‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 60 sur 236 · Rec, despoét.fr,, t. VI · texte numérisé non relu

Rec, despoét.fr,, t. VI

2. Je choisis le texte, donné par Walckenaer, Hist. de La Fontaine^ t T, L. m.

^^Ala fontaine^ où Ton puise cette eau

"Qui fait rimer et Racine et Boileau,

"Je ne bois point, ou bien je ne bois guère ;

" Dans un besoin, si j'en avais affaire,

" J'en boirais moins que ne fait un moineau.

" Je tirerai pourtant de mon cerveau " Plus aisément, s'il le faut, un Rondeau, " Que je n'avale un plein verre d'eau claire

" A la fontaine, " De ces Rondeaux un livre tout nouveau " A bien des gens n'a pas eu l'art de plaire ; " Mais, quant à moi, j'en trouve tout fort beau " Papier, dorure, images, caractère, " Hormis les vers, qu'il fallait laisser faire

" A La Fontaine, "

Boileau écrivait à Brossette, le 12 mars 1706, que ce Rondeau était ** joli ". Mais d'après le même Boileau, ces treize vers ne sont point, comme on l'a affirmé, l'œuvre de Chapelle, ou de Chaulieu. Boileau dit à Brossette qu'il a vu l'auteur " lui-même ", et que cet auteur ** n'était pas homme de lettres ". Il se nommait Stardin (').

Les Métamorphoses mises en Rondeaux eurent peu de succès, comme d'Olivet nous Tapprend : ** Il y eut ** un intervalle de mauvais goût, pendant lequel on ne haïssait pas le burlesque, les équivoques, les pointes; et ce fut proprement le règne de M. de Benserade. Mais quand ses Rondeaux parurent, le goût avaii bien changé. Corneille, Racine et Despréaux, par leurs ouvrages excellents, avaient fait détester le mauvais, et mépriser le médiocre. Si bien que les Rondeaux de M. de Benserade, qui, trente ou quarante ans plus tôt eussent trouvé des admirateurs, ne ** trouvèrent pas même des lecteurs ('). "

I. Cf. Édit. A. Laverdet, pp. 214 et 602. — 2. Hist. de PAcad.^ Éd. Livct, II, p. 247.

Cette œuvre eut le grand tort de voir le jour, quand Y Are Poétique comptait déjà deux ans de vie et de crédit. Les échecs de Benserade sont consignés dans les Couplets sur la réception de Fontenelle à T Académie française, couplets attribués à Racine :

" Touchant les vers de Benserade, " On a fort longtemps balancé ^* Si c'est louange ou pasquinade; " Mais le bonhomme est fort baissé ;

" Il est passé.

" Qu'on lui chante une sérénade " De Requiescat inpace ('). "

" La baUade asservie à ses vieilles maximes

" Souvent doit tout son lustre au caprice des rimes.

La Ballade (comme la Ronde et la Danse), était un chant de joie chez les trouvères. Elle était au chant Royal ce que le Triolet est au Rondeau (*). La Ballade régulière, et selon les " vieilles maximes *', a ** trois couplets et Tenvoi, où Ton met quatre ou cinq " vers, ^lon que le couplet est un huitain, ou un '* dizain. Il faut que les mêmes rimes régnent dans " tous les couplets, chacune à la place qui lui a été ** réglée dans le premier {^), *'

La Ballade de Villon sur les Dames du temps Jadis est un type du genre. Sarrasin, Voiture, Madame des Houlières, La Fontaine, renouvelèrent au xvii® siècle ce jeu du vieux temps. Mais déjà, au moment où Boileau rédigeait ses lois, la Ballade était quelque peu démodée. En 1672, Molière faisait de la Ballade une des spécialités des Trissotin et des Vadius.

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