I-'ART POÉTIQUE
furentpasjugés par tous les contemporains aussi sévèrement que par Boileau.Le poète Gômberville prit même à tâche de faire entendre que tous les courts poèmes du président étaient autant de chefs-d'œuvre. Si l'on s*en remettait au jugement de Gômberville/' on pour- ** rait s'imaginer avec lui, que ces Sonnets sont comme ** autant de petits panégyriques consacrés à Timmor- '* talité des premières personnes de notre temps ; qu'il *' n'a regardé ni la naissance ni la fortune de ceux pour ** qui il les a faits ; qu'il n'a eu égard qu'à leur vertu ; *' qu'il n'a loué que ce qu'il a trouvé de louable, et '* qu'il n'en a fait des couronnes que pour les têtes '' illustres ('). "
Ménage est moins flatteur : ** Maynard, dit-il, réus- ** sissait merveilleusement bien après les originaux, ** comme après Martial, Catulle et autres : mais il ne ** faisait riende bon lorsqu'il travaillait de lui-même(")."
2^^ Malleville (Claude de), Parisien, poète latin et français, mort en 1647, ** s'était donné entièrement ** au Sonnet, quoiqu'il n'ignorât point que c'est la pièce ** la plus difficile de toute la poésie moderne(!?). Peut- *' être avait-il manqué de prudence dans ce choix, ** et sa principale faute est de n'avoir pas consulté " ses propres forces. C'est lui, plus qu'aucun autre, qui ** a fait dire à M. Despréaux :
" Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème ; " Mais en vain mille auteurs y pensent arriver,,, "
et les cinq vers qui suivent {^).
Malleville fut Académicien et Pellisson. le juge ainsi, dans l'histoire des immortels : ** Ce qu'on esti- ** niait le plus en lui, c'était son esprit, et le génie qu'il ** avait pour les vers. Il y a un volume de ses poésies
I. Baillet, /ug. des Sav.^ loc. cit. — 2. Mén, Éd. de 1693, P» 37- — 3. Baillet, t. V, p. 202.
" imprimées après sa mort, qui ont toutes de l'esprit, '* du feu, un beau tour de vers, beaucoup de délicatesse ** et de douceur, et marquent une grande fécondité, ** mais dont il y en a peu, ce me semble, de bien •* relevées ("). "
Le plus grand mérite de ce rimeur de Sonnets est, paraît-il, d'avoir eu en aversion les concetti ; singularité louable, en un temps où la France cultivait en grand ces fleurs d'Italie.
Fénelon pense, comme Boileau, qu'au milieu d'un déluge de Sonnets français, il en surnage un bien petit nombre de passables. Il désespère de trouver chez les poètes de France le long poème épique et les ** quatorze vers " équivalents d'un long poème : ** Les Italiens ni les Espagnols ne feront jamais peut- '* être de bonnes tragédies ni de bonnes épigrammes, ** ni les Français de bons poèmes épiques ni de bons '' Sonnets ('). "
Bien avant Fénelon, et même avant • Boileau et Molière, un grand prosateur avait dit son peu d'estime pour ces bagatelles trop célèbres. Sur les papiers épars dont on a fait les Pensées, Pascal avait jeté une condamnation dédaigneuse des Sonnets qui disent** de petites choses avec de grands mots". Il les compare à une villageoise surchargée ** de miroirs *' et de chaînes ". — ** 11 y a bien des villages où on ** la prendrait pour la Reine; et c'est pourquoi nous ** appelons les Sonnets faits sur ce modèle-là les reines •* de village. " — Grand déploiement de brillants et d'esprit à facettes, peu de naturel, point de poésie; voilà en trois mots l'histoire et la critique des Sonnets qui gonflent nos vieux recueils.