‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 85 sur 236 · I. 23 Juin · texte numérisé non relu

I. 23 Juin

juvénal que rien n'excuse. Selon Saint Évremont, la Satire impudente révolte les esprits ** qui ont quelque ' délicatesse " ; et tout le mérite de ces poésies ne consiste que dans *' le sel de la fine raillerie. Ce qui» " ajoute-t-il, est aisé à justifier par l'exemple de Mon- " sieur Despréaux : car y a-t-il quelque Ancien qu'on ' lise avec plus de plaisir? Cependant peut-on porter

* plus loin que lui la discrétion et la retenue ?

'' Sa Muse toujours chaste, toujours honnête, a su

* poursuivre le vice et le condamner, comme la vertu '* le condamne elle-même, par sa lumière et par son - éclat ('). "

Du reste Despréaux n'a pas été le seul à vouloir que le lecteur français fût respecté. Nombre de ceux qui vécurent et écrivirent au même temps réclamèrent, ( omme lui, pour la lancjue de France, le privilège (l'être la plus honnête de toutes. Boursault, par exem- ]'Ie, écrivait à l'évêque de Langres : ** Notre langue a •• cet avantage sur les autres, qu'elle est beaucoup plus

* sage et plus retenue.

Le P. Bouhours consacra l'un de ses plus spirituels Entretiens, probablement le meilleur, à l'éloge de notre langue. Il en énumère et en fait valoir les qualités diverses et riches; il dit, entre autres choses: " La ** langue française est une prude, mais une prude ** agréable, qui, toute sage et toute modeste qu'elle •* est, n'a rien de rude ni de farouche. " Puis la comparant avec les langues italienne et espagnole: " Quoique '* nos mœurs ne soient peut-être pas plus pures que '* celles de nos voisins, notre langue est beaucoup plus ** chaste que les leurs (').

Desmarets se rencontre ici avec son adversviire le

I. Œui'f. /.v.V. l'^oo. :. Frff'-t. /' h\\\f,- , f ,r Fuj^hu-, z^ Er.tr.

Satirique. Voici comme il s'exprime dans Y Avis qui précède le C/ovis: " La langue française, qui a de cer- '* taines beautés par dessus toutes les langues, doit ** être encore estimée d'autant plus belle que les autres, * qu elle est la plus chaste et la moins licencieuse. *'

Les mêmes éloges se lisent dans le beau panégyrique de notre langue par un des auteurs qui ont le plus travaillé à Tennoblir. Vaugelas, dans la Préface de ses Remarques, dit hardiment : ** Il n'y a jamais eu de '* langue plus chaste en ses locutions ('). "

'* D*un trait de ce poème en bons mots si fertile, *' Le Français, né malin, forma le Vaudeville,

" Our English, who in malice never fail,

" Hçnce in lampoons and libels learn to rail. "

(Dryden.)

Boileau s'est commenté dans une lettre à Brossette. Brossette, qui régalait de ses fromages le solitaire d'Auteuil, essaya un jour le régal de quelque poésie. Il envoya au vieux poète ('), une sorte de Chanson- Vaudeville sur un certain Perrachon, " de sa patrie le ** falot ". Boileau répondit à cet envoi : ** Vos couplets ** de Chanson m^ paraissent fort jolis, tî\\ paraît bien '* que vous parlez votre propre et naturelle langue ; '' car, comme vous savez bien, c'est au français qu'ap- *• partient le Vaudeville; et c'est dans ce genre-là prin- •• cipalement (!) que notre langue l'emporte sur la *' grecque et sur la latine {^). "

D'après Boileau lui-même, il s'agit ici du Vaudeville antique, gaulois, nullement de nos Comédies entremêlées de couplets. On en attribue la création au nor-

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