai connu M. l'Abbé d'Aubignac. Il était ** homme de beaucoup de mérite, et fort habile en ** matière de poétique, bien qu'il sût médiocrement le ** grec. Je suis sûr qu'il n'a jamais conçu un si étrange ** dessein, à moins qu'il ne l'ait conçu les dernières ** années de sa vie, où l'on sait qu'il était tombé en une ** espèce d'enfance. " Cela dit, Boileau entreprend de réfuter le beau paradoxe (').

Ainsi ce serait faire trop d'honneur, ou de tort, à Wolfde croire qu'il a le premier émis des doutes sur la personne etles œuvres d'Homère.On s'occupaitde cette question en France longtemps avant la naissance de Wolf. Mais les partisans de l'existence d'un poète grec, auteur de \ Iliade et de \ Odyssée, ont pour ancêtre et pour modèle l'auteur de \Art Poétique. Boileau n'a point revendiqué la personnalité d'Homère et l'authenticité de ses Poèmes, au nom de la science et de l'histoire ; il n'était pas érudit ; il le fit au nom du bon sens littéraire.

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