‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 233 sur 236 · Réflex. critiqué · texte numérisé non relu

Réflex. critiqué

" Un poème excellent, où tout marche et se suit« " N*est pas de ces travaux qu'un caprice produit, " Il veut du tempSf des soins ; et ce pénible ouvrajge '' Jamais d'un écolier ne fut l'apprentissage.

** Le poème épique, dit le P. Rapin, est ce qu'il y " a de plus grand et de plus noble dans la Poésie. C est '• l'ouvrage le plus accompli de l'esprit humain ('). "

Madelon était donc bien injuste, lorsqu'elle s'exclamait, en entendant le ** Oh ! Oh ! " de Mascarille : *' J'aimerais mieux avoir fait ceoA / oh ! qu'un poème * épique.

Un poème épique est une œuvre sérieuse, puissante, immense» ** pénible " comme l'appelle Boileau. C'est bien ainsi que l'entendait l'épique auteur de la Franciade : *' Le poète héroïque invente et forge arguments ** tout nouveaux, fait entreparler les dieux aux hom- '* mes et les hommes aux dieux, fait haranguer les ** capitaines comme il faut,décrit les batailles et assauts, ** factions et entreprises de guerre, se mêle de conjec- ** turer les augures et interpréter les songes, n'oublie ** les supplications et les sacrifices qu'on doit à la '' Divinité. Tantôt il est philosophe, tantôt médecin, ** arboriste, anatomiste et jurisconsulte, se servant de ** l'opinion de toutes sectes, selon que son argument le '* demande. Bref, c'est un homme lequel, comme une ** mouche à miel, délibe et suce toutes fleurs, puis en ** fait du miel et son profit selon qu'il vient à pro-

"pose)." . . . ^

La haute idée que Ronsard se faisait de l'Épopée, les gens de lettres du xvii® siècle se la faisaient encore. ** Tous les grands esprits, écrivait la M^^c de Sévigné ,* en 1677, sont dans le goût de ces anciennetés {^). "

I. Réfîex.^ etc., p. 78. — 2. Préf. de la Franciade^ Éd. de 1592, p. 10 et 1 1 — 3. 21 juillet.

Ceux qui, vers cette époque, célébraient le plus haut les entreprises épiques, furent nécessairement les auteurs des ^'pénibles ouvrages \ qui avaient pour titre: La Pucelle et Alaric. Malheureusement un poème épique veut plus que du temps et des soins. Sans cela, quel chef-d'œuvre, que La Pucelle ! Écoutons les confidences du bon et infortuné Chapelain, sur ce qu'il appelle *' l'entreprise d'un poème épique ". — ** Je sais

* que, de toutes celles qui se peuvent faire dans l'em-

* pire des Muses, celle-là est la plus hardie et la plus ' élevée ; et que, pour y bien réussir, il faut être versé ' en toutes les disciplines, avoir un si grand usage du

* monde, être échauffé d'une si divine ardeur, régir sa

* machine avec un jugement si solide; enfin y travailler

* avec un soin si assidu et une patience si courageuse,

* qu'encore que cçs puissants génies d'Homère et de

* Virgile aient porté ce genre de poésie à une très

* sublime hauteur, l'on doute néanmoins qu'ils l'aient ' conduit à sa dernière perfection... (')... " — Ouf! la

période n'est pas finie ; mais on voit que Chapelain savait fort bien ce qu'il faut pour écrire un poème épique. Et avec cela, il y mit du temps ! et des soins ! Il avait compris, comme son confrère épique le P. Le Moyne, que ** les colosses veulent être jetés en ** d'autres moules que les poupées. " Les colosses, pour le P. Le Moyne, ce sont les Poèmes épiques : les poupées, ce ne sont que les Stances, les Épigrammes, les Chansons, les Madrigaux et autres petits jouets des enfants des Muses (*). Comme Scudéry prouve bien, à son tour, que son Alaric n'est pas 1* ** apprentissage dun écolier " ! — ** J'ai consulté les

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