V. Excuse à Anste. Grands Écriv. de Fr,, t X
" les autres nations dans les plus hauts desseins, les
* Italiens, les Espagnols et les Anciens doivent con- *' fesser qu ils n'ont point mis en air des paroles si '' polies, si tendres et si naïves ('). " Cest bien aussi lavis de Fontenelle.
'' Il y en a (des Chansons) de badines, et pour le tour *' et pour Tair ; c est surtout en celles-là que les Fran- ** çais excellent. " Ainsi s'exprime le P. Mourgues ; mais son confrère, le P. Bouhours fait état que nous n avons pas moins ** un talent particulier ", pour les chansons élégiaques. Nous en avons, dit-il, de '* touchantes, et où le cœur a bien plus de part que ** Tesprit, quoiqu'elles soient infiniment spirituelles ; au '' lieu que la plupart des Italiennes et des Espagnoles,
* sont pleines de galimatias et de Phébus. Le soleil et
* les étoiles ne manquent jamais d'y entrer. Je dirais " presque que notre langue est la langue du cœur ; et '* que les autres spnt plus propres à exprimer ce qui '' se passe dans l'imagination, que ce qui se passe dans '' Tâme ('). "
*' Les musiciens français, selon le chanoine-historien ** Legendre, ont toujours excellé à faire des Airs et
* des Chansons... On peut dire, sans flatter, qu'il n'y ** a point de nation qui chante plus proprement ('). "
Même témoignage sous la plume de Saint-Évremont. Cette page est trop curieuse, pour que nous la refusions à nos lecteurs: ** Pour la manière de chanter
* que nous appelons en France exécution, je crois, sans
* partialité, qu'aucune nation ne saurait raisonnable- ** ment la disputer à la nôtre.
" Les Espagnols ont une disposition de gorge admi-
I. Segrais, Trad, de V Enéide, L. V. notes, T. I, p. loo. — 2. Entr, d*E, et d*A. Entr. II, 1671, p. 60.— ^,Mœufs et Coût, des Franc,, p.l93-4-
* rable ; maïs avec leurs fredons et leurs roulements ** ils semblent ne songer à autre chose dans leur chan ** qu'à disputer la facilité du gosier aux rossignols.
** Les Italiens ont l'expression fausse, ou du moinî ** outrée ; pour ne connaître pas avec justesse la natun *' ou le degré des passions. C'est éclater de rire plutô ** que chanter, lorsqu'ils expriment quelque sentimen ** de joie. S'ils veulent soupirer, on entend des sanglot: " qui se forment dans la gorge avec violence...
'• J'ai vu des Comédies en Angleterre, où il y avai ** beaucoup de musique. Mais pour en parler plus dis ** crètement, il m'est impossible ; je n'ai pu m'accoutu ** mer au chant des Anglais. Je suis venu trop tard •* pour pouvoir prendre un goût si différent de tou ** autre...
" Solus Gallus cantat, il n'y a que les Français qu ** chantent. Je ne veux pas être injurieux à toutes le ** autres nations, à soutenir ce qu'un auteur a biei ** voulu avancer : Hispanusflet, dolet Italus, Gertnanu ** boat, Flander ululât, et solus Gallus cantat ; je k ** laisse toutes ces belles distinctions, et me content " d'appuyer mon sentiment de l'autorité de Luigi.. '* disant hautement à Rome comme il avait dit à Pariî ** que, pour rendre une musique agréable, il fallait de *• airs Italiens dans la bouche des Français ('). *
Finissons par un témoignage pris dans l'histoire d l'Académie. D'Olivet y définit la Chanson française ( y nomme un des meilleurs chansonniers du grand sièclt ** Un autre genre où il (Benserade) excellait, et dor •* l'Antiquité n'a point fourni de vrais modèles au ** Français, seuls en possession d'y réussir, ce sont le