‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 90 sur 236 · L'AR POÉTIQUE · texte numérisé non relu

L'AR POÉTIQUE

** font bien voir que les Français sont en cela inimita- '^ blés (0. "

Sans doute; mais au bout du compte, c'est de la gloire à bon marché. Nous sommes rieurs; nous chantons notre rire, sur un air gai; c'est un don du caractère français. Mais il ne fallut pas aux sujets de Louis XIV un génie bien transcendant, pour créer le Vaudeville, (c en est un), de Marlborough s en va-fen guerre, La Bruyère, qui méditait ses Caractères, tandis que Perrault écrivait son Parallèle, est loin de partager lenthousiasme de Perrault pour le Vaudeville. Il met la science de ces sornettes parmi les qualités de ce '' flâneur '*, que nous appellerions un boulevardier : ** Qui sera mieux fourni de Vaudevilles (') "?

" Cet enfant de plaisir veut naître dans la joie, " Toutefois n'allez pas, goguenard dangereux, ^' Faire Dieu le sujet d*un badlnage affreux.

** Quel vers! s'exclame Pradon, et qu'il est aj^reux! ** pour se servir du terme que Monsieur D*** met si '* souvent en usage (^). " Et Desmarets: '* Voilà encore ** une méchante césure et son aj^reux mal joint avec '* badinage. Ce mot lui sert à tout, quand il a besoin ** d'une rime; mais il est affreux, quand il est employé " aux choses non visibles (♦). "

Boileau ne tient pas compte de cette vétille; i! joint cet adjectif (trop souvent répété) avec les mots soit abstraits, soit concrets:

" Affreuses vérités ", (ch. II, v. 159).

" Badinage affreux ", (ch. II, 1, c).

" Du plus affreux objet ", (ch. III, v. 4).

I. Ibid,^ p. 278. — 2. Ch, VU, De la Ville. — 3. N^ Rem,, p. 92. — 4. Dé/, etc. p. 85.

" En quel affreux pays ", (ch. III, v. 147).

" Cette affreuse disgrâce ", (ch. IV, v. 188). '* Ces affreux assauts ", (ch. IV, v. 210).

Il est possible que Boileau ait imaginé de son propre chef ce trait à ladresse des chansonniers impies. Mais ne croirait-on pas qu'il ait eu sous les yeux un passage de Vauquelin } Ce législateur plus chrétien que Boileau se plaint du poète qui emploie follement ses talents contre Dieu :

'' Mais souvent orgueilleux

** Il mêlera des traits mutins et périlleux ;

'' Et souvent contre Dieu superbe, il outrepasse,

** Par folle opinion, les lois du Saint Parnasse ('). "

Boileau est louable, comme Vauquelin, d'avoir proscrit le blasphème de la littérature. M. de Boze l'en félicita, en présence de la Petite Académie: '* A Tégard ** de son respect pour la Religion, ce qui n'est pas \

" oublier dans l'éloge d'un Poète, M. Despréaux

** a porté ce respect jusques dans ses Satires ; saisissant ** toujours avidement l'occasion d'attaquer le badinagc ** des impies, les jeux de r athéisme^ et le langage des ** libertins, lors même qu'il semblait n'avoir à fain '* qu'à ses ennemis ordinaires, c'est-à-dire au galimatias ** à l'enflure, ou à la bassesse du style poétique ('). "

" A la (la tous ces Jeux que l'athëisme élève *' Conduisent tristeoient le plaisant à la Grève.

Plusieurs critiques se demandent quelle est la valeui ou la justesse de l'expression: ** Ces jeux ç^^ l'athéisme *' élève ". Dit-on élever des jeux? Un autre reproche celui-là de prosodie. Le P. Mourgues, ayant à traitei des consonnances léonines, prit pour type ces vers oi

I. L. lli. — 2. Hist de PAcad. roy, des Insc. et B, Z., t. lll, p. 301.

dangereux et* affreux riment avec jeux / ** Il est de '* Texactitude, ce semble, d'éviter la rime de Thémis- ** tiche avec la fin du vers précédent et de celui qui '' suit ; quoique les grands auteurs se négligent quel- '" quefois là-dessus :

" Toutefois n'allez pas... ('). "

Le '' plaisant ", dont Boileau fait mention, fut un jeune chansonnier libertin, du nom de Petit. Quelques années avant la naissance de la Poétique, Petit avait été pendu et brûlé, pour des couplets impies et obscènes. C'était un crime, en ces temps-là, même aux yeux de la loi civile.

Chacun sait pourquoi Boileau accole l'adverbe ** tristement " au nom de la Grève. Cette place, ** Tune ** des plus considérables de Paris ", dit Germain Brice, était, par un contraste singulier, le lieu des exécutions capitales, et un rendez-vous de fêtes pour les bons bourgeois de la bonne ville. Écoutons le même Germain Brice : ** Autrefois, cette place était un grand ** terrain inutile, sur lequel la rivière, dans ses débor- ** déments fort grands et fort fréquents autrefois, jetait *' quantité de sable et de gravier ; et c'est de là sans '* doute qu'elle a reçu son nom...

** La Grève est la seule place où l'on donne les ** spectacles publics de réjouissance ; où l'on fait des ** feux de joie, la veille de la fête de Saint-jean-Bap- *' tiste, et lorsque la France a remporté quelque avan- *' tage sur ses ennemis. C'est aussi dans le même lieu ** que l'on fait des exécutions de justice ; ce qui attire ** souvent un étrange concours, comme on l'a vu en ** plusieurs occasions ("). "

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