‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 26 sur 236 · I. Ménage, Disc, sur Us Œuv, de SarrcLsin · texte numérisé non relu

I. Ménage, Disc, sur Us Œuv, de SarrcLsin

La marquise de Sévigné, dont on sait le goût exquis et Tadmirable langage, avait sans doute rapporté de ses relations avec les Précieuses un penchant pour les quatorze vers. ** C'est un plaisir, dit-elle gaiement ** dans une lettre, de voir lever Taurore et de dire '* dévotement les Sonnets qui la représentent (').

" Mais en vain mille auteurs y pensent arriver; " Et cet heureux phénix est encore à trouver.

Ce distique fait rire Pradon aux dépens de Boileau: " M. D*** n'a jamais osé tâter de ces sortes d'ou- ** vrages, dont il nous donne de si beaux préceptes. Il ** n'a même jamais osé entreprendre un petit Sonnet. ** Nous attendons cet heureux phénix en la personne ** de M. D***, qui nous donnera quelque jour un '' Sonnet achevé ('). "

Despréaux n'a point octroyé ce plaisir à Pradon. Et pourtant, quoi qu'en dise Pradon, Boileau a tâté de ces sortes d'ouvrages ; il a sacrifié à l'engouement général. Boileau rima deux Sonnets, qui ne sont pas plus mauvais que ceux des contemporains; pas meilleurs non plus. Nous savons par lui-même l'histoire de ces productions peu célèbres : ** Pour ce qui est du Sonnet " (il s'agit du premier), la vérité est que je le fis à la ** sortie du collège, pour une de mes nièces, environ du ** même âge que moi, et qui mourut entre les mains ** d'un charlatan de la faculté de médecine, âgée de '* dix-huit ans. Je ne le donnai alors à personne, et je " ne sais pas par quelle fatalité il vous est tombé entre ** les mains, après plus de cinquante ans qu'il y a que ** je le composai. Les vers en sont assez bien tour- ** nés (^). "

I. Lettre du 26 juin 1676. — 2. N^^ Remarques^ p. 90. 3. Lettre du 24 novembre 1707^ à Brossette.

Une trentaine d'années après ce laborieux essai, Boileau se remit à Tœuvre: *' J'ai composé, dit-il encore " à Brossette, il y a environ quinze ou seize ans, le ** seul Sonnet qui est dans mes ouvrages et qui com- ** mence par :

" Nourri dès le berceau près de la jeune Orante. **

Boileau avait une complaisance marquée pour cette pièce, qui ne vaut pas un long poème : ** J'ai composé •* ce Sonnet dans le temps de ma plus grande force *• poétique... On ne m'a pas fort accablé d'éloges sur ** le Sonnet de ma parente. Cependant, monsieur, " oserais-je vous dire que c'est une des choses de ma ** façon, dont je m'applaudis le plus ('). "

Enthousiasme de vieil auteur ! Brossette, en sa réponse, fit chorus aux louanges que son maître s'accordait : ** Je conviens que ce Sonnet est très beau; la " nature, la tendre nature y parle ; mais elle y parle '•^ noblement comme dans tous vos ouvrages ("). " Boileau avait pris soin de marquer trois vers de ce morceau favori, et les avait accompagnés de cette note: •' Je ne crois pas avoir rien dit de plus gracieux. " Brossette saisit la balle au bond, et à son tour, il en souligne deux autres, **dont la cadence est admirable".

On trouve ce pauvre chef-d'œuvre à la fin des poésies de Despréaux, en compagnie des misérables bons mots sur Agésilas et Attila. Il est à sa place.

" A peine dans Gombaud, Maynard et Malleville, " En peut-on admirer deux ou trois entre mille.

Boileau est exigeant. Il eût pu en admirer plus de trois chez Ronsard et chez J. du Bellay, voire chez le grand Corneille. Mais il ne nomme que les modernes

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