‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 78 sur 236 · I. 9 janvier · texte numérisé non relu

I. 9 janvier

*' et une fanfaronnade, pour ainsi dire, qui a son agré- '* ment ('). "

Faut-il encore, après et malgré ces explications, admettre que Despréaux s est lancé de sa propre main un si formidable coup d'encensoir ? Le peut-on croire, quand il écrit positivement de son àmi : ** M. Le Ver- ** rier les avait faits indirects ; il les mit en style direct?" Toujours est-il que le poète ne voulut donner à personne les *' estampes de Drevet, à cause (c'est lui qui " parle) des vers fastueux que- M. Le Verrier a fait '* graver au bas, et dont je paraîtrais, tacitement, ap- ** prouver l'ouverte flatterie, si j'en faisais des présents '* en mon nom ('). "

Vers le temps où Boileau montrait ce désintéresse ment, un auteur italien saluait en ce ** fameux Satirique ** français " le vainqueur des trois grands Satiriques latins: ** Questo rinomato Satirico francese... Non mi ** affaticherè a persuadervi quello, ch'io per me credo, ** cioè ch'egli abbia trapassato colla sua nuova maniera " di Satire, e Orazio nel faceto, e Giovenale nell' ener- ** getico, e Persio nell' acuto (3). "

Dans sa plaisante histoire de la Guerre nouvellement déclarée entre les Anciens et les Modernes, Cal Hères résume les jugements des beaux-esprits sur les quatre Satiriques anciens nommés par Boileau. '* Ho- ** race fut élu Général des Poètes Lyriques sans aucun ** concurrent; et lorsqu'on vint à élire le chef des Poètes ** Satiriques, Ju vénal fut assez téméraire pour lui vou- ** loir disputer le premier rang. Mais^il fut traité de ** déclamateur et d écolier en comparaison d'Horace •' et il fut si outré du mauvais succès de son entreprise,

I. 6 mars 1705. — 2. Corr, etc. Éd. Laverdet, p. 203. — 3. Le M' Orsi. — V. Corresp. etc., ij août 1707.

L'ART POÉTIQUK.

** qu'il fut sur le point de se révolter et d'aller se re- " trancher au pied de la montagne, à la tête de plu- " sieurs Poètes de la basse latinité, et d'un grand ** nombre de Pédants de différentes nations qui ont '* fait des vers latins, et qui lui avaient persuadé qu'il '* valait mieux qu'Horace. Mais l'autorité de Lucilius, '* leur ancien dans le genre satirique, le ramena à son ** devoir, et lui apprit par son exemple à céder le pre- ** mier rang à Horace.

** Perse voulut aussi s'opposer à son élection ; mais '' il fit un discours si obscur et d'un style si embrouillé, ** qu'on eut de la peine à l'entendre ,• et Horace fut ** enfin reconnu le Général de tous les Poètes Satiri- ** ques, aussi bien que des Lyriques latins; et comme '' il était obligé de partager ses soins entre ces deux ** commandements, il associa le bon homme Lucile au *' commandement des Satiriques, par reconnaissance " de la déférence qu'il lui avait témoignée; et il fit ** Perse et Ju vénal ses Lieutenants Généraux ('). "

La Monnoye estimait, en vers, que Boileau valait bien tous ses confrères latins :

'^ Boileau sut remplacer Horace^ ** Seul il sut remplacer et Perse ei/uvénal; *' Mais de cet auteur sans égal '" Qui remplira jamais la place ('; ? "

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