‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 199 sur 258 · Édit. de 1529, p · texte numérisé non relu

Édit. de 1529, p

" J.es l''raiirnis (\u\ ces vers liront, *' S'ils ne sont et (irecset Romains, " En lieu de mon livre, ils n'auront " Qu'un pesant fardeau dans les mains. "

1 )'après Brossettc, I^oilcaii proposait coiniiic exemple de ce ridicule niclange le; vers du soniKît 6<S' (Liv. I) de Ronsard :

" Etcs-vous pas ma seule entélécliie? " Puis ceux du Toiiibcau, ou de 1 epitaphe, de Marguerite de France et de François I^'' :

" Ah ! que je suis marri que la Muse françoise " Ne peut dire ces mots comme fait la grégeoise: " Ocymore, dyspotme, oligochronicn !

" Certes, je les dirais du sang Valésien ('). "

L'un des plus parfaits échantillons de cette langue

franco-grégeoise est assurément cet extrait de \ Hymne

de Bac chus :

'* O cuisse-né Bacchus, mystique, hyménéen, " Carpime, évaste, agnien, manique, linéen, • " Evie, euboléen, baladin, solitaire, " Vengeur, satyre, roi, germe des dieux et père, " Martial, nomien, cornu, vieillard, enfant, " Paean, nyctélien ! Gange vit triomphant '' Ton char enorgueilli de ta dextre fameuse, " Qui avait tout conquis jusqu'à la mer gemmeuse (^). "

1. M. Petit de Julleville {Notions sî(r la La7igue fra7iç.\Z^2>)^^^^ remarquer comment " on a cité cent fois, mais mal à propos et sans les com- " prendre, les vers où Ronsard se plaint que

la muse françoise " Ne se peut exprimer comme fait la grégeoise : *' Ocymore, dyspotme, oligochronien.

" On n'a pas vu, dit-il, que, dans ce vers, Ronsard déclare précisément " l'impossibilité, l'inconvenance qu'il y aurait à mêler au français des " mots calqués sur le Grec et le Latin. " L'observation est juste. Mais ne voit-on pas aussi dans ces vers un regret de Ronsard et une fâcheuse tendance à parler grec en français : Ah ! que je suis marri !...

2. Hyin. de Bacchus à Jean Brinon. — Ces vers sont-ils réellement de Ronsard?... Ne sont-ils pas plutôt de Bertrand Bergier.? V. Éd. de Blanchcmain, t. W, p. yj";.

N'est-ce pas le cas de demander , comme dans Rabelais : " Quel diable de lan^aiore est cecy ? " — Desmarets avait, longtemps avant Boileau, saisi le côté prétentieux de cette langue ronsardienne. Il en avait fait une critique fort plaisante dans ses I^isionnaires. Le style de cette satire vaut bien celui de Boileau. Le poète "visionnaire" et ronsardisant, Amidor, s'exclame, dans un accès de " phébique fureur ".

*' ... J'entrevois le.s brigades *' De ces dieux chèvre-pieds et des folles Ménades, " Qui s'en vont célébrer le mystère Orgien " En l'honneur immortel du Père Bromien. " Je vois ce Cuisse-né, suivi du bon Silène, " Qui du gosier exhale une vineuse haleine, *' Et son âne fuyant parmi les Mimallons, " Qui les bras enthyrsés courent par les vallons. " Mais où va cette troupe? Elle s'est égarée, " Aux solitaires bords du flo-flottant Nérée... ('). "

Charles Sorel est peut-être celui de tous les auteurs contemporains de Boileau, qui résuma le mieux les réformes de langage, entreprises par la Pléiade : " Ron- " sard, Jodelle, du Bartas et plusieurs autres poètes '' de leur temps, ont bien eu envie de faire changer " de forme au langage français, et de le rendre à '' moitié grec, comme on prétend qu'il vient aussi de '' Grèce en partie (?). Ils ne nommaient ni les dieux *' ni les hommes que par des noms d'origine, emprun- '' tés de divers lieux et de diverses choses. Ils appe- " laient Apollon />a^aréa7i et thymbr^éan; ils parlaient " de l'onde aganippide et à.^^ piérides sœu7^s ; de sorte V' qu'à tous coups ils avaient besoin de commentaire.

"Ils usaient de mots composés, comraç^ porte- flèches " et porte-fiaîubeaM, et d'autres qui n'ont pas tant

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