Œuv. etc.. d'après Téd. orig. de 1644, p
Dans la même pièce encore, Tlnfante d'Espagne fait ce bon mot français :
" Ma plus douce espérance est de perdre Tespoir. "
Fénelon, quatre-vingts ans plus tard, déplorait ce même excès de fadeur chez les rois de notre théâtre : ** On n*osait, dit-il, mourir sur la scène, sans faire des '* pointes et des jeux d'esprit en mourant. " Dans leurs pièces, " une personne imparfaite était nommée un " soleil, ou tout au moins une aurore; ses yeux étaient " deux astres ('). " Racine tomba une ou deux fois dans ces puérilités ; mais il eut trop de goût pour se laisser entraîner au torrent.
Au surplus, le bon sens de Corneille lui avait fait promptement sentir le ridicule des pointes trop multipliées. Dans TExamen de la Galerie du Palais, une de ses pièces d'essai, " le style, dit-il, en est plus fort et "plus dégagé àt. pointes, "
Lorsque Racine prononça l'éloge de son rival, il fit ressortir le mérite qu'avait eu le créateur delà ** scène ** française ", à délivrer la tragédie d'une " diction " encore plus vicieuse que l'action, et dont \^s pointes ** et de misérables jeux de mots faisaient le principal '* ornement. "
" L'^égie en orna ses douloureux caprices.
Semblable à la veuve, désolée mais frivole, dont parle Fénelon, qui porterait *' le deuil, avec beaucoup ** de broderie, de frisure et de rubans ('). "
Despréaux se rit ailleurs de ces larmes à la glace, coulant d'un œil peu affligé, et des auteurs
*' Qui toujours bien mangeant meurent par métaphore (^). "
I. Lettre à VAcad.^ ch* VL— 2. Lettre à PAcad., ch. IV.— 3. Sot, IX.
Les exemples seraient aussi fastidieux que nombreux. Les tristesses alambiquées abondent même chez le puriste Malherbe et même en cette élégie modèle adressée à C.du Périer. Malherbe dit à ce père infortuné des gentillesses comme celles-ci :
" Ne te lasse donc plus d'inutiles complaintes ;
*• Et, sage à l'avenir, " Aime une ombre comme ombre, et des cendres éteintes
" Éteins le souvenir.
" C'est bien, je le confesse, une juste coutume
" Que le cœur affligé, " Par le canal des yeux vidant son amertume,
" Cherche d'être allégé. "
C'est le cas de dire avec l'Eudoxe du P. Bouhours : " Les jeux d'esprit ne s'accordent pas bien avec les ** larmes ; et il n'est pas question de pointes, quand on " est saisi de douleur ('). "
Boileau ne parle point des jeux d esprit semés au travers des poèmes épiques. Pourquoi? Ils fleurissent pourtant parmi ces élucubrations graves et interminables, tout comme dans les bluettes de " deux rimes " ornées, ou de quatorze vers, ou autres. L'Italie avait encore fourni à la France des modèles accomplis de cette ** éclatante folie". On voit, par exemple, chez l'Arioste, un héros, qui combattait d'estoc et de taille, après sa mort, sans s'apercevoir qu'on l'avait occis :
" Le pauvre homme était mort; et tout mort qu'il était, Sans voir qu'il était mort, ce brave combattait (*)! "
" Les poètes italiens ne sont guère naturels ; ils ** fardent tout ; et le Tasse, par ce seul endroit, est