‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 49 sur 236 · Lettre à P Académie IV · texte numérisé non relu

Lettre à P Académie IV

"explication de T Évangile, jointe aux n uvements " qui inspirent la conversion (*) ".

En 1687, le P. de la Rue prêchait devant le Roî. Un courtisan **des plus habiles" s'autorisa de son expérience pour prémunir l'orateur Jésuite contre le danger des pointes et épîgrammes déplacées dans un sermon : " Ne donnez pas, lui dit-il, dans Técueil " commun ; ne prétendez pas réussir en nous flattant ** Toreille par un étalage de fins mots. Si vous allez par ** le chemin du bel esprit, vous trouverez ici des gens, ** qui en mettront plus dans un seul couplet de chan- " son, que vous dans tout un sermon. Ils se railleront •* de vous. Mais parlez-leur de Dieu vivement et pru- *• demment('). "

Le P. Bouhours constatait avec joie le retour au langage sérieux et apostolique de la chaire : "Le goût ** du siècle a bien changé là-dessus ; et on se moque- *• rait aujourd'hui d'un prédicateur qui, pour prouver *• que les jeunes gens meurent quelquefois avant les ** personnes âgées, dirait quej^ean courut plus vite au ** sépulcre que Pierre et y vint le premier. On n'aimerait ** pas non plus à entendre dire dans la chaire, que les ** femmes, avec leurs patins, ajoutent quelque chose à *' leur taille, contre la parole de Jésus-Christ, et font " mentir la vérité même (3). ' Et le judicieux critique aligne plusieurs exemples du même goût ; lesquels eussent fait sourire de pitié les auditeurs devenus, sinon plus chrétiens (tout le grand siècle fut un siècle de foi), mais plus sages appréciateurs de la parole évangélique.

Boursault avait un fils Théatin. Ce jeune Religieux

I. CarorA ch. XV. — 2. P. dç la Rue, Préf. dç sçs Sermon^, — 3. Mon. de bien penser^ 1687. ,

L'ART POÉTIQUK.

se fit corriger par son père une des premières compositions oratoires où il s exerça.En lui renvoyantle sermon corrigé, le poète écrivit au jeune prédicateur : **Quel- " que esprit qu'il y eût dans ce que disaient autrefois ** le P. André, et après lui, le P. Lenfant qui a été *' son singe, ce ne sont pas des modèles à imiter... Si " vous avez donc quelqu'un à imiter, que ce soit, chez *' les Jésuites : Girou, la Rue et Bourdaloue ; chez les ** PP. de rOratoire: Huber, de la Roche et La Tour; ** parmi les Évêques : Mascaron, Fromentières, *' Fléchier, et Soanen, qui sont arrivés à cette dignité " par leur mérite ; et parmi les Abbés : Desalleurs, ** Bîgnon, Anselme et Boileau, qui apparemment y *' arriveront bientôt ('). "

Donc, avec d'autres modèles, l'éloquence chrétienne avait pris d'autres allures. La Bruyère définit ce nouveau caractère de la prédication, à la fin du xvii« siècle, quand il dit du prédicateur : '* Il n'a besoin que ** d'une noble simplicité. " Malheureusement, dans les œuvres humaines, quand un défaut disparaît, il en survient presque toujours un autre. Le grand style des maîtres de la chaire avait ébloui quelques génies impersonnels ; on essayait de voler à la hauteur des aigles, sans consulter ses propres forces : " L'Évêque '' de Meaux, écrit encore La Bruyère, et le P. Bour- ** daloue, me rappellent Démosthène et Cicéron. Tous ** deux, maîtres dans l'éloquence de la chaire, ont eu le " destin des grands modèles : l'un a fait de mauvais ** censeurs, l'autre de mauvais copistes (•). "

Le style solennel retentissait à tous les échos de la cour et de la ville ; au théâtre, à l'Académie, en chaire, au Palais. Le solennel devint la mode. Il remplaça les

l, Lettres^ t. II. — 2. Çaract, çh. XV,

pointes récentes, et le trivial des temps lointains. Poètes, orateurs, dramaturges, se mirent en devoir de copier les phrases de *

" L'élégant Tèlkmaque et du noble Fléchier. "

L abbé de Villiers, imitateur de Boileau, en fait la remarque ; il poursuit de la sorte :

"... L'avocat en compose ** L'exorde et les trois quarts d'une première cause. ** Pour une vigne, un champ, dont il faut décider, " On entend au Palais Télèmaqtte plaider, " Et contre un chicaneur implorer la justice " Du style dont Mentor instruit le fils d'Ulysse. " Des phrases de Fléchier la chaire s'applaudit ; ** C'est lui qu'au prône encor, dimanche, on entendit ; ** Des abbés au pillage, en proie aux Docteurs mêmes, " Il a, depuis sa mort, prêché quatre carêmes (')."

*' La raison outragée enfin ouvrit les yeux, *' La chassa pour jamais des discours sérieux ;

A trente ans de distance, Boileau constatait encore rheureuse disparition des ** quolibets frivoles ", mis en vogue par Benserade, " à la faveur de ses bluettes ** folles".

" ...Ce n'est plus le temps ; le public détrompé ** D'un pareil enjouement ne se sent plus frappé. "

Les bons mots insipides et les équivoques,

*^ Hors de mode aujourd'hui chez nos plus froids badins, " Sont des collets-montés et des vertugadins ('). "

Il en va de l'esprit comme des costumes. Les concetti passèrent, et les perruques poudrées sont des curiosités. La cour de Louis XIV qui donnait le ton

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