‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 7 sur 236 · I. Disc, sut VÉglogue · texte numérisé non relu

I. Disc, sut VÉglogue

" grecs et latins. Du moins n'accusera-t-on pas Ron-

** sard d'avoir, pour cette fois, trop affecté d'imiter

l'antiquité païenne, dans l'emploi des noms diAnge-

* lot^ de Margot y Carlin^ Aluyot, Fresnety Bellin,

'' Michau, etc. ('). "

Brossette commente ainsi les vers de son poète: " Ronsard, dans ses Églogues, appelle Henri II ** Henriot;Q\i?ix\ts IX Car//»; Catherine de Médécis •* Catin; etc. Il emploie aussi les noms de M argot y ** Perroty Michaud et autres semblables. "

Disons d'abord que Ronsard ne fut pas le seul coupable de ces crimes. Le xvi« siècle du commencement à la fin, avait appelé ses bergers de noms français. Marot avait traité le roi François I^ de Berger, et avait nommé la sœur du roi Margot ('). Il avait fait pleurer par deux bergers la mort de Louise de Savoie, mère du Roi ; et ses deux bergers n'étaient nullement Lycidas ou Tityrcy mais bien Thenot et Colin (^).

Le doctime Baïf met aussi en scène des paysannes, répondant au nom de Michon et de Perrichon (*). Vauquelin hésite entre le réalisme et l'imitation savante des anciens. Il déclare que " les noms de " Guilloty Pierroty MarioUy au lieu de TyrsiSy Tityrey ** Lycorisy ne contentent pas assez son opinion ('). " Malgré cela, il emploie des noms tout pareils à ceux dont se sert Ronsard.

Le pauvre Ronsard a seul le fâcheux privilège d'être

1. /ug. des Sav.y t. IV, p. 467-8. Par un contraste trop frappant, Ronsard faisait parler sa Marçoi comme un Dictionnaire historique: " Dans ^' sa première Églogue, il tombe justement en partage à la Bergère " \f argot de faire Téloge de Tumèbe, de Budé et de Vatable, les pre- " miers hommes de leur siècle en Grec ou en Hébreu. " (Fontenelle, Œuv. Éd. de 1728, t. II, p. 116.)

2. V. L'abbé Genest, De P Églogue y p. 327. — 3. V. Goujet, t XI, p. 83. — 4. Ègl A'fY.— V.Godefroy, xvi« s., p. $66.— 5. Avert des Idyllies et Past. — v. Saint-Marc, t. II, p. 39.

L*A«T POéTlQUI.— n

malmené pour avoir trop francisé ses personnages des rives du Loir. C'est de quoi le xvii* siècle le réprimande : ** Il n*est pas question, écrit le P. Mourgues à ** propos de l'Idylle, de dépeindre les bergers, comme '* a fait Ronsard ('). " Ronsard eut le tort d'être un peu trop vrai, dans l'appellation des bergers de France. Mais franchement que nous font ces noms en ù et en as, rajeunis des Grecs, dans une Pastorale française? Je suis, en cela, de l'avis du poète Théophile :

" Amaranthe, Fhilis, Calisie, Pasithte,

" Je hais cette mollesse à vos noms affectée...,

" Le plus beau nom du monde est le nom de Marie. " (■)

Boileau ne juge vraiment poétiques, que les noms empruntés à la mythologie et au grec (^). C'était l'avis de toute la gent fabricante de sonnets et de madrigaux. C'était un peu l'avis des gens de qualité qui se faisaient appeler comme les héros de l'histoire ancienne. La Bruyère a quelque part une tirade spirituelle et courageuse contre les gentilshommes, presque honteux de se nommer ** Pierre, Jean, Jacques, ** comme le marchand et le laboureur." Aussi prennentils volontiers le titre ** d'Annibal, de César, de Pompée, etc. ", pour n'avoir aucun point de ressemblance avec la vile multitude ("*). Est-ce que la lecture des fadeurs pastorales et des romans ne fut pas cause de semblable folie, dans une société très chrétienne.»^

Catherine, par exemple, quel nom vulgaire, plébéien, prosaïque! Quand on présidait le Cercle des beaux esprits de la Chambre bleue, pouvait-on vraiment s'appeler Catherine ? Aussi Malherbe et consorts baptisèrent-ils Catherine de Rambouillet du nom

I. 7>. delà Poés.fr,, p. 267. — 2. Edit. Elzév.,t. I, p. 252. — 3. V. Notes du ch. III. — 4. Carnet., ch. ix.

à'/Irthénice, puis de Cléomire, puis de Minerve ('). Molière, qui vit tous les ridicules de son époque, vit celui-ci, et s en moqua. Le bonhomme Gorgibus, fatigué du baragouin de Madelon sa fille, et de Cathos (Catherine) sa nièce, entame une semonce :

" Cathos, et vous, Madelon...

Madelon.

" Eh! de grâce, mon père, défaites- vous de ces noms étranges, et nous appelez autrement.

Gorgibus.

** Comment, ces noms étranges! Ne sont-ce pas vos noms de baptême.»*

Madelon.

" Mon Dieu!... que vous êtes vulgaire! Pour moi, ** un de mes étonnements, c'est que vous avez pu avoir une fille aussi spirituelle que moi. A-t-on jamais parlé, dans le beau style, de Cathos ^ ni de Madelon, et ne m'avouerez-vous pas que ce serait assez d'un ** de ces noms, pour décrier le plus beau roman du •' monde.»*

Cathos.

" Il est vrai, mon oncle, qu'une oreille un peu déli- " cate pâtit furieusement à entendre prononcer ces " noms-là; et le nom de Polyxène que ma cousine a *' choisi, et celui ^Aminte que je me suis donné, ont ** une grâce dont il faut que vous demeuriez d'accord.

Gorgibus.

" Écoutez: il n'y a qu'un mot qui serve. Je n'entends '* point que vous ayez d'autres noms, que ceux qui vous ** ont été donnés par vos parrains et marraines ('). "

Honneur à Gorgibus, et au bon sens. — La Fontaine,

ce

1. V. Racan, éd. Latour, t. I, p. 286. — Livet, Précieux^ etc., p. 11.

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