‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 159 sur 258 · V. Goujet, t. VI, p · texte numérisé non relu

V. Goujet, t. VI, p

2. Desmarets tâche aussi de réfuter " cet endroit" avec les mêmes arguments que d'Assoucy: " quant à ce qu'il (Despréaux) dit du style burles- ** que, qu'il condamne absolument,... les esprits les plus fins ne seront " pas de son avis ; puisque l'on a vu en ce genre d'écrire des choses aussi délicates et aussi divertissantes, qui se soient jamais vues. "

(Déf.dii Poème hér. etc., p. 80.)

•' cour ; c'est que Scarron a cessé de vivre, et que j'ai ' cessé d'écrire. Et si je voulais continuer mon Oviiie '• en belle humeur, cette même cour, qui se divertit " encore aujourd'hui des vers que je lui présente, s'en *' divertirait comme auparavant ; et mes libraires, qui '* ont imprimé tant de fois cet ouvrage, en feraient encore autant d'éditions." D'Assoucy avait des illusions. Une révolution s'était produite dans les esprits de la Cour et de la F'rance, et Boileau était bien l'écho de l'opinion, lorsqu'il écrivit son vers foudroyant :

'* Et jusqu'à d'Assoucy tout trouva des lecteurs. "

D'Assoucy eut beau regimber contre les arrêts de " l'archisatirique " ; il fallut plier sous la férule du législateur, comme il lui avait fallu subir l'écrou dans la •' boîte aux cailloux ". Il se vengea en critiquant son critique : transcrivons encore quelques-unes de ses réclamations contre le passage de \ Art Poétique, " Sans " faire aucune différence entre le lan^-ao-e des Halles et " le langage des dieux, parlant du burlesque, pour qui " il a plus de haine que de mépris, il (Despréaux) dit

'' qu

'* enfin la Cour désabusée

" Dédaigna de ces vers l'extravagance aisée.

" Pour moi, si j'avais l'honneur de lui donner un jour * à dîner, puisqu'il a le goût si dépravé que tout lui est " égal, je ne lui ferais boire que de la piquette. Il est " vrai que la Cour a toujours méprisé l'extravagance ' aisée de plusieurs méchants vers, qui ont dégénéré " de l'excellence de leur source ; mais elle n'a cessé " d'admirer les vers qui, dans cette nature, ont été '' dignes de son estime et de son admiration. C'est " pourquoi il a grand tort de dire qu'enfin elle s'est " désabusée.

"... S'il déchire si cruellement ce pauvre burlesque, qui ne l'a jamais offensé, c'est ([u'il le craint, non seulement en moi qui ne suis tantôt plus qu'un (sic) ombre ; mais encore dans l'ombre de Scarron, qu'il redoute plus que tous les ombres de ceux qu'il a offensés, et que les Mânes de Desmarets... " Comme Scarron est l'original de cette plaisante façon d'écrire, il attaque Scarron ('); et quoiqu'il soit aussi bien en Cour que jamais, il le bannit de la Cour ; et pour faire place à son impérieux lutin, il renvoie son Typhon aux nobles de Province ; et comme après lui, il ne reste guère plus que moi en France, qui se puisse soutenir dans ce genre très difficile (!) d'écrire, afin que l'on ne parle jamais plus de moi ni de mes productions, en récompense de l'encens que je lui ai donné, il m'étouffe de la fumée du flambeau que lui prête son agréable Furie; et, sans attendre que la Parque m'ait déchaussé les souliers et tiré les bas, il m'ensevelit tout chaussé et tout vêtu, et m'enterre tout vif dans ses écrits... Encore s'il m'avait préparé quelque honnête tombeau et qu'il eût inséré mon nom d^ns quelques beaux vers ! mais voyez ce vers :

** Et jusqu'à d'Assoucy tout trouva des lecteurs (^)! "

Toutefois si la mémoire de Charles Coypeau se conserve, c'est qu'elle est embaumée dans ce tombeau et enveloppée dans ce linceul.

