Jtiç.des Sav.^ t. IV, p
qu'il était commencé.par ordre de Henri III ('). Malij^ré cela, il s'appelait toujours neuf, et selon la spirituelle prophétie du poète Montreuil, une des si nombreuses victimes de Hoileau,
** Le Pont-Neuf, dans mille ans, s'appellera Pont-Neuf ("). "
Par une coïncidence très fortuite, ce Pont où Boileau relèorue le burlesque avait été l'objet de la muse rieuse de Scarron. Scarron avait célébré ce monument dont les rebords devaient recevoir les pauvres œuvres de Scarron et consorts, par arrêt du jus^e Boileau. Un jour que la Seine débordait, et " se fâchait de n'être que " rivière ", l'auteur du T}'/^//^?;^ admira la résistance qu'opposaient aux flots les arches de ce pont "superbe" et unique ; il le dit à son ami Pellisson :
*'Le Pont superbe, où sur un pied-d'estail,
" Le Grand Henry vit encore en métail, .
" Des autres ponts de fragile structure
" Doit déplorer la funeste aventure,
" Et compatir h leur danger mortel,
" Pour peu qu'il soit pont de bon naturel.
" L'eau qui des quais couvre toutes les marches,
" Laisse à lui seul l'honneur d'avoir des arches
" Seul Pont encore, il voit ses compagnons
" Ne garder plus leurs figures de ponts (3). "
Et c'était là, sous les regards de bronze du bon roi béarnais, sur les tréteaux de Brioché ou de ses collègues, et sur les parapets, que le burlesque trouvait son dernier refuge.
— Boileau, fait implicitement deux catégories de l'esprit parisien : ceux qui admirent " l'élégant badi- '' nage ", ou les délicats ; et ceux qui s'amusent aux plaisanteries du Pont- Neuf; c'est-à-dire le peuple de
I. V. G. Brice, t. II. — 2. Rec. des ^lus belles pièces^ etc., t. V, p. 89, — 3. Les de7'n. Œuvr. etc., t. I, p. 246.
" Paris en l)ad<'uidois ", comme dit une Mazarinade. Hclas ! c'était le q^rand nombre, alors comme maintenant et toujours ; témoin la dissertation de l'austère Nicole, dont l^aillet parle comme il suit: "Il (Nicole) (') " y examine d'où vient cette grande différence dans " les goûts divers des critiques sur ce sujet : — Pour- ** quoi les chansons des villages et du Pont- Neuf qui " souvent n'ont rien que de déraisonnable et de gro- '' tesque, ne laissent pas de plaire, au lieu que Térence, <' Virgile, etc., qui sont remplis de cette véritable beauté " (poétique) plaisent à peu de gens (f).
P^'ranchement, les dissertations doctes sur de tels sujets sont choses bien oiseuses ; il n'est pas besoin d'être un sphinx, ni un Œdipe, pour résoudre ces problèmes ! La raison des préférences populaires, et du goût de la foule pour les farces et les ''ponts neufs " est dans la nature.
" Mais n'allons point aussi sur les pas de Brébeuf,
" Même en une Pharsale, entasser sur les rives
" De morts et de mourants cent montagnes plaintives.
" Nor think to raise, though on Pharsaliah's plain, " Millions of mourning mountains of the slain ; " Nor with Diihartas bridle up the floods, " Aiid periwig ivith ivool the baldpate woods. "
(Dryden.)
" Vers de Brébeuf, dans sa traduction de la Pharsale ** de Lucain, Liv. vu :
" De mourants et de morts cent montagnes plaintives, " D'un sang impétueux cent vagues fugitives etc.
1. Ménage, au chapitre 115 de l'Anti-Baillet, affirme que la dissertation susdite est de Lancelot ; le fait est peu important. (V. Notes de Laino7inoye^ t. III de Baillet, p. 310.)