‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 124 sur 258 · Fénelon, Lettre à l'Acad.^Q · texte numérisé non relu

Fénelon, Lettre à l'Acad.^Q

l'art lOÉTIQrE. 13

Nous venons de citer La 1^'ontaine ; lui aussi a condamné la manie de vouloir trop dire, ou tout dire ; tout le monde sait les dcîux jolis vers :

" Loin d'épuiser une matière,

" Il n'en faut prendre que la fleur. "

L'auteur trop fécond, dont Hoileau commence le procès, est Scudéry, chantre épique ^ Alaric ou Rome vaincue. Ce qu'il y a de piquant c'est que Scudéry luimême, et dans la Préface même (XAlaric, s'élève contre cet abus, contre la folie d'épuiser les sujets en descriptions interminables : "Véritablement je n'aurais garde " d'aller employer la moitié de mon ouvrage, comme " ont fait Athénagoras et Polyphile, à nommer toutes ** les lignes et toutes les dimensions de l'architecture, " depuis les fondements jusques au faîte d'un bâti- " ment, parce que cela serait ennuyeux.

" Mais en usant modérément, comme j'ai fait, je " pense être demeuré dans des bornes raisonnables, et ** n'avoir pas donné lieu à la critique de me censurer " là-dessus (').

Hélas ! quelle illusion ! C'est là-dessus que l'impitoyable Despréaux va exercer la censure. On ne peut pas être plus mauvais juge en sa propre cause. Brossette accentue la critique de Despréaux, par cette note : '' Scudéry (Liv. m de son Alaric), emploie *' seize grandes pages, de trente vers chacune, à la " description d'un palais, commençant par la façade " et finissant par le jardin.

Le poème à! Alaric n'est pas complètement digne du feu, ni de l'oubli. Mais l'auteur, qui taillait sa plume avec son épée, y laisse trop courir cet instrument

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