‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 31 sur 236 · I. Éd. Livet, p. 210-X. — 2, Mém, sur Us occupât, de VAcad · texte numérisé non relu

I. Éd. Livet, p. 210-X. — 2, Mém, sur Us occupât, de VAcad

Le reste, aussi peu lu que ceux de Pelletier,

** Du Pelletier, écrit le docte et ironique Baillet,

* est le nom d*une oie criarde qui s est glissée parmi

* les cygnes de la Seine.Je n'en aurais point parlé sans

* cela, non plus que des autres oisons de sa bande, qui

* ont fait tant de bruit dans les fossés du Parnasse ' français, depuis le ministère du cardinal de Riche-

* lieu (0. "

Baillet singe Boileau dans ces lourdes plaisanteries. L'infortuné Pierre du Pelletier, avocat et rimeur, est peut-être celui qui compte le plus de mentions peu honorables à travers les œuvres de Despréaux. Dans le Discours au Roi,

" Parmi les Pelletiers on trouve des Corneilles. "

Dans la satire vu, au nombre des "froids rimeurs ",

" Je rencontre à la fois Perrin et Pelletier, "

Dans la satire ix, Pelletier marche de pair avec le même Perrin et plusieurs autres. Boileau intenta un procès aux Sonnets de Pelletier, dès la satire première:

" Je ne sais point

" De mes Sonnets flatteurs lasser tout l'univers (v. 47). "

Pelletier était un infatigable versificateur de sonnets. Il en ** avait fait, dit Baillet, quatre centuries". Brossette raconte que ce pauvre homme mettait sur pied un sonnet tous les jours, comme une tâche quotidienne. D'après le même Brossette, sa principale occupation était " de composer des sonnets à la louange de toutes ** sortes de gens. Dès qu il savait qu on imprimait un ** livre, il ne manquait pas d aller porter un sonnet à

i.y«^. des s av.

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** lauteur, pour avoir un exemplaire de Touvrage (')." Dans la Satire ii« (v. 75) Boileau avait dit plaisamment :

" J'envie, en écrivant, le sort de Pelletier ;^^

lavocat-poète prit ce vers pour un éloge. Mais allat-il porter aussi ses quatorze lignes chez Despréaux ? Ce serait une supposition peu vraisemblable ; peutêtre craignit-il que le Satirique n'employât son papier à Tusage de Toffice et à ** Fhabillement " du poivre. Car Despréaux avait prêté ce trait de malice à Thôte de son Repas ridicule :

" ... Et j'ai tout Pelletier '* Roulé dans mon office en cornets de papier ('). "

" N'a fait de chez Sercy qu'un saut chez l'épicier.

*' Charles de Sercy, libraire, dont la boutique était " dans la Grand' Salle du Palais (^). ''

Dryden n'a su remplacer les noms de Gombaud,

Maynard, Malleville, Pelletier, ni même du libraire de

Sercy :

" The rest but lîttle read, regarded less,

" Are shovel'd to the pastry from the press. "

Boileau, sans aucun doute, estimait son alexandrin. A quelque vingt-cinq ans de là, il le citait dans une lettre à Brossette, à propos du Roman allégorique de TAbbé d'Aubignac : ** La vérité est qu'il (le roman) ** n'eut aucun succès, et qu'il

" Ne fit de chez Sercy qi^ un saut chez V épicier i^y^

C'est aussi chez ces vulgaires négociants que les poètes romains, Horace par exemple, envoyaient poétique-

\. Notes du Disc, au Roi, — 2. Sat. m, v. 127-8. — 3. Brossette. — 4. 19 avril 1702.

ment les vers malheureux, habiller le poivre, Tencens, les parfums, '* et tout ce qui s'enveloppe d'un papier ** inepte '\ Boileau les expédia, tantôt chez Tépicier Francœur, tantôt sur "les rebords du Pont-neuf", tantôt en quelque anti-chambre, pour divertir les laquais, les pages et Pacolet. Dans sa correspondance avec Racine, il expédie plus loin encore les pauvres tragédies de Pradon. Racine avait écrit à Boileau, le 24 août 1687 : ** Les comédiens, qui vous font si peu ''de pitié, sont pourtant toujours sur le pavé ; et je ** crains, comme vous, qu'ils ne soient obligés de '* s'aller établir auprès des vignes de feu Monsieur *' votre père. Ce serait un digne théâtre pour les *' œuvres de M. Pradon. "

