‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 25 sur 236 · Œuvres, Grands Écriv.yi. X, p · texte numérisé non relu

Œuvres, Grands Écriv.yi. X, p

2. On trouve dans les œuvres de Corneille un Sonnet sur les Uranins et lesJobelinSy dont la conclusion ressemble fort à celle du Prince de Conti : * *

" L'un est sans doute mieux rêvé, " Mieux conduit et mieux achevé; *' Mais je voudrais avoir fait l'autre. "

(Œuv, Gr, Êcrfv,, t. X,p. 127.)

L'ART rOÈTIQVn. — II.

** fort entêtée de Voiture, qu'elle n'estimait rien, ni de ** Corneille, ni de tous les autres bons poètes qui flo- *' rissaient alors, en comparaison de Voiture ('). "

Au XVII* siècle, le Sonnet fut à la mode, comme la perruque, et comme Tongle long du petit doigt. L abbaye donnée jadis à Desportes, comme prixd'un Sonnet, n'avait pas contribué médiocrement à échauffer l'ardeur rimailleuse pour cette sorte de poème si court, mais si largement payé. Balzac l'affirme et s'en plaint : ** L^exemple de M. Desportes est un dangereux ** exemple ; il a bien causé du mal à la nation des " poètes; il a bien fait faire des Sonnets et des Élégies ** à faux, bien fait perdre de rimes* et de mesures ('). "

Mairet eut le même bonheur que Desportes : ** La ** Reine Anne d'Autriche lui fit présent de dix mille ** écus.^OMX un Sonnet qu'il avait fait touchant la paix *' des Pyrénées {f), "

Deux grandes villes de Normandie décernaient, chaque année, de magnifiques récompenses pour des Sonnets. Écoutons Colletet, lauréat des Palinods : **La ** célèbre ville de Rouen, à qui je dois ce précieux ** Apollon d'argent dont elle prit soin de reconnaître ** mon hymne sur la pure Conception de la Vierge, ** distribue tous les ans un anneau d'or à celui qui a ** mérité le prix du meilleur sonnet.

** La ville de Caen, si fameuse par son commerce, '* mais plus encore pour sa docte Université, fait bien ** voir par une récompense solennelle, la haute estime *' qu'elle fait du meilleur Sonnet, qui lui est présenté ** dans une belle cérémonie, qu'elle fait tous les ans, ** en faveur des Muses et de la musique (*). "

Vers le temps de la première Fronde, le Sonnet,

I Op. cit., t. II, p. 123. — 2. Eftfr. VI IL — 3. Ménagiana 3* Éd. t. I, p. 245. — 4. Artpoét. du sietir Colletet^ 1658 (Bibl. Nat. Y i42,}p.i22-3.

CHANT ÏI. 51

grâce au poète Dulot, prit une extension et une allure singulières dont parie Ménage : '* Un jour, comme •* Dulot se plaignait, en présence de plusieurs per- .** sonnes, qu'on lui avait dérobé quelques papiers, et ** particulièrement irois cents Sonnets qu'il regrettait ** plus que tout le reste, quelqu'un s'étonnant qu'il en " eût fait un si grand nombre, il répliqua que c'étaient •* des Sonnets en blanc, c'est-à-dire des Bouts-rimés " de tous ces Sonnets qu'il avait dessein de remplir. " Cela sembla plaisant ; et depuis, on commença à " faire par une espèce de jeu dans les compagnies ce ** que Dulot faisait sérieusement; — chacun se piquant '• à Tenvi de remplir heureusement et facilement les ** rimes bizarres qu'on lui donnait... Il y eut un recueil " imprimé de cette sorte de sonnets, en l'année i649(')." Sarrasin fit tout un poème héroï-comique contre le malheureux Dulot ; mais cette longue plaisanterie ne corrigea point les faiseurs de Sonnets. Molière essaya de regimber contre la mode; il s'en moqua d'abord, dans la fameuse scène ii^ de l'acte i^^'du Misanthrope; ** Sonnet; c'est un sonnet. '* Il réitéra la satire dans les Femmes savantes, en introduisant sur la scène, avec Trissotin,

" Le ragoût d'un sonnet, qui, chez une princesse, '' A passé pour avoir quelque délicatesse; " Il est de sel attique assaisonné partout. "

Malgré Molière, la vogue du Sonnet persista quelque temps encore et dans la guerre des deux Pkèdres les partisans de Racine et les champions de Pradon se firent des escarmouches à coups de Sonnets.

Il est aisé de comprendre après tout cela pourquoi Despréaux honora les quatorze vers d'une vingtaine d'alexandrins.

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