1. Nous avons vu que Boileau avait d'abord écrit: Sotis Vappid de Scarron^ etc.

2, Œuv. Ed. Col. p. 284-291. Pour faire pièce à Boileau, le pauvre, Empereur se met en devoir d'établir que le burlesque vaut le genre satirique ; puis se drapant dans sa dignité offensée : " Ce n'est pas, dit-il " pour tout le monde que j'écris ainsi ; mais seulement pour ceux qui ont " assez de finesse pour me déchiffrer..." (p. 289.)

•* Distingua le naif du plat et du boufTon,

Balzac avait entrevu cette distinction, dont Boileau renvoie l'honneur à la Cour de Louis XIV. — " S'il '* fallait irrémissiblement que le style de Marot et que ** le genre burlesque périssent, je serais de l'avis de " M. le Marquis de Montauzier ; en cette générale " proscription, je demanderais grâce pour les Aven- " titres de la Souris ('), pour la Requête de Scarron au " Cardinal et pour celle des Dictionnaires à l'Acadé- " mie ('). Peut-être qu'il y aurait d'autres pièces de cette " nature qu'il faudrait sauver ; mais je n'en ai voulu '* proposer que trois, de peur de la conséquence : ce '* sont des actions dont il n'est pas permis de faire des *' habitudes (^).

Brossette reproche à Balzac d'avoir en ces lignes accolé le style Marotique au style burlesque : " Le " véritable caractère du burlesque n'a pas été, dit " Brossette, suffisamment connu de ces écrivains si '* judicieux d'ailleurs, et si célèbres ; car. placer Marot " parmi les poètes burlesques et donneraux trois pièces " réservées par Balzac le nom de poésies burlesques ('*), " c'est confondre le naïf ?iyç.c le bouffon et l'agréable '' avec le ridicule, entre lesquels il y a une distance *' que l'on ne saurait mesurer. "

Pardon, honnête Brossette ; on la mesure.

Boileau condamne ici la bouffonnerie ; tout à l'heure il va condamner l'emphase. Pascal qui était contemporain de Scarron et de Brébeuf, avait distingué le style naïf du bouffon, le style naturel de l'enflure, et il avait porté cette double sentence en une phrase brève et fière : " Je hais également le bouffon et l'enflé (^). "

I. De Sarrazin. — 2. De Ménage. — 3. Entretien 38^. 4. Brossette a-t-il bien Iule texte de Balzac? Balzac confond-il vraiment ces "deux styles ,'' — 5. Pensées.

" Et laissa la province admirer le Typhon.

" And left the village to Fleckno's reign. "

(Dryden.)

La rime de Bouffon et Typhon semble avoir été

indiquées Boileau par Scarron lui-même. Il débute

ainsi dans son Virgile travesti :

" Je, qui chantai jadis Typhon,

*' D'un style qu'on trouva bouffon... "

" M. Despréaux convenait que les premiers vers de

" ce poème sont d'une plaisanterie assez fine (').

C'est le récit burlesque de la guerre des Géants. Après

avoir déclaré qu'il ne chante ni Hector, ni Enée, ni

autres héros mesquins, Scarron présente ainsi son

géant :

"Je chante l'horrible Typhon,

" Au nez crochu comme un Griffon,

" A qui cent bras longs comme gaules

" Sortaient des deux seules épaules ('). "

Il chante aussi " messieurs ses frères " dignes de

ce vénérable aîné, et dit tout au long

" Comme le grand fils d'Alcmena

** De sa masse les mahiiena

" Comme Jupiter de son foudre

" Eut le passe-temps de les moudre.

" Et fit à Typhon leur grand chef

" D'une montagne un couvre-chef. "

Boileau, pour flétrir le genre burlesque, s'en prend

au plus fameux et au moins sot de ces poèmes risibles

et ridicules. Si le Typhon n'avait pas suscité tant de

copies idiotes. Typhon eût pu rester comme un petit

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