‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 65 sur 236 · P^ns» ingén,^ p. 129 et seq · texte numérisé non relu

P^ns» ingén,^ p. 129 et seq

La plupart des autres, (et les Recueils foisonnent de Madrigaux) sont des bouquets à Iris, fades comme les fleurs de la Guirlande offerte à Julie d'Angennes, et trop souvent peu dignes d un lecteur qui se respecte.

Racine (ou celui qui est Tauteur des Couplets sur la réception de Fontenelle à V Académie) était peu tendre à lendroit de cette poésie au rabais. On en jugera par ce couplet sur la déconfiture des Madrigaux :

•' Boyer, Le Clerc, couple inutile, " Grands massacreurs de Hollandois, ^' Porteurs de Madrigaux en ville, " Moitié Gascons, moitié françois,

" Vieux Albigeois (') " Allez exercer votre style " Près du successeur d'Henri III (»)."

En résumé, on peut, sans se compromettre, conclure avec Madelon : ** Les Madrigaux sont agréables, " quand ils sont bien tournés. " Mais ceux-là seraient à plaindre, qui en seraient réduits à dire comme Mascarille : " C'est mon talent particulier ; et je tra- ** vaille à mettre en Madrigaux toute l'histoire romai- " ne. " A quoi la même Madelon s'exclame : "Ce sera " du dernier beau ! "

Une autre conclusion à tirer de ce qui précède serait celle-ci, déjà indiquée, à propos du Sonnet : Boileau dans ce chant deuxième accorde beaucoup d'importance à des sujets fort peu considérables. Mais, encore une fois, ces sujets et ces façons de poésie étaient des jeux de société ; Ion était regardé comme bien disgracié d'Apollon et de la nature, si l'on ne pouvait aligner les cinq ou six vers d'un Madrigal. Le savant Huet connaissait passablement son siècle,quand il écri-

I. Le Clerc et Boyer étaient d'Albi. — 2. C'est-à-dire au Pont-Neu£

vait : " Notre nation, notre âge, notre goût, sont en- *' nemîs des grands ouvrages. Tout ce qui demande de " Tapplication nous rebute. Une Ode nous ennuie par ** sa longueur. A peine peut-on souffrir un Sonnet, ** Notre génie se borne à l'étendue du Madrigal. ** Toute notre industrie ne va quà faire de fort " grandes petites choses ('). "

Ce jugement ne pèche point par excès d'indulgence; mais ce que Boileau expose en ce second chant, et la manière dont il Texpose, n'infirment point cette sentence rigoureuse. Les réformateurs du Parnasse français, au siècle précédent, avaient tenté de donner un vol plus haut à nos ailes légères : ** Laissez-moi, " s'écriait Joachim du Bellay, toutes ces vieilles poésies " françaises, comme Rondeaux, Ballades y Virelais, *' Chants Royaux, Chansons, et telles autres épiceries " qui corrompent le goût de notre langue ('). "

Vauquelin proscrivait aussi ces vieilleries :

" ...Ta Muse ne soit jamais embesognée " Qu'aux vers dont la façon ici t'est enseignée, " Et des vieux Chants Royaux décharge le fardeau ; " Ote-moi la Ballade, ôte-moi le Rondeau (3). "

Néanmoins la mode en resta. Est-ce un mal qu'il faille déplorer ? Non. A coup sûr, la poésie n'a rien de commun avec des jongleries de règles, de rimes et de retours. Mais souvent les petits poèmes, brodés par des mains habiles sur ces canevas compliqués, plaisent comme toute œuvre d'art en miniature. Et puis ne faut-il pas laisser aux gens ineptes à la grande poésie,' mais capables de créer quatorze vers, la satisfaction de se dire : J'ai fait un Sonnet !

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