‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 46 sur 236 · I. Éd. de 1681, p · texte numérisé non relu

I. Éd. de 1681, p

2. L'un d'eux, un jour, s'étant avisé de rappeler la guerre de Troie et le Scamandre, son adversaire l'interrompit et s'écria : " La cour observera <* que ma partie ne s'appelle pas Scamandre, mais Michaut. *'

3. V. Patru, Xir" Plaid, Ib. p,289. — 4. ParalL 2« éd., t. II, p. 245. — 5. <[* Plaid, 1. c. p. ^T,

" forme que des pluies douces, que des pluies de jus- " tice et de bénédiction, qui consolent, qui rafral- ** chissent, etc....('). "

" Et le Docteur en chaire en sema l'Évangile.

Boîleau désigne par une note, " le petit Père André ** Augustin. " Brossette renforce cette note : '* Cest ** ainsi que péchait M. Mascaron; il se plaisait à ces ** jeux de mots et à ces pointes; et les rieurs disaient ** de ses sermons que c'était un recueil d*épigrammes. ** Le petit Père André Boulanger, Augustin, prêchait ** de la même manière. " — En 1657, Loret annonçant la mort de ce prédicateur, l'appelait :

" Ce digne Augustin Réformé, " Par la France si renommé, " Qui prêchait souvent T Evangile " D'un assez agréable style ".

Trop agréable en vérité, s'il mêlait réellement à ses prédications tous les bons mots qu'on lui a prêtés. Vigneul-Marville décharge, en partie, la réputation du petit Père André ; il traite même de contes, certaines anecdotes que Ton débitait au sujet du ** digne

* Augustin ". — " Je Tai souvent écouté ; mais je n ai

* jamais remarqué qu'il ait dit les impertinences qu'on

* lui attribue, et dont assurément il n'était point

* capable. Il menait une vie très sainte et très austère,

* et n avait nulle considération pour le monde. Son

* talent n'était pas de farder la vérité ; il la présentait

* toute nue sans ornements et sans voile. Toutes ses

* expressions étaient naïves et fort naturelles ; et c'est

* ce qui a donné lieu aux contes qu'on a faits de lui.

** Il faisait un grand usage des proverbes les plus ** populaires et les plus communs; comme lorsque, la *' Reine Anne d'Autriche arrivant à son sermon qui* " était déjà commencé, il lui dit pour tout compliment: ** Soyez la bienvenue, Madame ; nous n'en mettrons *' pas plus grand pot-au-feu; et poursuivit son discours, ** sans le reprendre dès le commencement, selon sa *' coutume. Ses comparaisons, comme ses autres ** figures, étaient toujours prises de ce qu'il y a de " plus bas. J'ai ouï dire à un docteur de Sorbonne, ** qu'un jour il fut fort surpris de lui entendre comparer *' les quatre Docteurs de l'Église latine aux quatre ** Rois de notre jeu de cartes. S. Augustin, disait-il, ** est le roi de cœur, par sa grande charité ; S. Am- ** broise est le roi de trèfle, par les fleurs de son élo- ** quence; S. Jérôme est le roi de pique, par son style ** mordant; S. Grégoire est le roi de carreau, par son ** peu d'élévation. '-'

Un jour le petit Père André, dans l'église des Jésuites, faisait ainsi l'éloge des Jésuites. Il compaparait le monde chrétien à *' une grande salade : les ** nations en sont les herbes ; le sel, les Docteurs, " vos esiis sal terrœ : le vinaigre, les macérations ; et ** l'huile, les bons Pères Jésuites. Ya-t-il rien de plus ** doux qu'un bon père Jésuite ?... "

Tallemant des Réaux, qui n'a guère l'habitude d'épargner les gens de sa connaissance, dit du P. André que, sans avoir "dessein de faire rire,... il était ** bouffon naturellement, et avait même quelque chose '' de Tabarin dans la mine. " Mais, selon le même anecdotier, le P. André cherchait si peu à débiter des choses bouffonnes en chaire, que, pour se punir, s'il lui en échappait, *' il se donnait la discipline ". Enfin, ** il était bon religieux et fort suivi par toutes sortes

*• de gens ; par quelques-uns pour rire, et par le reste ** à cause qu'il les touchait ('). "

Finissons par cette remarque. Le petit P. André devait avoir- d'autre mérite que celui àks pointes triviales^ puisqu'il prêcha, et '* toucha " ses auditeurs, pendant 55 ans. Cet " orateur jovial ", comme le qualifie Loret,

'' En l'an octante de son âge,

" Mourut, dont ce fut grand dommage :

" Car ce Père laborieux

" A prêché tant jeune que vieux

*' (Ayant de Dieu Tâme conduite)

*' Cinquante-et-cinq ans tout de suite,

" Tant le Carême que l'Avent

*' Et d'autres jours assez souvent.

" Ainsi la chose est bien certaine

*' Que dans notre Église romaine

" Nul autre jusques aujourd'hui

" N'a jamais tant prêché que lui (*). "

Les prédicateurs avaient cru pouvoir " embellir " l'Évangile, pour se faire goûter et entendre d'une société pointilleuse et raffineuse. Heureusement le temps vint où Bossuet, Bourdaloue et plusieurs autres, purent apprendre aux chrétiens le catéchisme, sans ces ridicules et presque sacrilèges ** ornements ". Avant eux, et peut-être mêrpe plus tard, on entendit de ces prédicateurs,

Qui font d'une sainte morale Un sacrilège jeu d'esprit.

" C'est leur génie et leur adresse, '' Non nos maux et notre faiblesse, " Qu'ils veulent nous faire sentir ; *' Et fiers du vain dessein de plaire, " Ils laissent au pasteur vulgaire " L'humble gloire de convertir. "

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