‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 35 sur 236 · Ciz. Riv. Récr.LÀU, CXX, p · texte numérisé non relu

Ciz. Riv. Récr.LÀU, CXX, p

3. P. du Cerceau. — Le grand Prévfit du Parnasse, 4.. P. 104.

" pour être employés comme des espèces d enfants " perdus propres à escarmoucher contre les pédants ** modernes et contre les poètes Italiens (').

Fénelonse plaint aussi des Italiens: ** Je suis résolu "de quitter.... tous \^s pensieri Italiens ("). " Les pensieri signifient aussi les pointeSy ou jeux de mots jetés partout, à tout propos, à profusion. ** Les anciens, •* écrit encore Fénelon, ont évité Técueil du bel esprit, ** où les Italiens modernes sont tombés, et dont la ** contagion s'est fait un peu sentir à plusieurs de nos '* écrivains d'ailleurs très distingués (3). "

Mais les Italiens étaient-ils seuls coupables ? Nous l'avons vu plus haut, toute l'Europe lettrée raffinait, et visait au fin du fin. Le P. Rapin accuse les Espagnols aussi bien que nos autres voisins méridionaux, d'avoir importé chez nous les pointes et autres épîces : " C'est ** le vice ordinaire des Espagnols et des Italiens, qui '* cherchent toujours à dire les choses finement (*). " On ne saurait nier cependant que l'Italie eût poussé jusqu'aux limites extrêmes la manie des pointes. Un auteur de ce pays-là, Gramigna, en avait même fait une sorte de traité ; il avait écrit un discours sur le travail prodigieux qu'il faut pour produire la quintessence d'esprit, d'où éclosent \^% pensieri tX.\^sconcetti, Ce discours s'intitulait : Délia distillazione del cervello.

Que si Ton veut se rendre compte de cette littérature raffinée d'outre-Pyrénées et d'au-delà des Alpes, contemporaine de notre hôtel de Rambouillet, il faut lire le livre du P. Bouhours : De la Manière de bien penser. Il y a réuni, d'une main délicate, les bouquets choisis de ces fleurs exotiques.

I. Ibid., p. 41.— 2. j« Dial. sur CÉloq,^ Fin.— 3. Lettre à l'Acad, Les anc, et Us mod, — 4. Réfltx, etc., p. 167.

" Le vulgaire, ébloui de leur faux agrément, *' A ce nouvel appât courut avidement; " La faveur du public excitant leur audace, " Leur nombre impétueux inonda le Parnasse.

Le P. Bouhours parle de ce " faux agrément " et du ** vulgaire ébloui. " On pourrait croire qu'il a traduit en prose les deux premiers vers du quatrain : " Ce " sont ces faiseurs de pointes qui pensent le plus '* souvent faux. Quelque sujet qu'ils aient entre les ** mains, ils veulent briller ; et pour l'ordinaire le bon '* sens n'est pas ce qu'ils cherchent. Leur dessein est " d*éblouir; mais ils n'imposent qu'au peuple ('). "

Perrault, malgré son penchant pour les modernes, avait du goût; vers la fin du siècle, il déplorait l'abondance stérile de ces productions de l'esprit sous le règne poétique de Malherbe et sous le règne politique de Richelieu : '* Tout était plein de jeux d'esprit et " dans les vers et dans la prose. C'était une abondance " de pointes, d'antithèses, de rébus, d'anagrammes, " d'acrostiches et de cent autres badineries puériles(*)."

Alceste, l'ennemi de tout le monde, ou mieux Molière, l'ennemi du faux esprit, fait bonne justice de toutes ces quintessences :

" Ce style figuré, dont on fait vanité,

" Sort du bon caractère et de la vérité ;

" Ce n'est que jeu de mots, qu'affectation pure,

" Et ce n'est point ainsi que parle la nature.

" Le méchant goûi du siècle en cela me fait peur ;

" Nos pères, tout grossiers, l'avaient beaucoup meilleur (3). "

Fénelori, à son tour, réclama contre ces colifichets : ** On veut même trop de délicatesse, elle dégénère en

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