Les vignes du père de Boileau se trouvaient du côté de Pantin, près de l'endroit où l'on transportait alors les immondices de Paris ('). Boileau répond, le 28 août: *' Vous avez raison de dire qu'ils (les comédiens) *' auront là un merveilleux théâtre pour jouer les ** pièces de M. Pradon; et d'ailleurs ils y auront une *' commodité; c'est que, quand le souffleur aura oublié " d'apporter la copie de ses ouvrages, il en trouvera ** infailliblement une bonne partie dans les précieux ** dépôts qu'on apporte tous les matins en cet " endroit. "

Boileau certes, n'était pomt seul à renvoyer, au moins chez les marchands de comestibles, les vers mal nés. C'était un usage sous le règne de Louis, tout comme sous celui d'Auguste. Les ** nourrissons des Filles de Mémoire ", du petit au grand, adressaient là les œuvres maladroites de leurs émules. Voici, par exemple, le marquis de Calvière, poète fort peu

l. V. Œuv. de Roc. Grands Érriv, de Fr.^ t. VI, p. 599.

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renommé, qui termine une fable, par cette leçon hau taine :

" Ceci s'adresse à vous, ambitieux auteurs, " Qui pensez égaler et Racine et Molière:

" Mais dont les froids écrits, rebut des acheteurs, " A peine mis au jour, volent chez la beùrrière, Ou reçoivent du feu leur plus grande lumière ('). "

Furetière condamnait à semblables ignominies les œuvres sottes et pédantes. ** Défenses seraient faites ** à tous suppôts de Pédanterie de mettre le pied dans ** les États sis en Gaule Cisalpine; permis à eux d'aller ** courir la Transalpine, et les pays Latins, tant qu'il ** leur plairait: le tout à peine du feu, ou d'être con- '* damnés aux bêtes farouches, comme Rats, Beur- ** rières, et autres ('). "

Scarron avait vu les œuvres de ses confrères même " sublimes " aboutir chez Francœur, ou Mignot, ou tout autre vendeur d'épices:

" Les vers ont aussi leur destin ; " Un poème en genre sublime " Que son auteur lime et relime, " Ne vit quelquefois qu'un matin....

'* J'en sais de ceux au grand collier, " Des plus adroits à l'écritoire, " Qui pensent aller à la gloire, " Et ne vont que chez l'épicier (3). "

Toutes ces façons de dire et de rire étaient passablement vieillies. Aussi les critiques de Despréaux ont beau jeu en face de ces formules antiques: *' N'est-il •* point las, s'écrie Perrault, de dire qu'un livre pourrit ** chez rimprimeur, qu'il s'y roussit par les bords, qu'il •* va chez l'épicier, chez le chapelier, chez la beùrrière,

I. Nouv, ckoix^ etc., p. 172. — 2; Nouv. AIL 1658, p. 165. — 3. Dem. Œuv.y t. I, p. 279.

** et cent autres choses semblables déjà usées du temps '' d'Horace et de Juvénal (')! "

C'est surtout à \ épicier que Boileau jette les vers des Bavius et Mévius Français. Dans une pièce alors inédite, il avait introduit un Francœur jusque sur les bords de l'onde que boivent les poètes médiocres, au bas du Parnasse; Brossette en avait retenu ce passage : ** Tous ces gens-là demeurent au bas du Parnasse, où " ils cherchent une entrée avec empressement.... Il y ** a même un épicier qui s'y est venu établir avec eux, ** et que la nécessité du commerce y a attiré ('). "

Boi eau met vraiment partout son épicier, comme faisait pour la muscade, Tamphitryon du Repas ridicule. Pradon est révolté de rencontrer si souvent ce personnage parmi les œuvres de M. Despréaux:

** Voilà, dit-il, son très féal épicier en jeu! M. D*** '' craint si fort qu'on ne trouve son style fade ou insi- ** pide, qu'il se fait- toujours suivre par \ épicier. Cela ** est bon une fois. Mais en vérité, le fourrer partout, " cela rend son style d'un méchant goût {^\ " Chaque fois que Pradon découvre chez Boileau le nom de cet honnête commerçant, Pradon s'indigne. Il le dépiste, par exemple, dans la Satire ix* : ** Voilà le bien- " aimé épicier qui est en jeu, et qu'il (Despréaux) " répète en cent endroits ; quoiqu'il ait pris cette ** pensée et chez les poètes latins et chez nos vieux *• poètes français, comme dans Ronsard écrivant à ** Jacques Grévin (*). " Boileau empruntant à Ronsard! Quelle injure!

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