‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 94 sur 236 · Htst de VAcad. Éd. Livet, t. II, p · texte numérisé non relu

Htst de VAcad. Éd. Livet, t. II, p

3. " Je vous envoie les Tonrelontontons que Benserade a envoyés. " (V. Lettres de Bussy, 20 Sept. 1667. Lettre de .1/"** de C?***.)

nous remet en mémoire que Despréaux a fait, lui aussi une Chanson à boire. Et même, en feuilletant uni édition complète de ses œuvres, je trouve plusieur élucubrations portant ce titre. Il en fit une, ** au sorti '* de son cours de Philosophie, à Tâge de dix-sep *' ans. " On y lit cette maxime :

" On est savant quand on boit bien :

" Qui ne sait boire ne sait rien. "

Boileau en commit une autre, de la même force, ver la même date; enfin il rima la plus fameuse de toute; en 1672, à Bâville; et, trente ans après, il apprenait l Brossette qu'il avait composé l'œuvre susdite, sur h demande des conviés et du ** P. Bourdaloue entn *' autres. " Il Timprovisa, c'est-à-dire qu il présenta seî quatre couplets, dès le lendemain. Sa Chanson à boire eut du succès; mais le P. Bourdaloue ** se refrogna ur ** peu "» en entendant l'endroit où il est question de lu et du Jansénisme. Il fallut que le P. Rapin laidât à revenir de la première impression.

Parmi les vers bachiques, ** inspirés par le vin ", au \viii* siècle, il faut citer en première ligne les fameux couplets de Maître Adam: Aussitôt que la lumière.... Il y en aurait nombre d'autres à rapporter, si c'était ici le lieu. Mais en regard des pâles stances dictées à Boileau par Bacchus, j'en veux mettre quelques-unes du " bon gros " Saint-Amand, de celles dont peut-être il charbonna les murs d'un cabaret :

** Qu'on m'apporte une bouteille, " Qui d'une liqueur vermeille " Soit teinte jusqu'à l'orlet ; " Afin que, sous cette treille, '* Ma soif la prenne au collet !

160 L'ART POÉTIQtJE.

" Il faut faire tabagie»

** Et célébrer une orgie ** A ce bromien divin ('), " Lui présentant pour bougie ** Un hanap enflé de vin.

" Laquais, fringue bien ce verre !

** Fais que Téclair du tonnerre " Soit moins flamboyant que lui ; " Ce sera le cimeterre " Dont j'égorgerai TEnnui.

" Sus donc ! qu'on chante Victoire 1 " Et que ce grand mot ^A boire " Mette tant de pots à sec, *< Qu'une éternelle Mémoire " S'en puis<ie exercer le bec !

*' Celui qui forgea ces rimes

'* Dont Bacchus fait tous les crimes,

" C'est ce bon et digne gros,

*' Qui voudrait que les abîmes

" Se trouvassent dans les brocs (*). **

Quelle verve! jamais T Apollon de Despréaux, ni les Nymphes du Permesse, ne lui donnèrent le joyeux enthousiasme du " bon gros " compère de Faret.

" Et fournir, sans génie, un couplet à Linière.

" And furnish'd out a scène for A£^ Settîe, "

(Dryden.)

Le nom du pauvre chansonnier François Payot de Linière, n'est désigné, dans la première édition, qu(î par la lettre initiale L***. Sur quoi Pradon se livre aux réflexions suivantes: ** Monsieur D*** n a pas osé ** mettre le nom d'un homme qui lui avait bien fait " sentir la gentillesse de son génie, et dont il craint

f. Bacchus, ?po|JLtoç. — 2. Rfc. des p. fr.^ t. III.

CHANT n.

" tant les couplets, et qui le menaça un jour si joliment " de le faire expirer sous le couplet ('). '*

Brossette avoue que son maître se ressentit des

Satires chantées contre lui par Linière; ** Il (Linîère]

*' ne réussissait pas mal à faire des couplets satiriques

" et il exerça son talent contre M. Despréaux lui-

' même, qui lui répondit par ce couplet :

" Linière apporte de Senlis

*' Tous les mois trois couplets impies :

*' A quiconque en veut dans Paris

" Il en présente des copies ;

" Mais ses couplets tout pleins d'ennui

" Seront brûlés même avant lui. "

Ailleurs* (Épître viii) Boileau appelle Linière U " poète idiot de Senlis "; et Brossette ajoute: ** Linière " avait la physionomie d'un idiot. Il ne réussissait qu'à ** faire des Chansons impies. C'est pourquoi notre ** auteur lui reprocha un jour qu'il n'avait de l'esprit " que contre Dieu. "

" Notre auteur " ne traita pas toujours Linière comme il le fait dans sa Poétique; témoin ce détai! recueilli par M. de Boze: " La vue d'un homme de " Lettres qui était dans le besoin, lui faisait tant de ** peine, qu'il ne pouvait s'empêcher de prêter de l'ar- ** gent, même à Linière, qui souvent allait du même *' pas au premier endroit du voisinage faire une Chan- ** son contre son créancier ('). "

Mme Deshoulières, qui appelle poétiquement ** Tir '* cis " le chansonnier ** idiot", essaya de l'excuser er des vers charitables :

'* On le croit indévot; mais quoi que Ton en die, " Je crois que dans le fond Tiras n'est pas impie; '* Quoiqu'il raille souvent des articles de foi, '' Je crois qu'il est autant Catholique que moi. "

L'a»T roÉTIQUB. — II.

Elle terminait ainsi :

" Il changera d'humeur à Theure de la mort ('). "

La prédiction s'est-elle accomplie? hélas! il est fort à craindre que Y ** idiot" ne soit mort comme il a vécu. Dans son portrait rimé et long d environ 200 vers, Linière étale les qualités qu'il découvre et admire en sa personne, mais il avoue son ignorance notable en fait de philosophie, totale sur le chapitre du catéchisme:

<L Je sais assez bien

4L Le latin, Tespagnol, avec l'italien :

^ Je sais force mots grecs, fieu de philosophie^ r

« Poini de théologie^ et de géographie ; > (')

donc le chansonnier de Senlis méritait bien son titre à^ idiot.

Vers la fin de sa vie les petits succès et le déclin de Linière étaient ainsi constatés par Ménage: " Le poète " Linière s'était autrefois acquis l'estime des gens de " mérite par ses vers qu'il faisait assez bien... Présen- " tement on ne le regarde plus; et il est obligé de ** manger avec les cochers et les laquais des maîtres, à ** la table desquels il mangeait autrefois (^). **

Boileau apprécia-t-il les talents lyriques de quelque autre chansonnier? Je n'en vois point de preuve; et Boursau't cite à ce sujet un jugement de Boileau, qui nous semble trop exagéré, pour que nous l'admettions sans réserve. Il écrit à l'Évêque de Langres: " J'ai ouï " dire à Despréaux, (dont le suffrage est d'un si grand '* poids) que jamais il n'a rien vu de plus beau dans le ** genre lyrique, ni chez les Grecs, ni chez les Latins, ** que les quatre vers dont je vais faire part à Votre '* Grandeur...

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